SAINTS ET SAINTES
Saint'Aignan [François de Beauvillier, duc de], pair de France, etc., fut jaloux de concourir au Puy de Caen en 1667, et il y remporta le prix de Tode française. La mythologie lui fournit son sujet : le Minotaure enfermé dans le labyrinthe fait mourir tous ceux qui se hasardèrent d'y entrer; mais Thésée, avec le secours de la princesse Ariane, combat le monstre et en demeure vainqueur.
Sçavantes nymphes du Parnasse,
Vos présents me sont superflus :
Pour vous mon cœur est tout de glace
Et je ne vous invoque plus.
Dans la noble ardeur qui m'emporte,
C'est d'une Vierge bien plus forte
Qpe j'attends le divin secours;
Sa faveur me rend intrépide
(i) Ced semble se rapporter à la description de T Arabie (XV, 4). Le géographe parle ailleurs (XI, z, 2) de pieds de vigne si énormes qu'il fallait deux hommes pour les embrasser.
Et sa saincte main qui me guide Ouvre la carrière où je cours.
En Crèt^, un dédale effroyable Par mille détours dangereux.
Au Minotaure impitoyable Avait soumis cent malheureux; Q)iand un guerrier plein de courage, Sans craindre Thorrible carnage Dont le bruit se répand partout, Connoist le danger, le méprise, Et croit que de cette entreprise Sa valeur peut venir à bout.
Le brave et renonmié Thésée, Déjà plus d'une fois vainqueur, Estime sa conquête aisée Qpand il en consulte son cœur.
Tel que Mars parut dans la Thrace, Il parait avec cette audace Q}ii fait triompher un amant ; Et d'Ariane, aimable et belle, Le cœur sent la vive étincelle D'où naist un doux embrasement.
Joignant sous un armet qui brille
La douceur avec b fierté,
U fait voir à l'illustre fille
Et la grâce et la majesté.
La jeune princesse ravie,
Afin de conserver sa vie.
Lui met un fil entre les mains ;
Avec cette aide il peut sans crainte
Marquer de l'afireux bbyrinthe
Les plus difficiles chemins.
Il marche donc à la même heure.
Et par des sentiers merveilleux
Vient à la funeste deineure Qu'habite le monstre orgueilleux. Le Minotaure à cette proye Donne pour marque de sa joye Cent cris poussés confusément, Et Ton ne sçaurait qu*avec peine Discerner de la voix humaine Un barbare mugissement.
A Taspect de la lourde masse Que porte le monstre invaincu, Le prudent guerrier se ramasse Demy-courbé sur son escu.
Il oppose à cette tempeste Le bras pour garantir la teste Et reçoit un coup sans pareil, L'escu, brisé comme du verre, En cent pièces jeté par terre, Esclatte aux rayons du soleil.
Mais Tadresse à b force jointe
Fait que le héros à son tour
Porte au monstre un grand coup de pointe,
Dès qu'il y voit le moindre jour.
Avec tant d'ardeur il s'allonge
Qpe toute sa lame se plonge
Au cœur de cet audacieux -,
Et par une atteinte si forte,
Avant que l'espée en ressorte
Le cruel a fermé les yeux.
A peine Thésée a sur l'herbe Un si fameux sang répanda.
Qu'il retourne d'un pas superbe Vers le fil qu'il avait tendu.
Il reprend sans plus estre en doute, Les divers chemins d'une route
Où tout le monde se perdoit ; Il revient, comblé d'allégresse, Rendre à son aimable princesse Toutes les grâces qu'il lui doit.
Un noble orgueil que la victoire Marque sur le front des guerriers, Le fait voir tout brillant de gloire Et couvert d'illustres lauriers.
G)mme il détruit la tyrannie, Partout une joye infinie Prend la place de la douleur ; Et libre de la servitude La Grèce ne met son étude Q.u'à bien parler de sa valeur.
Le Recueil oQ se trouve cet espèce de phénomène poétique est un des plus curieux imprimés à Caen, à cause de toutes les pièces latines et françaises que Ton prodigue à la louange de ce lauréat. Il contient quarante-deux pages et est le seul de Caen qui soit conservé à la Bibliothèque du roi; et il y a lieu de s'étonner que le duc qui était gouverneur du Havre et de la côte de Normandie en cette partie, n'ait pas donné la préférence au Palinod de Rouen etqu^il n'en ait pas été prince comme le duc de Longueville et M. de Montbazon. II est également surprenant de ne pas trouver, parmi les pièces con-
gratulatives qu'il reçut à l'occasion de sa vîaoire, une seule traduaion en vers latins de l'ode couronnée.
