‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 57 sur 215 · LE PÈRE VENTURA · texte numérisé non relu

LE PÈRE VENTURA

un saint qu'il est, avec beaucoup de recueillement et de simplicité. Il ne resta que vingt minutes à l'autel, et ne fut long qu'à l'Offertoire, au Mémento, à la Consécration et à la Communion. Tout le reste, il l'expédia lestement: on voyait qu'il traitait avec Notre-Seigneur en ami. Il eut la bonté de nous donner à chacun un souvenir et de nous parler de la France, dont il connaît bien la situation morale. La réputation d'homme de Dieu dont jouit le padre Bernardo est tellement réelle que, dans les affaires difficiles, le souverain Pontife a souvent recours à ses lumières.

On le voit, Rome est un grand reliquaire où se trouvent non-seulement des saints morts, mais encore des saints vivants : il doit, ce me semble, en être ainsi. Estce que la note de sainteté ne doit pas être permanente et sensible dans l'Église, comme celle de catholicité? N'est-ce pas au cœur même de la céleste épouse de l'Homme-Dieu, que ce caractère doit briller d'un éclat plus constant et plus vif? Or, c'est par la permanence du miracle que la sainteté de l'Église devient surtout incontestable. Eh bien, les saints morts, dont les reliques remplissent les Catacombes de Rome ou reposent sous les autels, comme le corps du bienheureux Crispino et du bienheureux Léonard de Port -Maurice, prouvent qu'elle était sainte aux siècles passés, et les saints vivants montrent qu'elle n'a pas cessé de l'être.

J'ai dit que l'abbé Palotta dirigeait l'Apostolat catholique : nous nous rendîmes à Saint- André délia Valle, pour contempler cette grande œuvre en action. Pendant la journée plusieurs sermons avaient eu lieu en différentes langues; celui du soir fut prêché par le célèbre père Ventura, dont un immense concours environnait la chaire. A peine si la vaste église avec les chapelles laté-

raies suffisaient à la multitude. Le père parut sur le palco, espèce d'estrade élevée de 6 pieds au-dessus de l'auditoire; assez large pour y placer une table et un fauteuil, et assez longue pour que le prédicateur puisse se promener. Du reste, elle n'est entourée ni de grilles, ni de balustrades; seulement des draperies plus ou moins riches la recouvrent entièrement et retombent jusqu'à terre. Le prédicateur n'avait d'autre vêtement que son costume de théatin. Après l'exorde, le grand orateur se mit en mouvement et, s'en allant de droite à gauche, puis de gauche à droite, il distribuait la parole sainte à toutes les parties de la nombreuse assistance. Grâce à cette liberté, il y avait dans son action et dans son geste un naturel et une dignité que rendront toujours impossibles les espèces de tonneaux coupés dans lesquels l'art moderne emprisonne le prédicateur cisalpin.

Je n'ai pas vu de recueillement plus parfait. Il est vrai que le sujet en lui-même inspirait, à Rome surtout, un intérêt puissant: Mark, reine des Apôtres, tel fut le thème de l'orateur. Je ne sais lequel on devait le plus admirer ou de la noble simplicité, ou de la prodigieuse érudition avec laquelle le sujet fut traité. En homme supérieur, le père Ventura, parlant à un auditoire composé en partie de gens du peuple, sut par la clarté tout évangélique de son élocution se mettre au niveau des plus simples esprits; en même temps que sa science profonde forçait l'assentiment de la raison la plus élevée.

Il nous montra que Marie méritait son titre glorieux, non-seulement parce qu'elle fut la mère du Roi des Apôtres, mais encore parce qu'elle avait été le premier apôtre de son Fils. À la crèche elle le fit connaître aux Mages; au cénacle elle présidait à la diffusion de l'Église

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