LE SOMMEIL DE LA CLAYMORE
Dors entre ces rochers, dors, raa bonne claymore !
Jusqu'au ^nand signal du réveil !
De raffranchisement va se lever Taurore :
(1) Miss Jenny Cameron^ de Glen-Dessery, outragée par les historiens whigs, a été célébrée dans mainte ballade — « Je présente mon armée à Votre Altesse, dit-elle à Charles « Stuart, en lui amenant 250 Camérons. Quoique commandés « par une femme , mes montagnards n'ont rien d'efféminé. « Une cause aussi glorieuse a fait naître dans mon propre <f sein des pensées mâles qui y ont éteint la femme. Ma t< troupe et moi nous vous apportons nos cœurs et nos bras.» (Hist. de Charles Edouard. Amédee Pichot. t. 2. p 62.)
Then was our maiden young First aye in batlle strong Fired al her prince' s wrong^ etc.
« Ce fut alors que notre jeune vierge , toujours la première dans la mêlée... etc.» {La montagne de Locliiel : traduction du gaélique).
(2) La maison de Hanovre obtint du parlement un acte pour désarmer tous les highlanders, après les soulèvements
Le lion des Stuaits sortira du sommeil.
Un frallace nouveau peut reparaître encore.
Dors jusque là, dors , ma claymore !
Il viendra l'instant du réveil !
Dors le long du torrent, ma claymore chérie!
Dors, le tyran n'y viendra pas.
Les héros de Rylsith et de Killicranckie , De ton acier loyal armeront leurs soldats Pour frapper les bourreaux de Cliarle et de Marie.
Jusque là , dors , arme chérie !
Il viendra le jour des combats !
Dors , ma bonne claymore ! oui dors sous la bruyère.
Où t'a proscrite l'oppresseur !
Reste à jamais fidèle à la blanche bannière ! Un Montrose , un Dundee au front triomphateur, De la gloire , à nos yeux , rouvrira la carrière.
Dors jusque là , sous la bruyère!
Il viendra le libérateur (1) !
de 17-13 et de 1719. Mais les clans cachèrent leurs armes; et le Sommeil de la Claymore devint un de leurs chants nationaux. J'en donne ici la traduction : ou, si l'on veut, l'imitation.
(1) Les traits de dévouement monarchique sont si rares qu'on est heureux de les reproduire. Montrose vient d'être cité dans ces vers : on sait qu'après des prodiges de valeur, il fut pris par ses ennemis et condamné, non seulement à être pendu, mais à avoir ses membres coupés en quatre pour être attachés aux portes de quatre grandes villes. On lui lut
18S LES TROIS UOYAUMKS.
Je voyageais avec une extrême rapidité ; j'atteignis bientôt Inverness. Cette capitale des highlands, admirablement située aux bords de la rivière de Ness, est à quatre pas de la mer sur des plages délicieuses. Au sud-est de la ville est l'ancien château oii l'on suppose que Duucan fut assassiné par Macbeth. Du palais de justice , élevé sur une hauteur à l'un des bouts de la cité, on a des points de vue admirables {\ ) : d'un côté la îiier et ses vaisseaux , de l'autre le grand canal Calédonien qui, traversant l'Ecosse, réunit les deux mers et porte de nombreux navires : au loin des montagnes boisées, de fertiles coteaux, de riantes valiées, des villages et des châteaux ; il est peu de paysages plus beaux (2).
sa sentence et il répondit : « Loin d'être fâché que mes bras et mes jambes soient envoyés aux quatre villes du royaume , je voudrais avoir assez de membres pour que, dispersés dans toutes les villes de la chrétienneté, ils pussent servir de témoignage à la cause pour laquelle je souffre. »
J} allace, le héros de l'Ecosse, fut ocartele à Londres, puis, pendu, mutilé, brûlé Ce martyre porta ses fruits. Six mois après, l'Ecosse était libre.
(1) Ce palais de justice est nouvellement bâti ; il a quatre tours crénelées. Inverness est aujourd'hui une ville de lo à 16 mille âmes.
