‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 53 sur 215 · DÉTAILS SUR SAINT ALPHONSE · texte numérisé non relu

DÉTAILS SUR SAINT ALPHONSE

dû rigorisme; que le premier auteur placé entre mes mains fut Ginetti, chef des probabilioristes, et que pendant longtemps je fus l'ardent défenseur du probabiliorisme. Plus tard, examinant les raisons de l'opinion contraire, j'ai changé de sentiment. Pendant l'espace de trente ans environ que je me suis'occupé de cette question, j'ai lu d'innombrables auteurs, partisans de l'une et de l'autre opinion : et pendant tout ce temps-là je n'ai jamais cessé de demander à Dieu de me faire connaître le système que je devais embrasser afin d'éviter l'erreur. Enfin, j'ai fixé mon opinion, appuyé non sur mon discernement personnel, mais sur l'enseignement des théologiens, et, avant tous, du prince de la théologie, saint Thomas, l'oracle de toutes les écoles et le docteur de l'Église.

« Je me suis appliqué souvent à bien examiner ma conscience. Je suis certain de n'avoir écrit ni par passion ni par enthousiasme... Je termine. Depuis plusieurs mois je suis atteint d'une maladie qui ne me laisse aucun repos et qui vraisemblablement me conduira bientôt dans la tombe. Or, on dit communément qu'autre est le langage qu'on tient pendant la vie et autre celui qu'on tient à l'article de la mort; car à l'heure de la mort on éprouve des remords qu'on ne sent point, ou, pour mieux dire, qu'on ne veut point sentir pendant la vie. Eh bien, je n'ai aucun remords d'avoir soutenu mon système touchant le probabilisme; que dis-je? mon plus grand remords serait de tenir le système contraire dans l'instruction des autres, bien qu'appuyé sur l'opinion de certains auteurs modernes. Dans l'enseignement j'ai suivi le conseil de saint Chrysostome : Circa vitam tuam esto acerbus, circa alienambenignus. *

t A la lecture de ces lettres, ajoutait le père Joseph,

vous auriez vu le promoteur de la foi ouvrir de grands yeux. Il resta muet, et la sacrée Congrégation déclara qu'Alphonse avait pratiqué la prudence dans un degré héroïque; et remarquez qu'il s'agit ici de la prudence de l'écrivain qui doit le diriger dans ses enseignements. La bulle fut rédigée et portée à l'approbation du Saint-Père. Le cardinal rapporteur tremblait en la lisant, tant les expressions de la Congrégation étaient fortes et explicites sur les ouvrages et la saine doctrine d'Alphonse. Lorsqu'il fut arrivé au passage qui contenait ce jugement, le Saint-Père l'interrompit en s'écriant : Bravo, tutto questo è vero. Jugez de ma consolation en apprenant cette parole sortie de l'oracle de la vérité! Je dis à mon tour : Petrus locutus est, causa finita est; Pierre a parlé, la cause est finie. »

« — Pas pour tout le monde, lui dis-je.— Ah! oui, je sais, reprit-il vivement, qu'il y a quelques mauvais Fiançais, Francesacci, qui résistent encore. Mais ils ne sont pas méchants, non sono cattivi, dit-il en portant l'index à son front, sonopazzi, si, si, pazzi, e perché; oui, oui, fous, et voici pourquoi. » Alors il se mit à me développer avec beaucoup de logique et de lucidité les conséquences du gallicanisme et du rigorisme. « Je connais ces messieurs, continua le spirituel vieillard. Théologie locale, théologie nouvelle, théologie dangereuse, théologie de contrebande : voilà ce qu'ils disent de la morale de saint Alphonse. »

Puis, ôtant de nouveau sa barrette, il s'inclinait de mon côté et reprenait avec une douce ironie : c Théologie locale! ma, per Baccho, trbs-locale en effet, puisqu'elle est adoptée dans tous les lieux du monde, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Bosnie, en Servie» aux Indes» en Amérique et même en France. Voilà b*

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