PALAIS BORGHÈSE
Dominiquin : Dieu, porté par un groupe d'anges, reproche à Adam sa faute ; celui-ci, tremblant et confus, montre sa femme, qui se rejette à son tour sur le serpent. Entre beaucoup d'autres tableaux on est surtout frappé de la pathétique te e de la malheureuse Béatrix Cenei, chef-d'œuvre du Guide.
L'histoire rapporte que le peintre la fit de mémoire, après avoir vu la jeune héroïne monter à l'échafaud, au moment où elle disait au bourreau ces paroles si fortes et si chrétiennes: «Tu lies mon corps pour le supplice, et tu délies mon âme pour l'immortalité. Tu leghi il corpo al supplizio, e sciogli l'anima ail' immortalità. » Ces ouvrages et d'autres encore d'un grand mérite, tels que le Déale et ïlcare, du Guerchin, le Saint André Corsini, du Guide, donnent au palais Barberini une place distinguée parmi les galeries particulières de Rome.
Repassant près de la villa Médicis, autrefois la douce prison de Galilée, et aujourd'hui l'Académie de France, nous nous rendîmes au palais Borghèse. La vertu, la charité, la foi vive, habitent ce séjour que remplissent de leurs chefs-d'œuvre les maitres de la sculpture antique et de la peinture moderne. Les longues et brillantes façades des bâtiments, la cour magnifique qui les sépare, tout annonce une demeure vraiment princière. Cette cour, de forme quadranguiaire, est entourée de portiques soutenus par quatre-vingt-seize colonnes de granit, doriques au rez-de-chaussée, et corinthiennes à l'étage supérieur : ttl est l'aspect général du Cimbalo Borghèse.
La galerie du palais, la mieux tenue de Rome, compte dix-sept cents tableaux originaux. Ne pouvant tous les nommer, nous citerons seulement, dans la première chambre, la Sainte Vierge avec l'Enfant Jésus, de
Sasso Ferrato; la Sainte-Trinité, de Léonard Bassano ; dans la seconde chambre, une Madeleine, d'Augustin Carrache ; la Sainte Vierge et V Enfant Jésus, du Titien ; la Chasse de Diane, chef-d'œuvre du Dominiquin, éternellement copié ; dans la troisième, Saint Antoine de Padoue prêchant les poissons, qui semblent attentifs et profondément touchés ; ce tableau est de Paul Véronèse; Saint Jean-Baptiste au désert, du même.
La quatrième chambre présente à l'admiration saint Jean-Baptiste, copié de Raphaël par Jules Romain ; la Descente de croix, de Raphaël; la fameuse Sibylle de Cumes, du Dominiquin, et la Visitation, de Rubens ; la cinquième, la Samaritaine, de Garofalo, et le Retour de l'Enfant prodigue, première manière du Guerchin ; la sixième, des peintures païennes et profanes, qui sont loin de spiritualiser la pensée ; la septième, des glaces ornées de peintures de Ciro Feri ; la huitième, quatre tableaux en mosaïque, dont l'un représente le pape Paul V, de la famille Borghèse; la neuvième, le délicieux Retour de l'Enfant prodigue, du Titien ; la Descente de croix, de Pérugin; un César Borgia, merveilleuse peinture de Raphaël; la dixième, une Sainte Vierge, de Pérugin ; une Madeleine, d'André del Sarto ; la onzième, la Sainte Famille, de Jules Romain, etc.
Toutefois, dans cette galgrie comme dans les autres, le chrétien fait ses réserves ; et en lui faisant baisser les yeux, le nu des figures l'oblige à regretter vivement l'invasion du sensualisme dans Fart, depuis l'époque de la Renaissance.