CONVERSION DE M. R ATI S BONNE
ceur de sa parole, l'aménité de ses manières, l'air d'affabilité et de cordialité répandu sur toute sa personne, commandent le respect et l'affection. Ajoutez qu'il aime beaucoup la France. « Les Français, me disait il, sont naturellement bons ; ils valent mieux que leurs principes. Ils ressemblent à l'enfant de l'Évangile, qui dit à son père : Je ne veux pas aller à la vigne, et pourtant il y va; tandis que les Allemands imitent l'autre enfant qui dit: J'y vais, et il n'y va pas. » Ace jugement, dont il est difficile de contester la justesse, succéda l'éloge de nos dames françaises. L'auguste prince de l'Église ne savait comment exalter leur charité et leur dévouement, t Si la France doit être sauvée, disait-il, elle le sera par les femmes; elles sont dignes de cette mission. »
£2 Janvier.
Conversion de M. Ratisbonne. — Récit de M. de Bussières.
Hier matin, comme nous prenions à la hâte la cioccolata pour nous rendre à Sainte-Agnès hors des murs, la bonne Menica vint nous annoncer, dans la joie de son cœur, la grande nouvelle qui circulait dans Rome : un ebreo è convertito! un juif s'est converti hier; oui, hier, à notre église de Saint- André délie Fratte! Gesii mio! che belmiracolo! Nous n'eûmes pas le loisir d'en entendre davantage. Le soir, on parla de cette conversion chez le cardinal Pacca; enfin, aujourd'hui 22, j'ai eu tous les détails du grand événement.
Dans le salon de madame la comtesse Karolyi arriva M. le baron de Bussières, qui nous raconta, en petit comité, ce qu'il a publié depuis. Je vais le laisser parler lui-même. « Je rapporte, nous dit-il, un fait incontes-
les mois ton.
table; je dis ce que j'ai vu de mes yeux, ce qu'une foule de témoins honorables peuvent affirmer, ce que Strasbourg ne pourra croire, ce que Rome entière admire : un homme jouissant de tout son bon sens, de toute la plénitude de ses facultés, est entré dans une église, juif obstiné, et, par un de ces coups de la grâce qui terrassa Saul sur le chemin de Damas, il en est sorti, dix minutes après, catholique de cœur et de volonté.
€ Alphonse Ratisbonne appartient à une famille de Strasbourg, distinguée par sa position et par l'estime de tous. Il venait d'arriver à Naples, afin de poursuivre jusqu'en Orient un voyage de santé et de plaisir. Destiné à une position brillante, il se promettait de consacrer tous ses efforts à la régénération de ses coreligionnaires; il rapportait à ce but toutes ses pensées et toutes ses espérances ; car il s'indignait de tout ce qui pouvait rappeler la malédiction qui pèse sur les descendants de Jacob.
« Cependant le moment de partir pour l'Orient était venu; Ratisbonne sortit donc un matin pour aller, sans plus de délai, fixer sa place sur le bateau à vapeur qui devait le conduire à Païenne. Chemin faisant, il songe qu'il n'a pas vu Rome, et qu'une fois de retour, il est peu probable qu'il puisse revenir en Italie. Absorbé par ces réflexions, il entre dans un bureau, mais c'est celui des diligences : il y retient une place, et trois jours après il est à Rome; mais il n'y fera qu'un bien court séjour. Le voilà donc visitant les ruines, les galeries, les églises; entassant, en vrai touriste, les courses, les impressions et les souvenirs confus. Il a hâte d'en finir avec cette ville qu'il est venu voir, moins encore par curiosité que par une sorte d'entraînement qu'il s'explique mal.
« La veille de son départ, il se présenta pour faire