MARTYRE DE SAINTE CÉCILE
L'ancien pont Cestius joint l'Ile du Tibre au Trastévère. Faubourg Saint-Marceau, rue Mouffetard de Rome, le Trastévère ne fiit longtemps habité que par le bas peuple et par les Juifs1. Auguste y bâtit une caserne pour les soldats de marine appartenant à la flotte de Ravenne ; ceux qui faisaient partie de la flotte de Mysène avaient leur logement dans la troisième région, près du mont Cœlius. Là, se trouvaient les prés de Mucius Scévola, donnés en récompense par le peuple romain; les champs de L. Quinctius, et enfin les quatre arpents de Cincinnatus2. Quelle partie du Trastévère occupaient ces lieux historiques? On ne le sait. L'opinion la plus commune place les premiers dans le voisinage de Sainte- Cécile et de Saint-François a Ripa. Le quartier transtévérin renferme encore d'autres souvenirs dont je parlerai dans l'ordre suivant lequel ils se présenteront.
Parmi les monuments chrétiens qui appellent le voyageur au delà du Tibre, il faut placer d'abord l'église de Sainte-Cécile 3. Sous le règne d'Alexandre Sévère vivait une jeune chrétienne nommée Cécile, plus distinguée par son angélique vertu que par la noblesse de son origine et l'éclat de sa beauté. Valérien, officier de l'empereur, né dans le paganisme, demande sa main. Inspirée par la grâce, Cécile accepte la proposition, convertit son fiancé, et l'un et l'autre promettent au Seigneur une continence perpétuelle. Tiburce, frère de Valérien, cède aussi aux douces exhortations de sa belle-sœur et reçoit le baptême. Le bruit de cette double
1 Phil., de Légat, ad Caium. — Bar., Annal., 1. 1. 1 Cincinnato aranti quatuor sua jugera , etc. Plin., lib. XVIII, c. m.
* Stnta-Bfaria Nova.
victoire se répand, et les néophytes sont arrêtés. Le centurion Maxime, qui les conduit as supplice, est si touché de leurs discours et de leur courage, qu'il se convertit loi-même; et, condamné sur-le-champ, il mêle son sang an sang de ses prisonniers.
Restait la jeune héroïne, principal instrument de leur triomphe. Ordre est donné de la rechercher ; les persécuteurs se rendent au delà du Tibre, dans la maison de Cécile, qui est saisie, et dévouée à la mort. Par égard pour sa haute naissance on employa, pour la taire expirer, un genre de supplice connu des Romains; lorsqu'il s'agissait des femmes, et surtout des femmes de qualité. On l'enferma dans le sudatorium de ses bains. Cette pièce, qu'on trouve dans tous les thermes, et dont on voit encore le modèle à Pompéi, était hermétiquement fermée et se chauffait au moyen d'un calorifère. On éleva tellement le foyer que la sainte devait être étouffée en quelques heures; il n'en fut rien, et au bout de trois jours elle sortit pleine de vie de son brûlant tombeau.
C'est alors que le juge ordonna de lui trancher la tête; le bourreau lui porta trois coups qui, soit par raffinement de cruauté de la part du tyran, soit par l'effet d'un miracle, la laissèrent survivre pendant trois jours. L'héroïque martyre en profita pour continuer sa mission. Un grand nombre de païens se convertirent et reçurent, dans la maison même de Cécile, la grâce du baptême des mains du pape saint Urbain. Avant d'expirer, la sainte pria le pontife de changer sa maison en église : son désir fut accompli. Consacrée par le pape saint Urbain, et restaurée par saint Grégoire le Grand, cette église, dt^jà si vénérable, le devint bien plus encore sous le règne de saint Pascal.
Les corps des saints martyrs avaient été ensevelis