ÉGLISE DU GESU
Du Monte Cavallo, notre course artistique se dirigea vers le palais Madama. Comme nous ne tenions nullement à suivre la ligne droite, nous trouvâmes bon de faire une courbe à gauche et de visiter en passant les églises de Saint-Ignace et du Gesii. C'est en 1626 que le cardinal Ludovisi, neveu de Grégoire XV, commença cette grande et belle église dont le Dominiquin avait Mt deux dessins différents ; de la réunion de l'un et de l'autre, le père Grassi, jésuite, forma celui qui a été suivi.
L'église est une croix latine ; le portail, en travertin, composé d'un double rang de colonnes corinthiennes et composites, fait honneur au ciseau de l'Algardi. Les peintures de la voûte, du chœur et du premier autel à droite, sont du Père Pozzi, jésuite. En général, on trouve quet que chose de lourd et de mauvais goût dans l'ornementation. Quant aux autels du transept, ils sont remarquables par leurs marbres précieux et par leurs colonnes torses plaquées en vert antique.
Dans la chapelle à droite, appartenant à la famille Lancelotti, est un bas-relief de Legros, représentant saint Louis de Gonzague, et dont l'exécution ne laisse rien à désirer. Sous l'autel brille une châsse revêtue de lapis-lazuli, dans laquelle repose le corps virginal du jeune saint. Ce fut un vrai bonheur pour nous de nous prosterner devant ce glorieux tombeau, d'oii semble s'exhaler je ne sais quel parfum d'innocence et de sainteté qui réjouit délicieusement le cœur du voyageur. Angélique jeune homme, fleur immortelle de la compagnie de Jésus, gloire de l'Église catholique, seule capable de produire de pareils miracles; modèle de la jeunesse chrétienne, aimable Louis de Gonzagne, obtenez, pour la jeunesse de ma patrie, l'esprit sacré qui vous anima !
Près de la porte latérale, on s'arrête devant le tombeau de Grégoire XV, ouvrage aussi de Legros : il est touchant de voir reposer dans l'église de Saint-Ignace le pontife qui le canonisa. Le Collège romain touche à l'église ; mais nous ne voulûmes pas y entrer dans la crainte de le voir en touristes : il sera l'objet d'une visite particulière. Disons seulement en passant que ce bâtiment immense fut élevé en 1582 par Grégoire XIII, sur les dessins de Barthélemi Âmmonato.
Entre Saint-Ignace et le Gesù, il y a si peu de distance et tant de rapports, que l'on ne peut visiter l'un sans entrer dans l'autre. Une des plus riches églises de Rome, le Gesù, a été, comme édifice, l'objet de nombreuses et trop jusles critiques. Vignole en donna lejplan. Jacques de la Porte, son élève, l'exécuta en y ajoutant la coupole et la façade, ornée de deux rangs de pilastres d'ordres corinthien et composite. Tout le contour de l'église est décoré de pilastres composites, de stucs dorés, de sculptures en marbre et de belles peintures; mais la partie la plus riche, comme la plus remarquable, est la chapelle de Saint-Ignace, construite sur les dessins du père Pozzi. Elle est à gauche dans le transept. Le regard s'arrête d'abord sur le retable formé de quatre colonnes surmontées de lapis-lazuli et rayées de bronze doré, avec bases et chapiteaux du même métal; les piédestaux des colonnes, la corniche et l'entablement sont de vert antique. Du milieu de la frise se détache un groupe de marbre blanc représentant la sainte Trinité. On admire le globe, de lapis-lazuli, que tient le Père éternel : c'est le plus gros qui existe. Le tableau de saint Ignace, qui est du père Pozzi, s'harmonise avec la statue du saint, en argent massif, et de grandeur naturelle. Le corps du saint fondateur repose sous l'autel, dans une châsse de