‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 66 sur 215 · TRINITÉ DES MONTS · texte numérisé non relu

TRINITÉ DES MONTS

n'en faisaient pas d'autres : ils pillaient l'Orient et l'Occident pour bâtir à Rome deux choses, des thermes et des théâtres ; et il faut le dire, pour peindre la société dont il était la personnification , leur popularité , leur sceptre même étaient à ce prix.

Au-dessus de la place d'Espagne se développe le superbe escalier qui conduit à la Trinité de' Monti et à l'Académie de France ; ici, nous étions tout à fait chez nous. La belle église de la Trinité avec les bâtiments qui l'environnent appartient à notre patrie. Nos dames du Sacré-Cœur y donnent aux jeunes Romaines l'éducation si distinguée et si chrétienne que tout le monde connaît. Après avoir salué l'obélisque de Salluste, élevé devant l'église par la magnificence de Pie VI, nous entrâmes pour voir la célèbre Descente de croix, de Daniel de Volterre.

Citée par le Poussin comme un des trois premiers tableaux de Rome, elle prouve encore, malgré de fâcheuses dégradations, que le Poussin l'avait parfaitement classée. On admire surtout le groupe de la Sainte Vierge et des saintes femmes, la figure de Notre-Seigneur qui tombe véritablement corne corpo morto cade, et cet homme monté sur une échelle, si plein de verve et si merveilleusement dessiné.

La colline que nous parcourions, ainsi que le couvent des Carmélites et des Capucins, étaient occupés jadis par les jardins de Lucullus, devenus plus tard la possession de Messaline ! Faut-il s'étonner que, pour sanctifier le théâtre d'une volupté sans honte et d'une opulence deux fois scandaleuse, la Providence ait établi au même lieu, et les anges de la pureté, et les modèles vivants de la pauvreté volontaire, je veux dire les vierges du Carmel et les enfants de Saint-François ? Contraste

touchant, que le chrétien ne peut voir sans l'admirer et le bénir.

Temple d'Antonin. — Pont et Château Saint-Ange. — Anecdote sur une bande de brigands. — Sainte-Marie t» Traspontina. — Colonnes de Saint-Pierre et de Saint- Paol. — Coupole de Saint-Pierre. — Palla. — Cimetière des Pèlerins.

Monseigneur de B... nous avait obtenu la permission de monter à la coupole de Saint-Pierre : lui-même devait nous accompagner. Le temps était ce qu'il doit être quand on veut jouir du magnifique panorama de Rom ■ et de ses environs, considéré du point culminant de la Ville éternelle. Toutefois, au lieu de prendre la ligne droite, nous descendîmes au centre de la ville, afin de visiter un monument que nous avions vu bien des fois sans l'étudier.

Sur la place di Pietra se trouvent les restes imposants d'un ancien édifice. Onze colonnes très-majestueuses en marbre blanc, cannelées et d'ordre corinthien, sont encore debout, et soutiennent un superbe entablement de marbre. Les trois premières semblent appartenir à un portique, puisque l'architrave qui les unit parait en saillie des deux côtés ; les huit autres soutenaient la voûte d'un temple ou d'une Basilique : sur leurs chapiteaux s'appuie une large voussure qui laisse entrevoir la grandeur de l'édifice. Quel était ce monument?

Les uns prétendent que c'était le portique et le temple de Neptune, bâti par Agrippa en mémoire des batailles navales gagnées par Auguste; mais l'opinion la plus commune y voit un temple d'Antonin. Quoi qu'il en

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