FUNÉRAILLES D'AUGUSTE
Le jour des obsèques, les consuls désignés se rendirent à la maison Palatine, pour faire la levée du lit funéraire, que quarante soldats prétoriens prirent à l'épaule. En avant du lit on remarquait une statue de la Victoire, que, par une flatterie assez délicate, le sénat avait voulu foire paraître dans cette pompe funèbre, comme si cette déesse était de la famille des Césars. Elle était accompagnée de deux statues d'Auguste, Tune d'or, sur un brancard, destinée à recevoir les honneurs divins, et l'autre sur un char triomphal. Venaient ensuite les bustes, non-seulement de tous les aïeux de la famille impériale, Jules César excepté, à came de sa divinité; mais encore ceux de tous les Romains qui, depuis Romulus, s'étaient illustrés par leurs belles actions. Parmi les bustes et les statues paraissaient aussi des tableaux, où Ton voyait les titres de toutes les lois rendues et les noms de toutes les nations vaincues par Auguste1.
Des essaims de jeunes garçons et de jeunes filles accompagnaient la pompe funèbre, en chantant des poëmes en l'honneur du défunt. Le sénat, les chevaliers, les soldats prétoriens et une foule immense de citoyens fermaient la marche. Tous étaient en habits de deuil et avaient quitté les anneaux d'or pour en prendre de fer 2. Arrivé au Forum, le cortège s'arrêta. Il y eut deux oraisons funèbres, l'une prononcée par Tibère, l'autre par le jeune Drusus. Les sénateurs, comme ils l'avaient eux-mêmes décrété, vinrent à leur tour prendre le lit à l'épaule pour le porter au bûcher : on le plaça sur le second étage du temple improvisé, dont les pon-
* Tacit., Annal., I, vin.
* Subt., j4u£., 100.
tifes et les prêtres firent processionnellement le tour.
Le cortège les suivit, et chacun y jeta, en passant, des parfums, des plantes odorantes, des aromates de tous genres, des armes d'honneur, reçues jadis par les soldats, pour leurs belles actions à la guerre1. Tibère et la famille impériale vinrent donner le dernier baiser à la statue d'Auguste ; ils se placèrent ensuite sur un tribunal et on distribua des torches aux centurions qui enflammèrent le bûcher. Au même instant on lâcha du petit temple supérieur un aigle qui, s'élevant rapidement au-dessus des tourbillons de flamme et de fumée, prit son vol vers le ciel, comme pour y porter l'âme de l'illustre mort. Livie et les principaux chevaliers, en simples tuniques, sans ceinture et pieds nus, demeurèrent cinq jours auprès du bûcher, recueillirent les cendres de l'empereur et les renfermèrent dans son mausolée *.
Ce superbe monument, construit par Auguste luimême, se composait d'une grosse tour ronde trèshaute, à trois étages concentriques, dont le second était d'un diamètre beaucoup moindre que le premier, et le troisième moindre encore que le second. Le retrait laissé par chaque étage était rempli de terre et planté dans son pourtour d'arbres qui, ne dépouillant jamais leur verdure, faisaient un agréable contraste avec les murs de l'édifice bâti tout en marbre blanc. Une statue en bronze de l'empereur formait l'amortissement du dernier étage. Dans la partie inférieure du mausolée étaient des loculi, pour les cendres du prince, de ses parents et de ses amis3. Derrière régnait un bois
1 Dio., I. VI, p. 685.
* Rome au siècle dAuguste^ lettre lxx, p. 10.
* Quorum omnium (sepulcrorum) praeclarissimum est liau-