VASE DU PORTIQUE
l'énergie, on, pour mieux dire, la transparence des emblèmes, la magnificence des décorations et l'éclat des couleurs , font de cette mosaïque un des plus beaux monuments de notre antiquité religieuse. Quelle différence entre cette manière simple, aisée, sublime, des artistes chrétiens, et celle de nos artisans modernes ! D'oh vient que ces derniers n'ont pas même assez de goût pour aller chercher leurs modèles religieux dans nos siècles de foi?
Gomme la plupart des églises de Rome, Sainte-Cécile est non-seulement un musée et une galerie ; c'est encore un reliquaire. Nommer les saints et les martyrs dont les restes vénérables, recueillis par le cardinal Sfondrat, enrichissent la sainte Basilique, serait beaucoup trop long. Il suffit de savoir que tous les ordres de bienheureux ont ici leurs représentants, comme pour féliciter l'illustre vierge de son glorieux triomphe, retremper la foi du pèlerin, ranimer son courage, et souvent le faire rougir de sa pusillanimité.
En sortant de l'église il faut examiner, dans l'ancien atrium, un de ces grands vases de marbre appelés canthari, qui servaient de fontaine pour l'ablution des fidèles. Celui de Sainte-Cécile est d'une bonne conservation et rappelle, par l'usage auquel il était destiné, la relig euse frayeur et l'innocence sans souillure que nos pères s'efforçaient d'apporter dans le temple saint.
Singulière destinée des lieux où nous sommes ! Antiques témoins du courage de Mucius Seévola, ils furent le prix de son dévouement * ; devenus sous le Christian
1 Ici étaient, comme on sait, les prés dont la république fit présent à Mucius Scévoïa pour prix de son courage. On croit que c'est à l'endroit même où se trouve le Ponté Rotto qu'eut lieu l'acte héroïque du célèbre Romain.
nisme le théâtre d'un dévouement plus noble, ils^ont consacrés à en perpétuer le souvenir. L'héroïsme % la virginité et du martyre, et l'héroïsme peut-être aussi grand de la pauvreté et de l'humiliation volontaire, y reçoivent les hommages qu'ils méritent. A Clélie et à Mucius Scévola succèdent sainte Cécile et saint François d'Assise, dont les vertus, inspirées par la foi, ont conquis à leur gloire cette partie du Trastévère.
Une légère distance nous séparait du couvent et de l'église de San-Francesco a Ripa. Au fond de cette humble demeure est un petit sanctuaire d'où s'exhale je ne sais quel parfum de sainteté qui pénètre et qui embaume l'âme et les sens : j'ai nommé la chambre de saint François d'Assise. Quels que soient ton pays, ta croyance et ton nom, pèlerin, ôte ici ta chaussure; tu entres dans la demeure d'un héros, d'un saint, sublime instrument de la Providence dans l'œuvre de la civilisation. Tes pieds foulent le môme sol, tes yeux voient les mêmes parois, le même plafond; tes mains touchent la même porte de bois, la même pierre qui lui servit d'oreiller; en un mot, tu es environné de tous les objets témoins des prières, des soupirs, des austérités, des extases du séraphique patriarche : spectacle deux fois éloquent qui te révèle le secret de devenir un grand homme, en t'apprenant que Dieu choisit toujours pour opérer des choses merveilleuses les petits et les humbles.
Dans cette chambre vénérable, transformée en chapelle, reposent vingt-huit corps saints avec une quantité de reliques précieuses, que des panneaux tournants offrirent à nos regards et à notre piété. Un des religieux qui nous accompagnaient tira ensuite un rideau placé derrière l'autel, et nous vîmes le véritable portrait de saint François d'Assise; on le croit contemporain de l'illustre