A l'occasion de la mort d'Antoi nette Servien, sa femme, M"**^ de Sévigné disait plaisamment en janvier 1680 : « Son mari est revenu du Havre en poste sur les ailes de « son vieil amour; il arriva comme elle expirait, il lui c baisa la main, fit des cris, poussa des sanglots; il va
« nous donner d'une Sierra Morena dans sa retraite et « dans son deuil (i)« »
Saint'Avertain (le P. Mathieu de), prieur des Carmes de Rouen en lôyS, et dès cette année juge-né au Palinod de cette ville^ ouvert dans la maison dont il avait alors le gouvernement.
Saint-Biaise (ie P, J. de] arriva en 1700 à Rouen pour être à la tête de la maison des Carmes, où se trouvait le Palinod de cette ville. 11 futadmis parmi les jugesnés de cette association à la même époque.
Saint'Blancart ou Samblancay [de], archidiacre de Toulouse. Après avoir établi sans doute sa réputation aux jeux floraux de cette ville, il ambitionna les palmes du Palinod de Rouen. Il remporta en effet le prix du chant royal en 1639, sous Jacques Deshomets. Son refrain était :
Le laurier verd que la foudre révère.
Ce qu^il envoya devers latins en 1640 fut purement honoraire : ils consistaient en une allégorie sur Germa" nicus et une ode sur les Eaux de contradiction, Uannée suivante, ses vers alcaiques sur la seule tour qui subsista à Jérusalem après le sac qu^en fit Tite, ayant été ex œquo avec Nicolas le Roux, Louis-François de Bassom pierre, prince de Tannée, lui envoya un prix particulier avec une inscription très flatteuse. V. Bassompierre. En 1642
(i) L'édition des Grands écrivains (VI, 209-210) donne : « Sur les vieilles ailes de son vieux amour. . .; dans sa retraite et son deuil. » Elle remarque que les mots « Sierra Morena «• sont une allusion à la pénitence de don Qjuichotte en Thonneur de Dulcinée.
et 1643, il disputa les prix d^allégorie latine, et ce ne fut pas sans succ^. Les Argonautes étaient l'argument delà première, et Tautre était sur le Pas (Teau que Caton trouva dans le désert. Ce poète avait une grande facilité à versifier, et ses compositions annonçaient beaucoup d^imagination.
Saint-Charles [le P. Gabriel de)y prieur des Carmes de Rouen en 1697, fit Tannée suivante la harangue d'ouverture au Palînod, et en 1702 il écrivait à Pierre Clément, évéque de Périgueux, la lettre imprimée à la tête des pièces couronnées sous la principauté de ce prélat.
Saint'Cyr [de] ne se présenta qu'une fois au Palinod de Rouen en 1 681, et ceue année fut marquée par trois victoires pour lui. Il remporta à la fois le premier prix du chant royal et des stances, avec celui du sonnexî Sapor et César étaient les personnages auxquels il s'était attaché dans ses différentes poésies.
Saint'Di^ier [le P, Valentin de), prieur des Carmes de Rouen en 1688, et à cette époque admis aux examens et jugements des pièces de poésies présentées au Palinod de cette ville.
Saint-François (le P. Théodore de), carme de Caen, envoya au Palinod de Rouen, en 1692, un sonnet qui fut honoraire. Le sujet en était dans la gazette de Tannée, et était un soldat français échappé des mains des ennemis dans la Nouvelle-France.
Un traître usurpateur, ennemi de la France, Confondu par un roi toujours victorieux, Repassant ses malheurs d'un front audacieux, Devant le fort Louis veut en tirer vengeance.
On fait voile, on le croit déjà sans résistance, On Tattaque d*un air qui menace les deux : Mais le destin fatal qui le suit en tous lieux Vient encore aujourd'hui tromper son espérance.
Sitôt qu*on eut chassé ces soldats inhumains, Un généreux Français échappé de leurs mains Sut, malgré leurs efforts, se sauver à la nage.
Ce fut pour nous tracer, dans son fortuné sort, Le portrait de Marie, exempte du naufrage, Qpand son heureux Concept triomphe de la mort.
