DESCRIPTION DU TRIOMPHE DE TITUS
aller à Rome et faire ce que nous fîmes. Au reste, en lisant la description du triomphe de Titus, on peut juger de tous les autres : c'étaient le même ordre, les mêmes cérémonies, la même foi, la même ivresse, d'une part ; les mêmes larmes de l'autre, la même fin, l'esclavage et la mort.
« Longtemps avant l'aurore, la ville entière était en mouvement : les rues étaient sillonnées en tous sens par des masses de peuple qui criaient : Io triumphe ? Io triumphe? Dès la pointe du jour toutes les légions,, sans armes, vêtues de tuniques de soie et couronnées de laurier, s'approchèrent en bel ordre des portes de la ville: un splendide banquet leur fut donné par Vespasien et Titus, suivant la coutume des triomphateurs. Les deux princes eux-mêmes, après avoir présidé le sénat dans le portique d'Octavie et reçu les félicitations de tout le monde, se rendirent à la porte Triomphale; là, ils prirent leur repas, offrirent un sacrifice aux dieux et revêtirent les ornements du triomphe : le cortège se mit en marche. On y voyait régner ce bon goût qui sait faire valoir les choses par leur simple disposition, et qui prévient la fatigue et F ennui par l'ordre établi au milieu de la profusion.
« En tête parut une quantité prodigieuse d'ouvrages exquis en or, en argent et en ivoire, avec des étoffes et des vêtements de pourpre, rehaussés de diverses couleurs à la manière des Babyloniens.
« Venaient ensuite les pierres précieuses en nombre incalculable ; les unes, enchâssées dans des cercles d'or, formaient de brillantes couronnes ; les autres, disposées avec art sur de riches étoffes, charmaient la vue par leur éclat et leur variété : elles semblaient passer devant les yeux, non comme une représentation théâtrale, mais
comme les flots d'un fleuve abondant. Tous ces objets étaient portés par des légionnaires vêtus de tuniques de pourpre brochées d'or.
« Au troisième rang paraissaient les statues des dieux, en or, en argent, en bronze et en ivoire : on les comptait par centaines, et toutes étaient d'un travail exquis et d'une merveilleuse grandeur.
« Après les dieux s'avançait toute une armée d'animaux de différentes espèces, dont les uns, tels que les éléphants et les dromadaires, étaient couverts de magnifiques ornements.
« A leur suite marchait tristement l'immense multitude des prisonniers, l'œil morne, la tête baissée et dérobant aux spectateurs, sous des vêtements d'emprunt, les fers qui attachaient leurs mains.
« Bientôt tous les regards se portèrent avec admiration sur les simulacres des villes conquises. Telles étaient leurs dimensions qu'on pouvait craindre de voir fléchir sous le poids les nombreux soldats qui les soutenaient sur leurs épaules. Toutes les faces, encadrées d'or ou d'ivoire et couvertes de riches étoffes, étaient ornées de peintures qui représentaient au vif les batailles, les ravages des champs, le renversement des murailles, l'incendie des édifices, et surtout l'horrible sac de Jérusalem avec toutes les phases atroces de cette guerre d'extermination.
« Suivaient les dépouilles opimes, dont le nombre et la richesse ne peuvent s'estimer. Au premier rang on voyait vingt-cinq statues d'airain représentant Abraham, Sara et les rois de la famille de David ; venaient ensuite les objets sacrés pris dans le temple de Jérusalem, portés sur de riches brancards par des légionnaires couronnés de laurier et magnifiquement vêtus. C'étaient entre