‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 82 sur 215 · ÉGLISE DE SAINTE-AGNÈS · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINTE-AGNÈS

en forme de portique, appuyée sur des colonnes dont la magnificence ne le cède point aux premières : on y remarque le même mélange des ordres d'architecture. Histoire complète de l'art, le baldaquin du maitre-autel est soutenu par quatre colonnes du plus beau porphyre. La sculpture moderne y brille dans la statue de la sainte, en albâtre oriental ; l'antiquité païenne donne la forme du monument avec ses colonnes de jaspe et de porphyre; la primitive Église est représentée par un candélabre de la plus grande richesse, et enfin le moyen âge déploie sa* magnificence et son génie, tout à la fois simple et sublime, dans la mosaïque du chœur.

La superbe guirlande de fleurs et de fruits qui l'entoure se coupe à la partie supérieure de Tare, pour faire place à une croix radieuse. Dans le champ, directement au-dessous de la croix, on voit sortir des nuages la main divine tenant une couronne. Plus bas apparaît sainte Agnès dans l'attitude du triomphe, c'est-à-dire debout, la tète couronnée d'émeraudes et environnée du nimbe circulaire ; le cou orné de colliers de perles, et le corps couvert du laticlave enrichi de pierreries, suivant l'usage des empereurs et des impératrices d'Orient. Ce costume byzantin dans une mosaïque romaine est une preuve de plus qu'à cette époque, c'est-à-dire au septième siècle, on faisait venir les mosaïstes de C onstantinople. Peu familiarisés avec nos costumes occidentaux, ils habillaient leurs figures à la mode de leur pays.

La sainte tient l'Evangile contre son cœur; sous ses pieds on voit le glaive qui lui trancha la tête, et de chaque côté s'élancent deux gerbes de flammes, symbole de son désir ardent pour les supplices. Il était difficile de résumer plus parfaitement l'épopée de la jeune héroïne. A sa droite est le pape Honorais Ier, portant le modèle

de l'église; et à sa gauche, le pape Symmaque, restaurateur de la vénérable Basilique. Nous l'avons déjà remarqué, dans l'ensemble de son ornementation, Sainte- Agnès est comme une encyclopédie de l'art. Or, ce rendez-vous des deux mondes, l'un vaincu et l'autre vainqueur, contribuant chacun à sa manière à orner le temple d'une enfant ; cette longue suite de siècles qui viennent en passant déposer leur hommage à ses pieds, forment une de ces délicieuses harmonies que Rome a le privilège d'offrir au catholique, seul capable de les comprendre.

Non loin de Sainle-Agnès s'élève, parmi les ruines, une superbe rotonde qui contient de grandes richesses archéologiques : c'est l'église de Sainte-Constance. Bâtie, à ce que l'on croit, par Constantin pour le baptême de son auguste fille, elle servit ensuite de baptistère à la Basilique de Sainte- Agnès. Vingt-quatre colonnes de marbre africain formant un double portique soutiennent l'édifice. Trois grandes niches, loculamenta, sont taillées dans les parois; deux sont à jour et donnent passage à l'extérieur. La troisième renferme une superbe tombe de porphyre, transportée du môle d'Adrien pour recevoir les restes précieux de la jeune princesse. Le tombeau est orné de mosaïques représentant une scène de vendanges, sujet assez fréquent dans l'ornementation des Catacombes.

Aux voûtes des deux autres renfoncements se trouvent des sujets plus évidemment chrétiens. Dans l'une, Notre-Seigneur apparaît debout; de la main droite il bénit, de la gauche il tient une banderole sur laquelle on lit : Dominus pacem dat. A gauche est saint Philippe, incliné devant le divin Maître et recevant l'extrémité inférieure de la banderole ; saint Thomas se mon-

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tre à la droite dans l'attitude du respect et de l'admiration ; quatre brebis occupent la base du tableau, avec deux petites maisons, tuguriola, environnées de palmiers. On a vu dans ces figures, et tous les fidèles à qui Notre-Seigneur donne sa paix, et les demeures multiples de la maison de Dieu, et enfin la Judée, théâtre primitif de cette scène évangélique *.

Dans l'autre voussure, le Fils de Dieu est assis sur le globe. Maître absolu de toutes choses, il a le droit de promettre la paix, et il la donne à un de ses disciples qu'il embrasse : cette seconde mosaïque semble ainsi le complément de la première. On remarque, à droite et à gauche du Seigneur, une grande quantité de palmiers, pour rappeler le pays oîi le divin Rédempteur accomplit sa vie mortelle. Que le palmier soit l'emblème de la Judée, c'est un fait établi par les médailles de Vespasien et de Titus, dans lesquelles on voit une femme assise, pleurant sous un palmier, avec ces mots : Judœa capta. Jusque dans la partie décorative, les artistes chrétiens ont su conserver les grandes vérités de notre histoire.

Quant à la coupole, peinte à fresque et en mosaïque, elle offre sur les côtés des feuilles de vigne, des raisins, toute une scène de vendanges, et au sommet une femme en demi-figure. Malheureusement cette partie de l'édifice a beaucoup trop souffert pour qu'il soit possible d'en donner une explication pleinement satisfaisante 2. Devenue la tombe de sainte Constance après avoir été son berceau, la rotonde possède un autel fort curieux, oîi repose le corps vénérable de la fille de Constantin, avec

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