‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 95 sur 215 · PALAIS CORSINI · texte numérisé non relu

PALAIS CORSINI

la richesse des galeries, lui assignent une place distinguée parmi les demeures princières de la Ville éternelle. La cour et le vestibule sont ornés de bas-reliefs, de bustes et de statues antiques. Sur les repos du grand escalier, on voit deux sièges de marbre trouvés au Mont- Cœlius, près de l'église des Saints-Jean-et-Paul; une chasse en relief de l'empereur Commode, les statues de Pallas, de Jupiter et de l'Abondance. Sur le perron qui communique au premier étage est le buste antique d'Alexandre le Grand ; en vous penchant sur le balcon, vous apercevez, incrustés dans les murs de la cour, la chasse de Méléagre et les bustes d'Antonin, d'Adrien, de Marc- Aurèle, de Sévère, de Vérus et de Commode. Au premier salon figurent deux portraits peints par David et Vandyck, et le Saint Bonaventure du Tintoret ; dans une autre pièce divisée en trois compartiments on voit une première voûte peinte à fresque, et une seconde en clairobscur par le Dominiquin : ces ouvrages du meilleur goût sont dignes du peintre de Saint Jérôme.

Traversant le Tibre par le Pont-Sixte, nous arrivâmes au palais Corsini, œuvre capitale de l'architecte Fugac. Ici se trouvent des trésors d'art et de littérature ; mais ici comme ailleurs, on déplore le sensualisme païen qui déshonore la Renaissance et qui vous fait baisser les yeux. Dans la galerie que précèdent deux antichambres ornées de bas-reliefs antiques, on s'arrête d'abord devant le sublime Ecce Homo, du Guerchin ; puis l'admiration est tour à tour sollicitée par la Présentation au temple, de Paul Véronèse, et par le Lever du soleil, de Berghem. Viennent ensuite les Portraits de Jules II, de Raphaël ; de Philippe II, du Titien ; le Lapin, d'Al bert Durer; la Vie du soldat, en douze tableaux, de Callot ; Y Annonciation, de Michel-Ange ; YHérodiade.

du Guide; deux Cardinaux, duDominiquin; une Vierge, de Murillo; une Chasse aux tigres, de Rubens.; le Crucifiement de saint Pierre, du Guide, et bien d'autres ouvrages ou rien ne manque, sinon l'inspiration vraiment chrétienne et le chaste reflet de la beauté surnaturelle.

La bibliothèque est riche surtout en manuscrits et en éditions du quinzième siècle ; la collection des estampes tient le premier rang pour le nombre et le choix. Une villa délicieuse touche au palais, et s'étend sur la pente rapide du Janicule : du Casino, placé au sommet, la vae de Rome est complète. C'est ici que Vasari se plaça pour tracer son plan de la ville, et il semble que Martial dessinait le même point de vue, lorsqu'il chantait : Hinc septem dominos vider e montes, et totam licet œstimare Romam.

En face du palais Corsini est la Farnésine. Bâtie par le fameux Augustin Chigi, banquier de Léon X, cette assine dépose, et de la somptuosité du maître, et de son goût pour les arts. Les voûtes des salons sont ornées de peintures fort peu édifiantes de Raphaël et de ses élèves.

Rentrés en ville, nous voulûmes visiter en amateurs la belle église de Saint-André délia Y aile, que nous avions déjà plusieurs fois fréquentée comme chrétiens. Elle s'élève sur les ruines de la scène du théâtre de Pompée, et attire l'attention, soit par sa majestueuse façade de travertin ornée de deux rangs de colonnes d'ordres corinthien et composite, et enrichie de statues d'un grand prix, soit par sa coupole, une des plus élevées et des plus larges qu'il y ait à Rome. Les peintures qui la décorent passent pour un des meilleurs ouvrages de Lanfranc. Les quatre évangélistes qu'on voit aux pendentifs

PALAIS FARNÀSE.

de la coupole, et les peintures de la voûte du chœur représentant divers traits de la vie de Saint-André, sont des ouvrages classiques du Dominiquin. Parmi les chapelles latérales, on remarque surtout la première à droite en entrant, toute revêtue de marbres rares et ornée de statues, de huit colonnes de vert antique, et d'un bas-; relief placé sur l'autel, sculpté par Antoine Raggi.

Ce que nous avons vu à Saint-André délia Valle, à Sainte-Marie de la Paix, se retrouve avec quelques variantes dans la plupart des autres églises de Rome. Partout les arts ont cherché un abri protecteur à l'ombre des sanctuaires du catholicisme : la reconnaissance et l'instinct même de la conservation leur en faisaient un devoir* On sait, hélas ! ce qu'ils sont devenus et ce qu'ils ont fait, lorsque, oubliant leur origine et leur mission, ils ont quitté l'asile paternel et cherché fortune ailleurs : en peignant l'histoire de l'Enfant prodigue, ils ont écrit leur propre histoire.

£6 Janvier.

Palais Farnèse. — Fontaines. — Portique. — Sculptures. —Peintures.—Triomphe des Romains.— Description du triomphe de Titus. — Itinéraire des triomphateurs. — Fin du triomphe. — Réflexions.

Rome avait célébré hier la Conversion de saint Paul, Le souvenir du sublime prisonnier de Jésus-Christ parcourant la ville de Néron, enchaîné par le bras au prétorien chargé de le garder, nous donna l'idée de reconnaître et de suivre la marche des triomphateurs conduisant au Capitole des peuples d'esclaves attachés à leur char. Voir ce qu'était le monde au moment où les prédicateurs de l'Évangile se laissaient charger de fers pour

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briser les siens, nous offrait ce jour-là un intérêt particulier. Ajoutez que nous finissions l'étude de Rome païenne ; pouvions-nous mieux la terminer qu'en décrivant un spectacle où elle se résume tout entière ? Chemin faisant, nous payâmes au palais Farnèse notre dernière dette artistique.

Avec sa place disposée pour lui, et ornée de deux abondantes fontaines dont les cuves de granit égyptien, trouvées aux Thermes de Caracalla, sont les plus larges que Ton connaisse *; avec ses rues latérales et régulières, le palais Farnèse est le plus beau palais de Rome. Tous les connaisseurs l'admirent cotame le véritable type de l'architecture romaine, différente par son goût pur et fier de la rudesse florentine et de ratehîtecture d'apparat des palais de Naples et de Gênes. Commencé par Paul III de la maison Farnèse, encore cardinal, il fut achevé par son neveu le cardinal Alexandre. Trois architectes de premier ordre travaillèrent à ce chef-d œuvre : Antoine San-Gallo en fit le plan, et éleva les façades extérieures ; le premier étage de la cour est de Vignole, et Michel-Ange vint couronner l'édifice de son majestueux entablement.

Xe travertin de la cour provient des pierres tombées du Cotisée, qui ne fut point démoli par Paul III, comme on l'a injustement prétendu, pour bâtir le palais; puisque ce pontife se montra toujours très-zélé pour la conservation des anciens monuments. Ne sait-on pas qu'un de ses premiers actes fut de créer le savant Latinus Juvenal Mannetto commissaire général des antiquités de Rome, avec des pouvoirs très-étendus? Depuis les ouvra-

1 Elles ont seize pieds de diamèlre et six pieds de profondeur.

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