('2) J'étais descendu au principal hôtel d'Iuverness. La
Hélas ! c'est à cinq mille dlnverness , qu'est la fameuse plaine de Culloden, Un écrivain distingué du pays , M. Andersen , eut la bonté de me servir de guide , dans mes excursions de ce côté: nous primes une de ces petites voilures nommées gig qui ne craignent aucune mauvaise route , et avec lesquelles on peut franchir les rochers, les torrents et les précipices. Nous partîmes de bon matin. Le ciel, sombre et froid, était en harmonie avec les lieux que nous allions visiter. Bientôt les vastes champs de Culloden se présentèrent à moi ; leur aspect serre le cœur. Comment Charles-Edouard avait-il pu livrer le combat en pareil endroit ? Culloden , peu éloigné de la mer, est un plateau rocailleux , coupé par des ravins et des marécages , que de hautes montagnes entourent. Le duc de Cumberland , fils du roi d'Angleterre Georges II , général battu à Fontenoi, venait y combattre Charles -Edouard , avec de la cavalerie et des canons : le lieu lui était convenable. Charles-Edouard , au contraire , dont les valeureux
salle à lïianger de cet hôtel m'offrit la statue de Napoléon en face du buste de Wellington. La singulière idé« !
highlanders préféraient la guerre des montagnes à celle des plaines, n'avait ni escadrons ni artillerie : la plage lui était funeste (I).
Le maréchal Macdonald , venu , il y a peu d'années , sur le terrain où avait combattu son aïeul, ne pouvait se persuader que l'héritier des rois d'Ecosse eût accepté là la bataille ; il est vrai que ce fut par suite de circonstances déplorables ; et, néanmoins, malgré les désavantages de la position, il eût peut-être encore vaincu, sans les trahisons et les défections de la journée. Voici les récits d'Inverness.
C'était en avril 1746. L'armée anglaise avait traversé le Spey ; elle se dirigeait vers Inverness dont il lui importait extrêmement de s'emparer : car cette capitale des highlands était la clé du nord de l'Ecosse. La veille de la bataille, on célébrait à Nairn , vers le soir, la fête du duc de Cumberland : de grandes réjouissances avaient
(<) Charles-Edouard n'avait que 6,000 hommes à cette célèbre bataille. L'ennemi en avait 10,000. L'ambassadeur^de France se jeta aux pieds du prince pour le supplier d'attendre un arcroissement de troupes : mais Charles-Edouard ne calculait jamais ses forces par le nombre.
lieu à cette occasion. Charles-Edouard quitte ses positions pour surprendre l'ennemi au milieu de ses joies ; il part à la faveur des ombres ; mais le fils de Georges II avait dans ses rangs le clan écossais des Campbell commandé par le duc d'Ârgyle , le seul qui avait embrassé la cause anglaise (1). Or, quelques highlanders de ce clan s'étaient glissés , en faux frères , à l'aide de leurs costumes, dans le camp du prince Edouard ; ils instruisaient leurs chefs des projets du prétendant; et lorsque Ihéritier des Stuarts croyait surprendre son adversaire^ il courait de lui même à sa perte.
Déjà , depuis quelques temps , les approvisionnements et les vivres manquaient au camp du prince écossais. Les jalousies et les divisions s'étaient élevées parmi plusieurs chefs montagnards. Duncan Forbes de Culloden , lord président des sessions , magistrat dévoué à la maison d Hanovre , était parvenu par sa haute in-
(1) La véritable force du gouvernement anglais dans les Highlands était, le clan nombreux des Campbell, commandé par le duc d'Ârgyle. (Amédée Pichot. Histoire de Charles- Edouard, t. I. p. 536.)