Saint-Germain [Charles de], un des plus anciens poètes couronnés au Palinod de Rouen, le fut par Nicolas de la Chesnaye en 1 5 19, pour un rondeau dont voici la fin :
Poulvres pécheurs, voulans saùlver vostre âme. Venez à moy pour vous servir de lame, Pour vous donner port de grâce éternelle :
Car vous sçavez au certain que suys celle Qpe mon chier Filz en ce monde plus ame Sans Si, sans qua.
Saint-Germain (de), avocat, fondateur du Puy de Caen, en Tan 1527.
SainULouët (ie), de Caen, envoya en 1696 des stances sur Alexandre au Palinod de Rouen, et il en remporta le second prix .
Saint-Martin [de), maître écrivain et mathématicien, plusieurs fois couronné au Palinod de Rouen, y remporta
le second prix de chant royal, en i652, sous Henry d'Orléans. Son refrain et son argument étaient
Le seul poisson qui calme la tempête.
En 1664 il eut le même prix pour une poésie du même mètre sur le Papillon, ainsi qu'en 1670 sur
La Vierge seule exempte du naufrage.
11 passa ensuite à l'ode française et, dès 1664, il eut le Miroir d'argent pour les vers lyriques quMl avait composés sur la Pluye :
L'exhalaison de la terre Et les vapeurs de la mer Sans mettre fin à leur guerre, S'élèvent du sein de l'air.
Là ces légères fumées En nuages transformées, Semblent des rochers mouvants, Et par le vent animées Paraissem des corps vivants.
Toutes ces masses errantes Dont l'air même est infeaé Joignent en mouillant les plantes Des parfums à leur beauté.
Qpe la pluye est agréable - Qijand elle court sur le sable ; On dirait que son canal Est rempli d'argent potable Ou de liquide crystal.
Sur les riantes prairies Q^e le ciel mouille de pleurs, Et sur les plaines fleuries Elle est de mille couleurs.
O rares métamorphoses I
C'est une pourpre sur les roses (sic).
C'est du lait dessus les lis,
Qpi nourrit ces fleurs écloses
Dont les champs sont embellis.
Les Alpes, ces monts superbes,
A peine en sont humectés,
Qpe les arbres et les herbes
En prennent les qualités.
Qpe de merveilles opère
Cette liqueur salutaire 1
Aux fruits c'est la manne des cieux (sic),
Et le sucre de Madère
Est bien moins délicieux.
Elle engraisse les racines De ce qu'elle £ait germer, De ces gouttes argentines Des arbres vont se former.
Elle en produit le branchage, Les fleurs, les fruits, le feuillage, Orne les jardins charmants ; Et pour faire un riche ouvrage S'endurcit en diamants.
Ses vertus charment notre âme, Chaque goutte est un trésor ; Aux rubis elle s'enflamme.
Dans l'ambre elle est toute d'or.
Vierge en ces vers que je trace, La nue est l'humaine race Qp'infecte l'iniquité ; Vous, une eau pleine de grâce Et pure en l'impureté.
Il paraît que Fauteur demeurait à Paris; car Coustelier imprimait de lui, en 1 690, des vers in-S*' qui commençaient par :
L'univers tiré du néant, etc.
Saint'Martin (Michel de), écuyer, prêtre (i), seigneur de la Mare du Désert, docteur en théologie en l'Université de Rome, agrégé en la Faculté des docteurs de théologie en rUniversité de Caen, fondateur en 1670 de deux prix d^ode latine alcaïque au Puy de cette ville. Le premier était une plaque d^argent aux armes du fondateur, le second un anneau d'or.
Saint-Martin (J.-B.-Georges de], ecclésiastique de
Saint-Étienne de Caen, a remporté le Miroir d'argent au
Paiinod de Rouen, en 1 746, sous Paul de Luynes. L'ode
française, pour laquelle il lui fut adjugé, était sur le Mare-
chai de Saxe. Nommé ensuite à un canonicat de Notre-
Dame d'Andelys, et professeur au collée Dubois à Caen,
il fut couronné au Puy de cette ville en 1760, pour des
stances sur Fabius^ et en 1765 il fit l'ouverture de la
séance publique par une invitation aux poètes suivant
l'usage et par une épigramme ou allégorie latine sur
Caton. Il avait reparu à Rouen en 1 762, où il eut un
prix d'ode française comme en 1 746 ; celle-ci était sur la
Charité.
