‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 96 sur 215 · PALAIS FARNÈSE · texte numérisé non relu

PALAIS FARNÈSE

ges des Romains, il n'a rien été construit de plus parfait que cette cour ; elle peut même rivaliser, pour la majesté de ses proportions et l'excellence du travail, avec les premiers monuments du peuple-roi. Le palais appartient aujourd'hui à la maison royale de Naples, devenue héritière de tous les biens de la famille Farnèse.

Du portique tourné vers la place, on entre dans un vestibule orné de douze colonnes de granit égyptien. Là, se trouve le grand sarcophage de marbre de Cécilia Métella, femme de Grassus, dont nous verrons le mausolée sur la voie Appienne. L'Hercule Farnèse, le groupe de Dircé et les autres chefs-d'œuvre de statuaire antique dont ce palais était rempli, ont été transportés à Naples. Un vaste escalier de marbre conduit à la galerie peinte par Annibal Garrache, aidé d'Augustin son frère et de plusieurs de ses élèves. Les fresques dont les voûtes sont ornées passent, aux yeux des artistes mondains, pour avoir beaucoup de mérite; elle représentent dans le goût de la Renaissance les divinités et les faits de la Mythologie païenne. C'est dire assez que le peintre chrétien se gardera de les louer sans faire de larges et trop justes réserves.

Du palais Farnèse nous nous dirigeâmes vers le pont Saint-Ange et le quartier du Vatican. Au delà du môle d'Adrien, entre le Monte Mario, le Vatican et la ville, s'étendait le territoire du Triomphe, Territorium Triomphale, dont le centre est occupé de nos jours par l'église de Sainte-Marie Traspontina, et par l'Ile de maisons qui l'environne. Cette plaine, si fameuse dans l'histoire de l'orgueil de la vieille Rome et des humiliations du genre humain, était destinée aux apprêts de la pompe triomphale.

286 LES TROIS ROttE.

Lors donc qu'un général avait ramené aux portes de la ville ses légions victorieuses, le sénat s'assemblait pour délibérer s'il méritait les honneurs du triomphe. Afin d'en être jugé digne, il fallait avoir pris des villes d'assaut, gagné des batailles rangées, fait un certain nombre de prisonniers, agrandi le territoire de la république, n'avoir point essuyé de défaite dans la même campagne, avoir tiré tout le parti possible de la victoire et tué au moins cinq mille ennemis '.

Le prétendant devait annoncer ses victoires au sénat par une lettre enveloppée de lauriers ; lui-même venait plaider sa cause devant les Pères Conscrits, si, au moment de son retour, la question n'était pas encore décidée. Pour l'entendre et délibérer, les sénateurs se rendaient dans un temple hors de la ville, parce qu'aucun candidat ne pouvait entrer dans Rome, ni franchir l'enceinte du Pomœrium, sans perdre aussitôt tous ses droits au triomphe : tant la fière cité se montrait jalouse de son indépendance 2 . Si la demande était accueillie, on s'empressait de faire les dispositions du spectacle le plus tristement magnifique dont l'œil humain ait jamais été frappé.

Afin d'y assister, nous ouvrîmes l'historien Josèphe que nous avions à la main. Témoin oculaire, il raconte en ces termes le triomphe de Titus, traînant à son char la Judée captive. De rendre l'impression produite par cette lecture sur les lieux mêmes où les épouvantables châtiments annoncés par les prophètes au peuple déicide étaient venus se consommer, je ne veux pas l'entreprendre. Quiconque veut l'éprouver dans sa plénitude doit

;* Valer. Max., h, 8, 1.

• Suet., Cœs., xviii.

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