‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 45 sur 215 · PLACE NAV0NE · texte numérisé non relu

PLACE NAV0NE

et un cheval qui viennent s'abreuver. L'obélisque, auquel le rocher sert de piédestal, est un monolithe égyptien trouvé dans le cirque de Romulus.

Tous les mercredis, la place Navone présente le coup d'œil le plus varié et la plus pittoresque. Elle se couvre de petites boutiques en plein vent, dans lesquelles on offre aux amateurs toute espèce d'objets de quincaillerie, de bric-à-brac, et surtout d'antiquités trop souvent modernes. C'est à un Français, le cardinal de Rohan, ambassadeur à Rome, qu'on est redevable de ce curieux marché.

La même place sert aussi à l'amusement du peuple romain. Tous les samedis du mois d'août, vers le soir, on ferme les pertes d'eau, en sorte que le lendemain la place devient un lac. Les beaux équipages viennent s'y promener, les chevaux ont de l'eau jusqu'au poitrail, le peuple circule autour de la place dans des galeries improvisées, pendant que plusieurs corps de musique exécutent de joyeuses symphonies. Rome n'est nullement ennemie des plaisirs innocents; je crois même qu'il n'est aucune ville dans le monde où les divertissement de ce genre soient plus communs et plus accessibles à la multitude. Cette observation, qui se représentera plus tard, me semble très-significative.

Quand vous avez admiré les chefs-d'œuvre modernes et repassé dans votre esprit les souvenirs païens du cirque de Sévère, le Christianisme vous apparaît et vous montre ici le théâtre d'un de ses plus éclatants triomphes. Quelle est cette église qui s'élève en face delà grande fontaine, sur la partie latérale de la place ? Le premier enfant répondra : C'est l'église de Sainte-Agnès, la bien-aimée des Romains. Oui, dans ce même heu où règne la jeune vierge, qu'immortalise une double

victoire, était, sous le paganisme, le lupanar du cirque..

Or, un jour, le fils du préfet Semprouius demande la main de la vierge chrétienne. Agnès répond qu'elle est fiancée à un époux divin : son refus est compris. Sempronius prend les intérêts de son fils et {ait arrêter la noble enfant. Suivant le style des tyrans, promesses, menaces, tout est mis en œuvre pour ébranler sa résolution. Vains efforts 1 Agnès résiste de toute la puissance de sa candeur et de sa foi. Sempronius la fait dépouiller de ses vêtements et jeter dans le lupanar pour être abandonnée aux insultes des libertins. « Et vous faites ainsi, s'écriait Tertullien, notre plus bel éloge, puisque le plus grand supplice que vous puissiez inventer contre nos filles et contre nos sœurs est d'exposer à vos outrages leur pudique vertu. • Mais le Dieu des vierges prit soin de sa jeune épouse : miraculeusement protégée contre les attaques des libertins, Agnès victorieuse expira au milieu des tourments. Cela se passait sous Tempire de Dioctétien , Agnès étant âgée de treize ans.

Avec quel religieux respect le voyageur moderne pénètre dans ce lieu souterrain, théâtre d'une victoire dont il bénéficie encore après quinze siècles ! A la lueur d'une torche, il lit au détour de l'escalier l'inscription qui rappelle la protection miraculeuse dont le Seigneur couvrit sa fidèle servante, et bientôt il foule le pavé en mosaïque touché par les pieds de la sainte : il est dans son cachot La jeune héroïne y fut jetée par une ouverture pratiquée à la voûte, semblable à celle de la prison Hamertine. Ce cachot, très-étroit, peut avoir là pieds de profondeur. Il était entièrement privé de lumière ; aujourd'hui un larmier y laisse pénétrer quelques rayons d'une lueur incertaine.

Le lupanar voisin, dans lequel Agnès fut conduite,

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