‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 76 sur 215 · SAINTE-MARIE IN TRASTEVERE · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE IN TRASTEVERE

fondateur. Les cloîtres du couvent représentent, dans des fresques nombreuses, les papes, les cardinaux, les hommes illustres, les saints et les martyrs de Tordre. C'est pour les bons pères une galerie de famille dont la vue, j'en suis certain, a fait germer plus d'une vertu et encouragé plus d'un sacrifice. Le monde en profite, et, l'ingrat qu'il est, trop souvent il oublie la religion qui les inspire.

Saintô-Marie in Trastevere. — Taberna meritoria. — Rescrit d'Alexandre Sévère. — Miracle de la fontaine d'huile. — Preuves. — Première égUse de Rome dédiée à la Sainte Vierge. — Vue de la fontaine. — Inscriptions. — Mosaïques. — Tombeaux. — Reliques de martyrs. — Les Transtévérins. — Saint-Pierre in Montorio.

Le Tibre nous revit sur ses bords. Laissant à gauche Sainte-Cécile et Saint-François, que nous avons vus, et Saint-Michel que nous verrons plus tard, nous arrivâmes promptement à Sainte-Marie in Trastevere. Cette église offre une riche moisson à l'antiquaire et surtout au chrétien. Au lieu même où elle s'élève, on voyait jadis la Taberna meritoria, espèce d'hôtel des soldats invalides et de magasin public, où l'on déposait les marchandises *. Soit à raison du prodige dont je vais parler, soit pour toute autre cause, l'entrepôt fut abandonné.

Les chrétiens, qui attachaient une grande importance à posséder cet emplacement, le prirent à bail, et y construisirent un oratoire; mais les cabaretiers du voisinage trouvèrent bon de les inquiéter et de les chasser. L'af-

1 Tabernœ meritoriœ, quae vulgo diversoria vel fullonica appellantur. Ced., Lex Si ususfructm, g 46.

faire tut portée au tribunal de l'empereur Alexandre» qui donna le rescrit suivant : « Il vaut mieux que Dieu soit honoré, n'importe comment, dans la Taberna meritoria, que de la livrer aux cabaretiers *. » Maîtres de ce lieu tant désiré, les chrétiens s'empressèrent d'y bâtir une église, qui fut consacrée, en 324, par le pape saint Galixte, et dédiée à la Vierge-Mère : elle est la première que Rome vit élever en l'honneur de la Reine du ciel*.

D'où venait aux fidèles cet ardent désir de posséder la Tabema meritoria, et de la consacrer par un monument religieux? L'histoire profane et l'histoire sacrée répondent d'un commun accord : Sous le règne d'Auguste, alors que Dieu tenait le monde en suspens par des prodiges multipliés; que l'Occident retentissait des oracles de la sibylle de Gumes, popularisés par Virgile; et que J'Orient tenait ses regards tournés vers la Judée, d'où 'es anciennes traditions annonçaient la prochaine sortie du dominateur de l'univers : dans ce moment solennel, Rome vit tout à coup jaillir, au lieu occupé par la Tabema meritoria, une fontaine d'huile qui coula pendant un jour entier avec tant d'abondance qu'elle descendait jusqu'au Tibre3.

Les païens enregistrèrent ce fait parmi les événements extraordinaires qui signalaient le règne d'Auguste, mais

1 Rescripsit melius esse ut quomodocumqne illic Deus colatur, quarn popinariis dedatttr. — Làmprid., in Alex.

* Illic nobilem ecclesiam ercxerunt sanclissimtt Virginia Dei genitricis partui, olim eo prodigio prosignato, religiosissime coneecrandam. — Bar» ami* 224, n. v.

5 Ànno tertio Roaaa e Taberna meritoria trans Tiberim oleum e terra erupit, tluxitque toto die sine intermissionc — Euseb. in Chron* Ainsi parlent Dion Cassius, Tiroo Prosper, Idacc, Orose, Eutrope, Aoastaae, Raban Maur, etc., etc.

