‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 51 sur 215 · ACCUEIL DU SAINT-PÈRE · texte numérisé non relu

ACCUEIL DU SAINT-PÈRE

crainte s'empare de son âme. Si, parvenu au fond du palais, on se trouvait en présence d'un monarque assis sur un trône, environné de magnificence; si on ne recueillait de sa bouche que quelques rares paroles dictées par l'étiquette et réglées par la politique, on resterait sous l'unique impression du respect et de la crainte, en sortant on pourrait être fier, mais on ne serait pas satisfait : le cœur n'aurait point eu sa part. Telle est pourtant l'audience des rois du siècle; tel est le sentiment dominateur qu'elle inspire. Ne vous en étonnez pas, ils sont mai très, il s ne sont pas pères; ils le savent, et vous le savez comme eux.

Bien différent est le roi du Vatican. A l'impression de crainte et de respect produite par l'appareil imposant de la majesté souveraine se mêle, en sa présence, le délicieux sentiment de la confiance et de l'amour. Tous ces magnifiques salons aboutissent à une modeste pièce, où se trouve non point un monarque dans le sens dégénéré du mot, mais un père qui vous accueille avec empressement, qui vous reçoit dans ses bras, qui vous caresse comme un fils chéri , qui s'abaisse jusqu'à vous pour vous élever jusqu'à lui, qui s'identifie avec vous afin de mettre son cœur à l'unisson du vôtre; qui vous parle comme s'il vous avait toujours connu, et dont les lèvres ne s'ouvrent que pour vous sourire et les mains que pour vous bénir.

'Dans ce double caractère de force et de douceur, d'autorité et d'amour, de majesté et de simplicité, le type divin du pouvoir se révèle. Un sentiment inconnu, mélange indéfinissable de respect, de confiance, d'amour et de dévouement, domine tous les autres : l'impression est délicieuse; car l'esprit, le cœur, toutes les facultés sont satisfaites. Ainsi, père et roi, et roi parce qu'il est père,

voilà Grégoire XVI, voilà le pape. Telle est la royauté du Vatican, telle fut celle du Calvaire. *

Le cabinet dans lequel je reçus mon audience est une pièce oblongue, assez étroite et simplement meublée; sur un des côtés était une table à écrire. Des papiers, quelques livres, un modeste encrier et un beau crucifix en ivoire avec une statuette de la Sainte Vierge, en faisaient tout l'ornement. Sur une estrade d'environ 6 pouces de hauteur était placé un simple fauteuil de bureau : il n'y a pas d'autre siège. Le Saint-Père portait une soutane de molleton blanc, sans ceinture, suivant l'usage d'Italie ; des bas blancs, une calotte blanche, avec une pèlerine de la même couleur, longue comme la moitié d'un camail ordinaire, complétaient sa toilette. Les mules seulement étaient rouges et ornées d'une croix d'or.

Grégoire XVI est d'une stature élevée, ses cheveux sont blancs comme la neige. Il a le teint frais, plutôt pâle que coloré, la voix douce et forte, les yeux grands et noirs, ornés de larges sourcils bien arqués. Sa démarche est ferme et sa taille droite, malgré le poids de soixante-seize ans. Ses facultés morales ont conservé toute leur vigueur : sa mémoire surtout est étonnante, ajoutez à tous ces avantages la dignité et la simplicité des manières avec je ne sais quel air de spirituelle bonhomie, et vous aurez le portrait non flatté de l'auguste et vénérable vieillard.

Parmi les cérémonies usitées dans les audiences papales, il en est une dont il n'est pas inutile d'expliquer l'origine, d'autant qu'elle exprime à sa manière la nature de la royauté chrétienne qui vient de nous occuper : je veux parler de la génuflexion et du baisement des pieds. Les peuples anciens témoignaient leur respect pour la

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