ÉGLISE DE SAINT-ANDRÉ DELLE FRATTE
£3 Janvier.
Église de Saint-André délie Fratte. — Souvenir du cardinal Conr salvi. — Réflexions sur les arts à Rome. — Conversation de Cfiiiova avec Napoléon. — Visite des palais et des galeries particulières. — Palais Barberini. — Palais Borghèse.
Tout plein du récit de la veille, j'allai de bonne heure célébrer le saint sacrifice dans l'église de Saint-André délie Fratte, sur l'autel même de la chapelle oii s'était accompli le miracle. Je me disais : Ce n'est ni un juif allemand, ni un juif anglais, mais un juif français qui a été converti. Comment ne pas voir dans cette circonstance les desseins éternels de Dieu sur le peuple missionnaire?
Après la messe nous étudiâmes de nouveau cette église, désormais glorieusement historique, et j'appris une particularité qui n'est pas sans quelque intérêt. Le cardinal Consalvi, l'ami et le ministre de Pie VII, s'était trouvé mêlé à toutes les grandes affaires qui avaient rempli le règne orageux de l'immortel pontife. En témoignage de leur haute estime, les différents souverains de l'Europe avaient offert à l'habile diplomate une riche collection de tabatières précieuses. La plus splcndide était celle du concordat de 1801, qui coûta 30,000 fr. Le pieux cardinal ordonna, par son testament, qu'on les vendit et qu'on employât une partie du produit à terminer les façades de plusieurs églises de Rome; de ce nombre fut Saint- André délie Fratte.
L'autre moitié de la somme fut consacrée à élever dans l'église de Saint-Pierre le mausolée de Pie VII, son bienfaiteur. Desservie par des Minimes, l'église de Saint- André i>ossède une riche chapelle dédiée à saint Fran-
çois de Paule. On y voit deux anges du Bernin, et plus bas la mort de sainte Anne, sculpture très-remarquable de Pacetti. Les principaux monuments funèbres sont ceux du savant danois Zoega, et du gracieux sculpteur prussien Schadow : « Tombeaux du Nord qui prouvent l'indicible attrait de Rome et de l'Italie pour tous les amis des arts. »
Non-seulement les papes et les cardinaux, mais encore les communautés religieuses et les simples particuliers semblent rivaliser de zèle pour faire de la Ville éternelle la galerie, le musée, le salon de l'Europe et du monde. Déjà les palais pontificaux nous avaient montré leurs richesses; nous voulûmes, à l'exemple de tous les voyageurs, visiter celles qui embellissent les habitations particulières, et nous commençâmes une excursion purement artistique.
Il faut remarquer que les chefs-d'œuvre de peinture et de sculpture semblent mieux placés à Rome que dans nulle autre ville. Un juge que personne ne sera tenté de^ récuser, Canova, s'exprimait ainsi à ce sujet. Napoléon l'avait appelé à Paris pour faire le portrait de l'impératrice Marie-Louise. « Je suis venu pour satisfaire Sa Majesté, afin de pouvoir retourner à Rome et reprendre mes travaux. — Mais, dit l'empereur, Paris est à présent la capitale; il faut que vous demeuriez ici, et vous ferez bien. — Vous êtes maître de ma vie, Sire; mais s'il plaît à l'empereur qu'elle soit employée à son service, il faut qu'il m'accorde de retourner à Rome, quand j'aurai terminé les travaux pour lesquels je suis venu. On m'a parlé de faire le portrait de l'impératrice, je la représenterai sous les traits de la Concorde. »
Napoléon sourit et répliqua : « Ici est le centre, ici sont tous les chefs-d'œuvre antiques. Il ne manque que