TABBRNA MERÏTORIA. 203

ils n'en comprirent pas mieux le sens que celui des antiques traditions '. Ce sens consolateur ne fut pas ignoré des chrétiens. Dans cette fontaine d'huile miraculeusement sortie du sein de la terre, au milieu du quartier de Rome habité par les fils d'Abraham, en un lieu de.commerce oh ils devaient être en grand nombre ainsi que les païens, ils voyaient avec raison, etPéternelle miséricorde de Dieu qui n'a jamais laissé son fils sans témoignage, et l'annonce parfaitement symbolique de la naissance du Christ, arrivée peu de temps après. « En effet, ajoute Orose, christ veut dire oint; et cette huile miraculeuse annonçait l'oint par excellence, le Fils de Dieu qui allait naître sous le règne d'Auguste, et les chrétiens, uncti, qui devaient le perpétuer dans l'empire. Cette huile sort de la Taberna meritoria, rendez-vous commun des juifs et des païens, et figure de l'Église, composée des gentils et des enfants d'Israël *. »

Tel est le fait miraculeux qui, attesté d'abord par le double témoignage de l'histoire profane et de l'histoire sacrée, puis vingt fois soumis à l'examen de la critique la plus sévère, a traversé dix-huit siècles sans rien perdre de son authenticité. Aujourd'hui encore il explique, en

1 PLH!.,lKst.,liftKH, c xxxi ; Dio, Hist. rom. Aib.XLWl.

• Quo signo, quid evidenlius quam in diebus Caesaris loto orbe regnantis futura Christi nativitas declarata est? Christus enim unctus interpretatur. Itaquecumeo tempore, quo Cœsari perpétua tribunitia potestas décréta est, Romae fons olei per totum diem defluxit; subprincipatu Caesaris, romanoque imperio per tolumdiem, id est, per omne Romani tempus im péri i, Christum, et ex eo christianos, id est unclum et ex eo unctos, de meritoria Tabarm, hoc est de hospitali largaque ecclesia affluenler atque incessabiliter processus», etc. — Oros., Hist.j Hb. VF, c. xx.

la justifiant, ardeur autrement inexplicable des premiers chrétiens à posséder le lieu même où il s'était accompli1,

Avec sa sollicitude ordinaire, Rome a veillé sur ce lieu vénérable. Quoique restaurée plusieurs fois, Péglise, bâtie par saint Calixte, conserve toujours dans son enceinte et protège de ses murs sacrés la place d'où sortit la fontaine miraculeuse. Le voyageur ne peut manquer de la retrouver; car des inscriptions nombreuses, des ornements de marbre et de bronze, et surtout la piété des pèlerins, l'indiquent à tous les regards. Nous la vî- ^mes; et le moment où il nous fut donné de la contempler reste dans notre mémoire comme une des joies du pèlerinage.

Quand vous êtes à la naissance des marches de porphyre qui montent au sanctuaire, vous voyez sur la droite, dans le pavé, une ouverture circulaire garnie d'une grille, et dont l'orifice revêtu de marbre blanc peut avoir deux pieds de diamètre. Au-dessus on lit : Fons olei, fontaine de l'huile.

1 Les principaux auteurs qui ont examiné ce fait sont : Pietro MoSetti, Historia hujus prodigii elucid. et defension. Romae, 1767. — Panvinius, de Septem urbis Ecclesiis, p. 81. — Donat., itoma vêtus, etc., lib. 111, c. 21.— Piazza, Gerarchia cardinalizia, p. 164. — De Berardesca, In colléetione miraculorum, quœ in Christi nativitate visa sunt. Neapoli, 1553. — Trombelli, Vita B. Virg., t. II, p. 317, 323. — Mazzolari, Basiliche sacre, t. VI, p. 297. — Constanzi, Institut., etc., t. H, p. 40. — Canceiaieri, Notte di Natale, p. 121. — Baron., Apparatus ad Ann. eccl., p. 7 ; Id., Ann., ann. 221. — Benoit XIV, de Festo Natal. Domini. Le savant pontife s'exprime en ces termes : t Nulla de verilate miraculi dubitatio, etc. » N. 53.

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