fluence à empêcher les Macdonald de State et les Mac-!.eod de rejoindre leurs frères d'armes. Charles-Edouard perdait, en ce moment, de ses forces. K'imporle : il fond sur les /anglais. Ceuxci se trouvaient préparés à son altaque. Obligé de battre en retraite, le prince se dirige vers !a plaine de Cuiloden. Il eût pu se retirer dans les montagnes et traverser à gué la rivière de Nairn qui Ten séparait , mais il découvrait Inverness , il livrait cette importante ville à l'ennemi , il perdait ses dernières ressources de vivres ; et où aurait-il trouvé des subsistances pour son armée , dans les rochers déserts du pays ! »
— Amis! criait le prince à ses braves : Nous donnerons ici à Cumberland un autre Fontcnoi. »
Et soudain les combats s'engagent; il connaissait ses montagnards , il était sûr de leur vaillance. Par malheur, en ce moment, ils étaient épuisés de fatigue , et privés de nourriture. Néanmoins, à l'ordre donné , ils se précipitent sur l'ennemi avec une intrépidité sans exemple. Une femme, lady Mac-Intosh, animaitelle même son clan. Les enfants de la montagne, enfonçant leur toque bleue sur leurs yeux
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et baissant la tête sous leurs boucliers, couraient comme les vagues d'une irrésistible inondation. Leur cris d'attaque s'élevaient comme une clameur surnaturelle au-dessus du fracas de la mousqueterie. Ils avaient déjà repoussé les cohortes anglaises, lorsque l'artillerie du duc de Cumberland commença à balayer la plaine. Des charges de cavalerie fondent sur les highlanders , au milieu des nuages de poudre et de fumée qui enveloppaient l'atmosphère. Les clans reculent , étonnés. Vont-ils perdre l'espoir et fuir? Non. Charles-Edouard, décidé à payer de sa personne , et versant des larmes de rage , accourt au gros de la mêlée. » — Courage! s'éw crie-t-il, courage! nous pouvons triompher < encore ! » A cette voix puissante et chérie ; les montagnards reviennent avec fureur contre ces tonnerres qui troublent leurs esprits sans abattre leur àme ; ils se ruent avec les élans du désespoir contre les cavaliers qui les écrasent et les canons qui les foudroient. On ne les dompte pas : on les tue.
La victoire flottait encore incertaine , lorsque le clan des Macdonald refusa tout-à-coup de
marcher : il bat en retraite et s'éloigne. Son chef seul , Tépée à la main , ne voulant pas survivre à la défaite volontaire des siens , s'écriait la tête perdue : » — Les enfants de ma tribu m'abandonnent! » et il courait chercher la mort ; et la mort enfin vint à lui. De ce moment tout fut perdu ; le désespoir conseilla la fuite ; et le désastre fut complet (1).
Je traversai lentement la plaine oii l'héritier des Stuarts avait vu tomber à jamais la couronne de ses pères. Je m'assis sur une des pierres de Culloden près d'Inverness , comme je m'étais assis sur la tour de Wagram près de Vienne , et sur le tombeau de Poniatowsky près
(1)2000 montagnards périrent pendant le combat. Le carnage fut plus atroce encore après la victoire. Le duc de Cuml)erland,dontla barbarie souillale triomphe, se promena sur le champ de bataille, pour assister au massacre général (qu'il avait ordonné) de tous les mourants et blessés. Ces cannibales qui (selon un des acteurs de cette journée) ressemllaient plus à des bouchers sauvages qu'à des soldats chétiens^ non contents d'achever les blessés et de mutiler les morts , trempaient leurs mains dans les flots de sang , et s'en jetaient les éclaboussures les uns aux autres , en poussant des clameurs forcenées. Le duc de Cumberland, qui livra aux flammes les villes et les villages de la malheureuse Ecosse , fut surnommé le boucher.
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de Leipsig. Le vent soufflait tristement sur ces grèves arides. Vis-à-vis de moi s'élevait au loin le Benwayes , le mont des Tempêtes , la plus liante montagne de ces parages. 11 avait vu l'orage de Culloden : tout avait changé depuis sur cette terre , et les hommes et les choses , et les couronnes et les peuples : lui seul restait encore le même (4).
Aucune maison , aucun arbre. On n'a point relevé les granges et les étables où le duc de Cumberland, après la bataille, faisait brûler ses prisonniers au milieu d'atroces tortures (2). La mer mugissait à peu de distance ; tout était là , triste et glacé , comme en deuil de la journée funèbre. On m'indiqua le tertre où Charles- Edouard ralliait pour la dernière fois ses braves montagnards... Je m'arrêtai à cette place ;
(i) Des champs de Culloden , on aperçoit la ville de Fort- Mose , au bord de la mer , et le nouveau fort , nommé fort Georges , qui défend l'entrée d'Inverness. Au bout de la plaine est le castel de Delcross , bâti en 1620 , par lord Lovât. Là, est une salle à manger, moyen-âge , où, au fond , est l'estrade élevée qui portail la table du chef. Plus bas mangeaient les serviteurs.
(2) Hist. de Charles-Edouard, par Amédée Piciiot. tome 2, p. 254.
et j'y cueillis une bruj èi\'. Un souveuir. . . ;..:nïii bien d'autres (I).
