‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 89 sur 215 · CONVERSATION DE CANOVA AVEC NAPOLÉON · texte numérisé non relu

CONVERSATION DE CANOVA AVEC NAPOLÉON

l'Hercule Farnèse qui est à Naples ; je me le suis réserve. — Que Votre Majesté, reprit Canova, laisse au moins quelque chose à l'Italie : les monuments antiques forment collection et chaîne avec une infinité d'autres qui ne se peuvent transporter ni de Rome, ni de Naples. D'ailleurs le peuple romain a un droit sacré sur les monuments découverts dans les entrailles des fondations de Rome; c'est un produit intrinsèquement uni au sol, tellement que ni les familles nobles, ni le pape Pie VII luimême, ne peuvent vendre, ni envoyer au dehors cet héritage du peuple-roi, cette récompense donnée par la victoire à leurs antiques pères.

« — Monsieur, je vous prie, comment est l'air de Rome? était-il mauvais ou malsain dans les temps anciens ? — Je me souviens d'avoir lu dans Tacite, à propos de l'arrivée de Vitellius, que beaucoup de soldats tombèrent malades pour avoir dormi à l'air sur le Vatican 4 ; mais Rome a d'autres douleurs, continua l'illustre artiste ; cette capitale est désolée depuis l'absence du pape. — Semez du coton, reprit l'empereur, nous ferons Rome capitale de l'Italie et nous y joindrons Naples : qu'en dites-vous ? Serez-vous content ?

« — Les arts pourraient ramener la prospérité; la religion favorise les arts. Chez les Égyptiens, chez les Grecs et les Romains, Sire, la religion seule a soutenu les arts. Les travaux des Romains portent le sceau de la religion. Cette salutaire influence sur les arts les a encore sauvés, en partie, des ravages des Barbares. Toutes les religions sont les bienfaitrices des arts ; celle qui est plus particulièrement et plus magnifiquement leur protectrice et

1 Ne salutisquidcm cura ; infamibus Vaticani locis magna pars letendit, unde crobrre in vulgus mortes. Hi$tn iib. Il, xcvii.

leur mère, c'est la vraie religion catholique romaine. Les protestants, Sire, se contentent d'une simple chapelle et d'une croix, et ne donnent pas occasion de fabriquer de beaux objets d'art. Les édifices qu'ils possèdent ont été faits par les autres. » L'empereur, s'adressant à Marie - Louise et l'interpellant, s'écria : « Il a raison ; les protestants n'ont rien de beau l. »

Partis de la Propagande, nous arrivâmes on quelques minutes à la place Barberini. Elle occupe, en partie, l'emplacement du cirque de Flore, fameux par l'abomination des fêtes qu'on y célébrait la nuit aui flambeaux, en l'honneur de la courtisane divinisée. Au milieu s'élève une belle fontaine, formée de quatre dauphins qui soutiennent une grande coquille ouverte, d'où sort un triton qui jette de l'eau à une grande hauteur. La place doit son nom au palais Barberini, situé sur l'un des eôtis. Au bas du grand escalier, l'a tention se fixe sur un trèsbeau lion antique, enchâssé dans le mur du second palier. On passe de là au salon, dont la voûte a éio peinte à fresque par Pierre de Gorîone ; cet ouvrage passe pour le chef-d'œuvre de ce maître peu estimé de nos jours.

Dans la salle des portraits, vous avez cinq ouvrages du Titien; puis le Chmt et la Madeleine, du Tintoret, avec un gracieux petit tableau de la Sainte Vierge et de l'Enfant Jésus, d'André del* Sarto. Nous y trouvâmes aussi une des nombreuses et si remarquables compositions de Gérard des Nuits, le peintre du clair-obscur. VArrestition de Noire-Seigneur au jardin des Olives fait illusion par la vérité merveilleuse du jeu de la lumière ; on dirait le diorama en plein jour. Plus loift est Adam et Eve, du

.* Vie de Pie VU, par M. Artaud, t. II, c. xxii.

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