‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 59 sur 215 · BUCHER IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

BUCHER IMPÉRIAL

naître sa faute. Il s'en humilia, et, pour perpétuer la mémoire de son repentir, il fit élever cette église que nous étions venus visiter. Sur la partie extérieure de la muraille latérale on voit une table de marbre dont l'inscription rappelle ce fail tout ensemble humiliant et glorieux. Voici cette inscription assez grossièrement sculptée :

Hanc vir patricius Vilisarius urbis amicus Ob culpae veniam condidit Ecclesiam.

Hanc idcirco pedem qui sacram ponis in aedem, Ut miseretur eum saepe precare Deum :

Janua adcst lempli Domino dcfensa potenti.

€ Le patricien Bélisaire, ami de Rome, a bâti cette église en réparation de sa faute. C'est pourquoi vous qui entrez dans ce sanctuaire, priez souvent Dieu qu'il ait pitié de lui : voici la porte du temple défendue par un maître puissant. » Entré dans l'église monumentale, le pèlerin prie volontiers pour Bélisaire, et il regrette vivement ces âges de foi oii la faiblesse humaine savait racheter ses fautes par une éclatante expiation.

Parvenus dans la rue délia Scrofa, voisine de l'église de Saint-Augustin, nous étions au lieu même où s'élevait jadis le bustum impérial : ici venait finir la gloire des maîtres du monde. Avant même d'attendre les ravages de la tombe, leur corps était réduit en cendres. Élevé d'abord pour br&ler le corps d'Auguste, le bûcher devint permanent et servit à consumer ses successeurs. Que de graves pensées surgissent de ce lieu tant de fois témoin de la vanité des grandeurs les plus étonnantes que l'homme puisse atteindre ! Le monument fatal qui servit à réduire en poudre tant de Césars divinisés a péri comme eux, il n'en reste que l'emplacement et le sou-

venir; mais l'histoire à la main il est possible de le reconstruire et de l'étudier.

Qu'on se représente un temple quadrangulaire formé d'une énorme pile de bois, dont l'intérieur est rempli de matières combustibles, et l'extérieur recouvert de tentures brochées d'or et décoré de peintures et de statues. Ce temple se compose de quatre étages à jour, se retraitant l'un sur l'autre, de manière que le second est plus petit que le premier, le troisième que le second, et ainsi de suite. Quand Auguste fut mort, on l'exposa pendant sept jours dans le vestibule du palatium. Sur un lit vaste et élevé, orné d'or, d'ivoire et de housses de pourpre brodées d'or, on voyait une statue de cire à la ressemblance de l'empereur. Hélas! le maître du monde n'était plus qu'un cadavre, et pour le dérober à la vue, une place avait été réservée dans la partie inférieure du lit, pour y renfermer le véritable corps. Auguste était représenté couché, revêtu de l'habit triomphal et ayant toute la pâleur d'un malade *.

Auprès du lit se tenait un jeune et bel esclave, qui, avec un éventail en plumes de paon, chassait les mouches de dessus le visage du prince, comme pourprot^er son sommeil. Autour du lit on voyait siéger, pendant la plus grande partie du jour, à gauche, tout le sénat en habits de deuil; à droite, les matrones distinguées par les dignités de leurs maris ou de leurs parents. Elles ne portaient ni parures d'or, ni colliers; toutes étaient vêtues de simples robes blanches, et dans l'attitude d'une profonde tristesse. Pendant les sept jours, les médecins se présentèrent quotidiennement, comme s'ils visitaient un malade, et disaient chaque fois : Il va plus mal ».

1 Herodian., IV, An t., p. 87.

* Id., ibid.

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