‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 47 sur 215 · THÉÂTRE DE POMPÉE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE POMPÉE

voûtes, les corniches, les pilastres, en un mot, toutes les parties du théâtre qui ne Tétaient pas. Qu'on juge de l'ébahissement du prince étranger en entrant dans cet édifice d'or, où trente mille spectateurs étaient assis et dont l'immense pourtour étincelait aux rayons de plusieurs milliers de flambeaux l.

Pompée ayant obtenu, par une glorieuse exception, les honneurs du triomphe, lorsqu'il n'était encore que simple chevalier romain, fit bâtir, près de son théâtre, un temple à la Fortune équestre. Vint ensuite la construction de son célèbre portique et de sa Curia si fameuse par la mort de César. Le portique se composait de superbes arcades soutenues par cent colonnes du plus beau marbre. Suivant les érudits, il servait tout à la fois .de promenoir aux gens oisifs, de retraite aux spectateurs lorsque la pluie les forçait à quitter le théâtre, et enfin de chemin pour aller à la Curia. Non moins somptueux que les autres, ce dernier édifice, qui occupait l'espace compris entre le palais Orsini et l'église de Saint-André délia Y aile, était destiné aux assemblées du sénat.

Le jour des ides de mars, l'an 43 avant l'ère chrétienne, les pères conscrits s'y réunissaient. Malgré de funestes pronostics, César, dont la puissance est à son apogée, y paraît à son tour. Le maître du monde se trouve, sans le savoir, au milieu de ses assassins. Brutus et Cassius, tous deux préteurs, s'approchent comme, pour lui parler ; en même temps les conjurés, l'enveloppant de tous côtés, le percent de coups de poignards. Les sénateurs étrangers au complot sont tellement saisis d'étonnement et d'horreur, qu'ils n'ont la force ni de prendre la fuite, ni de secourir César, ni même de pro-

1 Plin., lib. XXXIÏL - Dio.,lib. LXUl.

férer une parole. Le dictateur se défend seul avec beaucoup de courage ; mais apercevant Brutus, qu'il avait toujours chéri comme un fils, au nombre des conjurés, il s'écrie : « Et toi aussi, Brutus! » A ces mots il se couvre le visage avec sa robe, et, percé de vingt-trois coups, il va tomber au pied de la statue de Pompée.

Nous étions sur le lieu même où le tragique événement s'était accompli. Pour en voir un témoin encore subsistant, il suffit d'entrer au palais Spada, oii se trouve la fameuse statue dont je viens de parier. Elle est de marbre blanc, d'un excellent travail et de proportions héroïques. Pompée est représenté dans l'attitude du commandement, un bras étendu ; mais le nu antique empêche de le fixer1. Étranges vicissitudes des choses humaines ! Deux rivaux se disputent le sceptre du monde : Pompée vaincu par César tombe sous les coups des Barbares, et César poignardé par les siens vient expirer aux pieds de la statue de son rival. L'un et l'autre s'étaient joués trop souvent de la vie de leurs semblables : la justice de Dieu devait avoir son tour.

Quant à César en particulier, nous nous trouvions à quelques pas seulement du lieu oh il donna un jour le spectacle de la plus froide cruauté. Avant de le visiter, nous entrâmes, pour reposer notre âme, dans la petite église de Saint-Jérôme de la Charité. Bâtie sur l'emplacement de la maison de sainte Paule, elle rappelle et cette illustre fille des Scipion, et saint Jérôme lui-même qui vint y loger pendant son séjour à Rome, en 382. Longtemps elle fut un pèlerinage obligé pour les artistes, parce qu'elle possédait la Communion de saint Jérôme,

1 Quelques-uns révoquent en doute l'identité do cette statue.

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