VISITE A SAINT-LOUIS DES FRANÇAIS
sur la bienheureuse Église gallicane ? A-t-il, ou n'a-t-il pas le droit d'approuver, de blâmer les prédicateurs et les théologiens, de faire enseigner ou de condamner les doctrines? de leur donner ou de leur refuser des visa et des passe-ports pour tout l'univers.
« Si vous dites oui, et il faut bien que vous en passiez par là, sous peine de cesser d'être catholique, pourriezvous me nommer qui a le droit de déclarer marchandise de contrebande une théologie approuvée et recommandée par le vicaire de Jésus-Christ ? Qui a le droit d'établir des douanes sur les frontières de tel ou tel empire pour peser, vérifier, contrôler, contre-marquer, arrêter, confisquer les doctrines qu'il envoie ? Eh bien, la morale de saint Alphonse vient de Rome, son passe-port est signé Benoit, Clément, Léon, Pie, Grégoire. Donc elle n'est pas une marchandise de contrebande ; donc elle est en règle ; donc libre passage et libre circulation ; donc aux autorités compétentes de lui prêter secours et assistance en cas de besoin. »
A ces mots, le révérend père se découvre encore et me dit en inclinant profondément la tête : « Combien vos Français en ont-ils qui présentent les mêmes certificats? » Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant la verve du bon vieillard. Le sel de sa conversation me la fit tellement goûter que je n'ai pas eu de peine à la rapporter tout entière. Puisse-t-elle servira fixer les esprits sur une question de la plus haute importance !
En rentrant, je visitai Saint-Louis des Français ; c'est la plus belle église nationale qu'il y ait à Rome. Outre la magnifique façade de travertin, on y admire deux superbes fresques du Dominiquin ; les peintures de la voûte par le chevalier d Arpin ; le tombeau du cardinal deBernis, et surtout un petit tableau de la Sainte Vierge,
placé dans la sacristie ; cet ouvrage, de toute beauté, est attribué au Corrége. Bâtie en 1889 sur les dessins de Jacques de la Porte, l'église est dédiée à la Sainte Vierge, à saint Louis, roi de France, et à saint Denis VAréopagite, apôtre des Gaules.
Ainsi, n'en déplaise à nos critiques de réaction, Rome et nos aïeux ont toujours cru que la Gaule celtique tient la foi de l'illustre disciple de saint Paul. Vraiment, lorsqu'on a lu les savantes Dissertations du père Mamachi, on s'étonne que la France moderne ait pu répudier une si noble origine. Jusqu'au commencement du dix-septième siècle, on ne mettait pas sérieusement en doute, même parmi nous, la mission de saint Denis. Le Martyrologe gallican, publié par le savant Du Saussaye, et l'église de Saint -Louis des Français à Rome en sont un double monument : ne se trouvera-t-il pas aujourd'hui un critique digne de ce nom, pour reviser ce procès ?
14 Janvier.
L'abbé Palotta. —Le padre Bernardo. — Le père Ventura. — Prédication italienne.
Mgr de B..., protonotaire apostolique, célébrait dans sa chapelle privée la fête patronale de saint Louis : il me pria d'y dire la messe. Je fus d'autant plus reconnaissant de cette aimable invitation qu'elle devait me procurer l'avantage de voir un des saints de Rome, le révérend père Bernardo, religieux minime. Lui et l'abbé Palotta sont hautement accusés de faire des miracles. *4 fait est qu'ils jouissent à Rome de cette vénération
Bgieuse qui s'attache à la sainteté, comme l'ombre au
l'abbé palotta. 161
corps ; et tout porte à croire qu'ici la voix du peuple est la voix de Dieu.
L'abbé Palotta est un prêtre séculier, Napolitain d'origine, ami et compagnon du vénérable chanoine del Buffalo, fondateur de la Congrégation du précieux Sang ; il a hérité de son esprit et de son zèle. Sa vie se passe en toutes sortes de bonnes œuvres. Je vais citer en particulier Y Apostolat catholique, vaste conception du génie de la foi, dans laquelle viennent se concentrer toutes les pensées particulières, toutes les œuvres isolées tendant à la gloire de Dieu et au bien spirituel des hommes. C'est pour faire connaître cette œuvre, en la représentant avec son caractère d'universalité, que pendant l'octave de l'Epiphanie, on prêche dans toutes les langues à Saint- André délia Valle, et qu'on y célèbre la messe dans tous les rites.
L'abbé Palotta est continuellement appelé auprès des malades ; s'il y a une mission difficile, elle semble être de son ressort, tant est grande la confiance qu'inspirent ses vertus I II porte toujours sur lui une image de la Sainte Vierge, placée dans un grand reliquaire, et, au lieu du bonjour ou de Y au revoir mondain, il offre Marie à votre vénération. Cet homme extraordinaire est petit de taille, mince et un peu voûté. Ses cheveux déjà grisonnants, son teint pâle, ses grands yeux bleus comme le ciel de Rome, son regard doux et pénétrant, sa figure ovale, d'une grande pureté, l'aménité de ses manières, l'air de mélancolie et de candeur répandu sur toute sa personne, mais surtout sa foi qui ne doute de rien, vous inspirent je ne sais quel sentiment de confiance filiale et de respect religieux dont on ne peut se défendre. L'abbé Palotta parle peu, et son maintien toujours composé donne l'idée d'un véritable mystique dans le bon sens de ce mot.
Autre est le padre Bernardo, car la grâce se modifie suivant les caractères et les tempéraments. Calabrais de naissance, soldat avant d'être religieux, le père Bernard a des allures plus décidées que l'abbé Palotta. Sa taille est haute, sa démarche vive et saccadée, sa physionomie mobile, des cheveux noirs comme jais, un teint brun, des yeux noirs et petits, brillants comme des flambeaux dans leurs orbites profondes, des lèvres pincées, des pommettes saillantes caractérisent en lui le type méridional. Aimable, gai, simple, un peu négligé, il attire à lui par la rondeur de ses manières, la spirituelle vivacité de sa parole, et cet inexplicable cachet de sainteté empreint sur toute sa personne, dont il ne se doute même pas.
Quand il sort, tout le monde l'arrête dans les rues pour lui baiser la main et se recommander à ses prières. Cela lui arrive tous les jours ; car du matin au soir et du soir au matin il est appelé auprès des malades, des affligés et des pécheurs. Toutes les classes se le disputent, et il se donne tout à tous. Mais sa santé ne peut y suffire, et, quoique jeune encore, il est déjà courbé, bien moins sous le poids de ses quarante-cinq ans que par les austérités et les fatigues. Pour le ménager, ses supérieurs l'envoyèrent, il y a quelque temps, en Calabre. A peine le peuple de Rome eut-il appris le départ du saint, qu'il se porta en foule au couvent des Minimes et réclama avec larmes son consolateur et son ami. Sa prière parvint jusqu'au souverain Pontife qui rappela le père Bernard, et longtemps le peuple fit la garde pendant la nuit autour du monastère pour empêcher qu'on ne le lui enlevât une seconde fois.
Nous eûmes le bonhenr d'assister à la messe, célébrée |l chapelle de monseigneur de B...; il la dit comme