Le duc de Bordeaux, bien jeune encore, visita la célèbre plaine ; plusieurs vieux highlandors , fils des anciens combattants, ayant appris qui il était, accoururent à lui et l'entourèrent avec enthousiasme. Ils lui montrèrent , les larmes aux yeux, un arbre autour duquel 50 à 60 Français défendirent vaillamment Charles-Edoui'.rd, à l'affreuse heure du désastre. Le duc de Bordeaux y cueillit , aussi , quelques brins d'herbe sauvage. Il cherchait les grands souvenirs : l'Ecosse a conservé le sien (2).
De l'autre côté du Nairn et près de Culloden, est une plage curieuse , une petite vallée entourée de montagnes , où, dès qu'on est entré , l'on s'écrie : « Voici la Cité de la mort! »
Là, sur une étendue d'un quart de lieue, s'é-
(l)Non loin est une énorme pierre, où se tint le duc de Cumberland durant le combat.
(2) La preuve en a été donnée à S. A. R lors de ?on récent voyage à Edimbourg, on sait avec quel enthousiasme il X a été reçu.
lève une rangée de tombeaux druidiques. De savants antiquaires se sont évertués vainement à en découvrir l'origine. Chacun de ces tumutus a autour de lui des rangées de pierres en cercle, posées debout , comme des factionnaires funèbres (I ). Le premier cercle est près du sépulcre, le second, quelques pas plus loin. CestumuluSy espèces de caves rondes et presque toutes pareilles , sont voûtés à la manière des Cyclopes , sans mortier , sans chaux et sans ciment , avec des pierres plates , horizontalement mises les unes sur les autres. Des vases cinéraires, ainsi que des ossements, y furent trouvés. Selon la tradition, perpétuée depuis les temps du culte d'Odin , ce seraient des lombeaux de rois et de princes. Mais quels étaient ces princes et ces rois ? Qui reposait dans ces sépulcres? A qui appartiennent ces os et ces cendres?. . . Toujours et partout des mystères : toujours et partout des des tombeaux !
J'avais passé à gué le Nairn. En face de moi était le DunEvan , montagne couronnée par les
(1) Ces ronds sont ihés au compas ; et les pierres , posé<!S de distance en dist;tnce , sont au nombre de 10 à 1/,
•restes vitrifiés d'un monument inconnu. Vitrifiés! comment et par qui? autre impénétrable secret. Le Diui-Daviol, rocher voisin, offre de semblables ruines (I). Je foulais encore une terre de désolation et de mort ; elle méritait d'être auprès de Culloden.
Sur une hauteur voisine des tumulus^ sont les murs écroulés d'une ancienne chapelle catholique. Elle fut bâtie, dit-on, par l'apôtre irlandais, Saint-Col umba, le saint de Tile d'Yona ; celui qui le premier porta la foi chrétienne en Ecosse. Columba , venu de son île à Inverness, ( selon les anciennes chroniques) , y convertit un roi des Pic ts.
La tradition rapporte que les enfants , morts sans baptême , sont sauvés s'ils sont enterrés dans cette chapelle. Ici, remarqu<îz les étranges contradictions de l'esprit humain : les chefs de famille du pays qui, depuis la réformation, croient peu à la nécessité du baptême, envoient pourtant là leurs enfants non baptisés ; et on les y enterre encore. Cette chapelle , nommée Clorai) Le terrain de cette étrange rive est, pour le géologue, un terrain de merveilles.
chan^ a détruit les autels du druide; les réformateurs , à leur tour , ont détruit l'autel du catholique ; qui détruira , n'importe quand , les prêches du réformateur !
Nous retournâmes tard à Inverness. J'entendis sonner le couvre-feu à huit heures. La cloche qui servait à cet usage fut miraculeusement sauvée des destructions de la cathédrale au temps de Cromwell. On sait que le pieux protecteur ne manqua jamais une occasion de renverser, au nom de Dieu, les églises des trois royaumes.
Inverness est une ville de haute antiquité. Les Romains, peu après l'érection de la grande muraille de Clascow, dont j'ai parlé au chapitre I" de ce volume, étendirent leurs conquêtes Jusqu'à Forés^ dansle comté d'Elgin, et jusqu'à Burq/icad près d' Inverness. A côté du nouveau fort Georges, on voit encore, le long de la route, des restes de camps et de fortifications qui datent de cette vieille époque {\).
