‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 61 sur 215 · MAUSOLÉE D'AUGUSTE · texte numérisé non relu

MAUSOLÉE D'AUGUSTE

sacré avec des promenades ouvertes au peuple; puis une place environnée d'une double enceinte, Tune de marbre, l'autre de fer, précédée de deux obélisques de 60 pieds de haut et d'un seul bloc de granit oriental : tel était le mausolée d'Auguste.

De ce monument qui portait jusqu'au ciel le magnU* fique témoignage de notre néant, il ne reste aujourd'hui qu'une grande ruine. Quand le voyageur, entré, dans la rue des Pontifes, arrive près du palais Corea, il se trouve en face de gros murs pantelants et délabrés, ouvrage réticulaire en tuf lithoïde, c'est le soubassement du superbe tombeau : plus de marbre, plus d'inscriptions, plus de statues, plus d'obélisques, tout a disparu. Le diamètre actuel des ruines du soubassement est de 220 pieds romains anciens. En y regardant de près, on distingue encore dans le pourtour les vestiges de treize chambres sépulcrales ; la quatorzième servait d'entrée à la grande salle ronde placée sous Yagger, dont le diamètre était de 130 pieds.

Comme celles de tous les Césars, les cendres d'Auguste ont été jetées au vent, mais enfin elles reposèrent en ce lieu. Par quel moyen avait-on pu les distinguer des cendres du bois qui servit à consumer le cadavre impérial ? C'est une question qui ne manque pas d'intérêt, mais la réponse demande quelques détails. Le résultat dont je parle était dû à l'emploi de la chemise d'amiante, dans laquelle on enveloppait les corps destinés au bûcher; Chacun sait que l'amiante est un mi-

soleum, agger ad omnem supra sublimen albi lapidis fornicem congestus et ad verticem usque semper virentibus arboribus coopérais. In fastigio statua Augusti Cœsaris : suh aggere loculi ejus et cognatorum ac familiarum. A lergo lucus magnus ambulationes habens admirabiles. — Strab., V, p. 211.

néral filagineux, de couleur grise ou plombée, dont on fait un tissu qui résiste parfaitement à l'action du feu.

L'amiante se trouve surtout en Corse, en Chypre, dans l'Inde, dans les Pyrénées et même dans les Alpes. Quant à la manière de le mettre en œuvre, on prend la pierre et on la jette dans de l'eau chaude, elle y demeure plus ou moins de temps, selon la température du bain. Ensuite on la broie, on la pétrit avec les mains pour en faire sortir une espèce de terre blanchâtre semblable à la chaux. Cette terre forme le lien qui réunit les filaments de l'amiante. Lorsque l'eau dans laquelle s'accomplit cette opération est devenue blanche, épaisse, on la remplace par une autre, en continuant la manipulation jusqu'à ce que le minéral soit entièrement dégagé des substances étrangères. L'amiante réduit en filaments est exposé sur une claie pour sécher.

On prend ensuite deux tardes ou peignes, semblables à ceux qui servent pour carder la laine, et on peigne doucement l'amiante. Quand les cardes sont pleines , on les applique l'une contre l'autre et on les fixe sur une table : c'est la quenouille. Avec un petit crochet fait en forme de fuseau on tire les filaments, on en réunit plusieurs, on fait tourner le fuseau et on obtient un fil. Pendant cette opération, l'ouvrier a soin de tremper dans l'huile l'index et le pouce ; parce que, d'une part, le fil d'amiante coupe et écorche, et d'autre part, que l'huile adoucit le filament et le rend plus facile à filer. Quand le fil est obtenu, on suit, dans le tissage, les procédés employé pour le chanvre et le lin. La longueur du travail, et surtout la rareté du lin vivant, donnent une idée de la richesse des Romains, qui employaient les tissus d'amiante non-seulement comme

DÉTAILS SUR LA CHEMISE d' AMIANTE. 173

chemises funéraires, mais encore comme linge de table K Pour lessiver ce linge d'une nouvelle espèce, il suffit de le jeter au feu ; il en sort purifié de toute tache et rendu à son premier éclat. Mais les tissus d>miante sont naturellement secs, en sorte que le simple frottement suffit pour les érailler ; on les conserve en les imbibant d'huile, et lorsqu'on veut en faire usage on les passe au feu. C'est ainsi que la même chemise funéraire pouvait servir longtemps dans la même famille 2.

Auguste fut donc enveloppé, pour être réduit en cendres, dans ce linceul incombustible; puis déposé dans un loculus du mausolée impérial. Marcellus, son neveu, et Germanicus, l'idole du peuple, vinrent bientôt l'y rejoindre 3. Ils furent suivis d'Octavie, sœur d'Auguste, de Drusus et des autres membres de la famille régnante, à l'exception des deux Julie, fille et nièce d'Auguste, qui en furent exclues par ordre d'Auguste lui-même. Le dernier empereur qui vint y prendre place fut Nerva, l'an 98.

Mais, comme nous l'avons remarqué, ni le prestige de ces grands noms, ni les grilles de bronze, ni les murailles de marbre n'ont pu protéger le monument impérial, qui n'est plus aujourd'hui qu'une ruine in-

1 Inventum jam est quod ignibus non absumeretur î vivum (linum) id vocant, ardentesque in focis conviviorumexeovidimus mappas, sordibus exustis, splendescentes igni magis quam possent aquis. Regum inde funèbres tunicae, corporis favillam ab reliquo séparant funere... Nascitur in dessertis... assuesvilque vivere ardendo, rarum inventu, difficile textu propter brevitalem... Ergo huic lino principatus in toto orbe. Plin. , — )ib. XIX, c. i.

* Voyez Ciàmp., Mon. vet., t. III, p. 220.

* Tacit., Annal., ID.

forme ; tandis qu'aux mêmes lieux Pierre et Paul régnent glorieux dans leurs sépulcres devenus des temples : au Christianisme seul le privilège de donner l'immortalité, même à la tombe.

\ 6 Janvier.

Place du Peuple. — Obélisque. — Sainte-Marie du Peuple. — Naumachie de Do milieu. — Trinité des Monts.

Non loin du mausolée d'Auguste est la place du Peuple. Nous y descendîmes de bonne heure, afin de reprendre notre course au point où nous l'avions laissée hier. Des promenades, plantées d'arbres verts, entouraient le tombeau des Césars, et cet élysée romain était parsemé de monuments funèbres appartenant, la plupart, aux affranchis de la famille impériale. Outre les témoignages de l'histoire, nous avons, en faveur de ce fait, un grand nombre d'inscriptions tumulaires trouvées sur place. Je ne rapporterai que la suivante :

VLP10. MARTIAL!. AVGVSTI.

L1BERT0. A. MARMORIBUS.

« Aux dieux Mânes. A Ulpius Martialis, affranchi d'Auguste, conservateur des marbres. »

En changeant de destination, la place du Peuple n'a rien perdu de sa beauté. Elle est vaste, circulaire et entourée de statues et d'édifices suberbes. Au centre s'élève l'obélisque d'Auguste avec une magnifique fontaine, dont les eaux retombent dans une vasque de granit. La circonférence est percée par les trois rues du Babouino, du Corso et de Ripetta, qui prolongent le rayon visuel jusqu'au centre de Rome, tandis que les

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