‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 79 sur 215 · MESSE DANS LA PRISON DE SAINTE AGNÈS · texte numérisé non relu

MESSE DANS LA PRISON DE SAINTE AGNÈS

£f Janvier.

Messe dans la prison de sainte Agnès. — Bénédiction des agneaux à Sainte-Agnès hors des murs, — Détails sur le pallium. — Descrip tion de l'Eglise. — Eglise de Sainte-Constance. — Prières du soir. — Visite au cardinal Pacca.

Pouvoir chaque jour célébrer la fête des martyrs sur le théâtre même de leur victoire, au milieu des plus touchants monuments de leur courage; tel est l'heureux privilège des fidèles de Rome. Hier j'avais eu la consolation d'offrir l'auguste sacrifice dans les catacombes de Saint-Sébastien, au lieu ou fut déposé par sainte Lucine le corps de l'illustre général. Autour de l'autel souterrain, éclairé par six flambeaux, étaient pieusement agenouillés des hommes et des femmes du peuple, quelques jeunes enfants, une princesse et un ecclésiastique : il semble que toutes les classes de la société s'étaient donné rendez-vous pour retracer l'image du Christianisme primitif.

Aujourd'hui ce spectacle devait se renouveler; oh célébrait la fête de sainte Agnès. De bon matin nous étions à la place Navone, prosternés avec de nombreux fidèles sur le pavé de marbre de la magnifique église. Pendant qu'on chantait dans le temple supérieur les louanges de la jeune héroïne, il nous fut permis de descendre dans la crypte oii la vierge de treize ans avait remporté son glorieux triomphe. Faire couler le sang divin au même lieu ou coula le sang des martyrs, et présenter ce double sacrifice au Père des miséricordes, quelle consolation pour le prêtre ! Quel gage de salut pour te monde! Quelles intimes jouissances pour le voyageur I Si peu qu'il soit chrétien, il se sent pénétré

de religion, et, comme malgré lui, la prière lui vient sur les lèvres.

Au souvenir saisissant des miracles qu'il fallut pour vaincre ici, dans ce cachot souterrain, comme au grand jour de l'amphithéâtre, la société païenne dont l'infamie égalait la cruauté; à la vue de ces murs antiques, de ces voûtes sombres, de ce pavé en mosaïque, témoins dixsept fois séculaires de la victoire gagnée par la faiblesse sur la force, par la victime sur le bourreau, toutes les puissance de l'âme sont profondément émues; et vous félicitez la jeune héroïne, votre sœur, vous l'invoquez avec une fraternelle confiance ; et vous sortez* de là trois fois heureux de ce que vous avez vu, de ce que vous avez senti et de ce que vous espérez.

Ces fortunés moments passèrent vite : le temps nous pressait. Il s agissait de nous rendre dans la Basilique de Sainte-Agnès hors des murs, oii devait avoir lieu l'intéressante bénédiction des agneaux. Sortis de Rome par la porte Pie, nous suivîmes pendant une heure la voie Nomentane, et nous arrivâmes à l'église : la foule se pressait sous l'antique parvis; néanmoins il nous fut possible de pénétrer dans le sanctuaire, et de nous placer à l'angle de l'autel , afin de voir de près la cérémonie. Après la messe, chantée en musique, le clergé sortit processionnellement de la sacristie et rentra dans le sanctuaire.

La marche était ouverte par des clercs portant des flambeaux, l'encensoir et le bénitier; venaient ensuite deux ecclésiastiques en grands manteaux noirs, tenant chacun sur les bras un superbe coussin de damas roug orné de franges d'or, sur lequel était mollement couché un petit agneau blanc comme la neige, la tête couronnée de roses et tout le corps parsemé de rosettes en ruban

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