Je passai la soirée chez M. Andersou. Il y fut chanté des chansons jacobites ; et je retins long-
(1) Les Romains séjournèrent environ 400 ans dans la Grande-Bretagne.
temps ce refrain naïf , ce refrain en langue gallique, resté national en Ecosse.
Follou thee! follou thee!
King o'true Hîghland earth, boiiny prince Charlie! etc.
<■ Nous suivrons toi ! nous suivrons toi ! « 15on prince Charles ! notre roi !
<• Pom- toi mourir ! ou pour toi vivre î (• Charles ! qui ne voudrait te suivre !... Etc., etc.
On me fît entendre l'air chanté sur le bagpipe des montagnards pendant la bataille de Culloden ; une foule d'anecdotes me furent racontées ; et l'on concevra facilement qu'elles avaient toutes rapport à Charles-Edouard. Une •dame du pays, s'étant procurée un plaid qu'ayait porté le prince, demanda à être enterrée sous ses plis ; on le lui promit, et elle mourut heureuse de cette assurance. Un Écossais nommé Mackensie, fils d'un orfèvre d'Edimbourg, ressemblait à l'héritier desStuarts. Il conçoit la généreuse résolution de se faire passer pour lui afin de tromper l'ennemi. 11 exécute son projet.
Les vainqueurs, en le poursuivant, perdent les traces du vrai prince. Tombé ensuite au railieu d'une troupe anglaise et percé de plusieurs coups mortels, il s'écrie : « Malheureux ! vous avez tué le fils de votre roi! » et les soldats, persuadés qu'ils avaient gagné les sept cent cinquante mille francs promis aux meurtriers de Charles-Edouard, lui coupent la tête pour la porter à Cumberland. Le duc, ivre d'une joie féroce, mit ce trophée sanglant dans sa voiture, et partit triomphant pour Londres.
On sait que, réfugié dans une caverne de voleurs, non seulement Charles -Edouard ne fut pas livré à l'ennemi par les brigands que l'appât de trente mille guinées aurait dû séduire, mais que, pendant près de trois semaines, il les eut pour gardes du corps. Un d'eux, Chisholn^ homme de six pieds, mendiait son pain dans sa vieillesse. On avait remarqué qu'il ne recevait jamais d'argent que de la main gauche. On lui en demanda la raison, w — Ce serait avilir cette main, répondit-il. Lorsque Charles Edouard me quitta, cette main a serré la sienne. »
Aussi, qu'ils étaient amers les regrets du
prince exilé en pensant à sa loyale Ecosse I Un jour, au milieu d'un grand concert donné chez lui en Italie, un proscrit se mit à chanter l'air pathétique du frère de Lochiel en prison : Lochaber no more (nous ne verrons plus le Lochaber). L'héritier desStuarts tressaillit, baissa sa tête entre ses mains, et, versant un torrent de larmes, ne voulut plus de chants italiens. Une autrefois, M. Greathead, ami de Fox, causait avec lui de l'Ecosse. Le prince, retrouvant toute la chaleur de sa jeunesse, lui racontait Preston et Falkirk. Ses yeux étincelaient, sa voix était tonnante ; mais, arrivé à sa défaite, aux périls de sa fuite et au dévouement de ses montagnards, il succomba à ses émotions, et tomba évanoui sur le plancher. « — Ah ! monsieur'Greathead ! s'écria la duchesse d'Albany accourant à son père : vous lui aurez parlé de l'Ëcossie! »
Un des chants qui, à la soirée d'Inverness, m'attendrit au plus haut degré, ce fut : The lament of Flora Macdonald (La complainte de Flora Macdonald). Cette jeune et célèbre Ecossaise avait été remarquée par Charles Edouard
vainqueur, au palais d'Holy-Rood: à Tépoque où Charles-Edouard vaincu, fuyait de caverne en caverne, dans les rochers de l'ile de Skye, vêtu de haillons et mourant de faim, Flora, comme un ange du ciel, vint à travers les torrents et les précipices, lui porter des habits et des vivres. On sait avec quelle adresse elle le fit pass^ ensuite, déguisé en femme, au milieu de ses ennemis. Ce fut elle qui le sauva : voici la ballade écossaise.