DESCRIPTION DU TRIOMPHE DE TITUS
autres la table des Pains de Proposition, en or massif et pesant plusieurs talents, les trompettes du Jubilé, les voiles du temple, et le chandelier d'or aux sept branches. Portée sur un magnifique brancard, la loi des Juifs, qui était la dernière dans Tordre des dépouilles, fermait le cortège.
« Immédiatement après marchait, enchaîné et vêtu d'une robe noire, le principal chef des Juifs pendant le siège de Jérusalem : c'était Simon, fils de Gioras. Il était destiné au supplice, après avoir, suivant l'usage, orné le triomphe des vainqueurs.
« Les statues de la Victoire, en ivoire et en or, précédaient les deux chars dorés des triomphateurs. Le premier était monté par Vespasien, le second par Titus. Pour les Romains, fidèles à donner un caractère religieux à leurs fêtes, le vainqueur au jour du triomphe représentait Jupiter : il était le Dieu de la terre. En conséquence, il portait la tunique du roi de l'Olympe, et se teignait le corps en vermillon, parce que c'était avec cette couleur qu'on enluminait la figure de Jupiter Gapitolin ; l'attelage même du char, presque toujours composé de quatre chevaux blancs, était un attelage sacré réservé au maître des dieux, et dont nul ne pouvait se servir qu'en vertu d'un décret du sénat * . »
Titus était sur son char, debout, la figure et les bras enluminés de vermillon, vêtu d'une tunique de pourpre brodée de palmes d'or ; les bras ornés de bracelets militaires, et la tête ceinte d'une couronne de laurier. D'une main, il tenait une palme également de laurier ; et, de
!Tit. Liv.,x,7. — PuN.jliv.V, xxiii. — Plutàrch., inCamill., xiv. — Nous avons complété le récit de Josèphe par divers détails empruntés aux auteurs païens.
l'autre, un sceptre en ivoire surmonté d'une aigle. En un mot, il avait un costume semblable à celui de Jupiter très-bon et très-grand, et qui, conservé dans le Capitole, servait depuis des siècles à parer tous les triomphateurs que Rome avait vus lui apporter le tribut de leur gloire : car aucun citoyen ne possédait un pareil costume en propriété*.
Son char, d'ivoire et de bronze doré, rehaussé de pierreries, était entièrement rond, ouvert par derrière, et tiré par quatre magnifiques chevaux blancs, attelés de front et portant une branche de laurier sur le côté de la tête. Des citoyens couronnés d'olivier, vêtus de toges blanches, marchaientàpiedprès deschevaux, qu'ils conduisaient avec des rênes dorées. Derrière le triomphateur, sur l'escalier du char, était l'esclave chargé de lui redire : « César, souviens-toi que tu es homme : Cœsar, homir nem te esse mémento. A côté de Titus marchait Domitien son frère, magnifiquement vêtu et monté sur un cheval d'une ravissante beauté 2.
L'armée suivait le char, et faisait retentir les airs des chants de victoire mêlés de quelques traits satiriques contre son général. Des milliers de spectateurs avides encombraient les rues, les places, les portiques, les forum, tous les lieux par où la pompe devait passer, et mêlaient leurs bruyantes acclamations à celles des soldats.
Nous suivîmes l'itinéraire du cortège, depuis le Territorium Triumphale jusqu'au Capitole, Il entra dans la ville par la porte Triomphale, située sur les bords du
1 Jul. Capitol., in Gordien., iv.
f Josèphe, de Bello Jud., lib.VU, c. xvn, xviiï, xix, xx. — GrjEvius, Thesaur. Ant. Rom.,1. IX, p. 1361,