(i) C'est l'abbé fameux par ses extravagances qu'il a lui-même
avouées. Au demeurant, ses œuvres et ses fondations valent mieux
que sa mémoire, et elles lui méritèrent, dans la pleine force de
l'âge, un concert d'éloges : Elogia Michaelis à Sancto^Martino.
Caen, i653; in-4«. — Son Bon et libéral officier fut réimprimé en
i658 (du moins des exemplaires portent cette date); et son livre
Du respect dû aux Eglises eut une seconde édition en 1674.
Saint-Ouen (Louis-François Talbot de], du pays de Caux, ex -jésuite dont on a des vers français et latins. En 1725, le Vaisseau de Saint-Xavier était le sujet des stances qu*il présenta alors au Palinod de Rouen,etqui y furent couronnées. Le mariage de Louis XV était alors révènement dominant; il composa sur cette matière un poème en vers hexamètres et pentamètres qui fut imprimé à part. Il est mon curé de Saint-Riquier, diocèse de Rouen (1).
Saint-Ouen (de), conseiller au parlement de Normandie, né à Rouen, se fit connaître au Palinod decette ville par plusieurs allégories latines dont il rempona les prix : en 1743 sur le Laurier, en 1744 sur le prince de Conti, en 1 745 sur le Mariage du Dauphin, père de Louis XV I .
Saint-Patrice (de)^ concourut au Palinod de Rouen, en i635, sous Henry d'Orléans. Il reçut de sa main le Miroir d'argent pour une ode française sur la Fontaine d^Ormus,
Saint'Remy (J. de), poète latin vers le milieu du xvu* siècle au Palinod de Rouen, qui était alors dans un état Horissant. C'est en 1641 qu'il mit au concours une allégorie latine sur Gorgias, roi d'Epire, et il- fut couronné sous L.-F. de Bassompierre.
Saint'Victor (Louis-Robert de), président en la cour des Aydes, comptes et finances de Normandie, conseiller au parlement de Rouen, secrétaire perpétuel de PAcadémie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de cette
(i) Il y avait alors dans le diocèse de Rouen au moins trois paroisses de ce nom.
ville pour la partie des sciences et arts utiles, juge au Palinod de Rouen en 1 769. On a de lui une traduction en vers français du poème de Claudien sur P Enlèvement de Proserpine (i).
Sainte^Geneviève (le P. de) y jésuite, reçut en 1^27 au Palinod de Rouen le Laurier, premier prix de Tallégorie latine sous Barthélémy Halle (2). Il avait pris pour sujet une image de la Vierge conservée dans des ruines en Portugal.
Taffln [Antoine- Jean'Jacques] y néàSoissonsen 1714» professeur au prieuré de Saint-Lô de Rouen en 1768, et à ce titre admis aux examens et jugement du Palinod de cette ville comme académicien.
Taillet [Pierre], nom d'une famille très connue et considérée dans le commerce à Rouen, dont était Pierre Taillet, docteur en théologie en la Faculté de Paris dans les derniers temps, et Tun des directeurs de TÉcole militaire avant sa suppression. Son quadrisaieul avait le talent de la poésie, et dans le commencement du Palinod de Rouen il y remporta le premier prix du chant royal en
(i) Cette traduction n*est point citée parmi les publications de Saint-Victor (1738- 1822), bien qu'elle soit Tune de ses œuvres de plus longue haleine.
(a) Le P. Nicolas de Sainte-Geneviè>re, né à Coutances ou dans ce diocèse en iSgy, partit en 1634 pour la mission du Levant, et mourut à Constantinople en 1680. II a laissé eu manuscrit, à l'usage des missionnaires, un lexique du grec vulgaire .
149^2, sous Jean de la Pommeraye. Le lauréat disait dans son envoy à son Mécène :
Prince du Puy, hault stylle j'ay quitté,
Monstrant Teffect de ma capacité :
Car soubs grands faix ûeble beste décline.
Mais si j*ay riens compte à rebdurs
Très humblement vers la Vierge m*encline
Sans deshonneur le paradis d*amours.
Talberi (François-Xavier), chanoine de Besançon (i), membre de TAcadémie de cette ville, prédicateur du roî, couronné aux académies d'Amiens et de Bordeaux, le fut aussi en 1775 au Palinod de Rouen pour TEloge historique du cardinal d'Amboise, proposé par cette académie. Ce morceau d^éloquence est imprimé dans les Recueils et en outre à Paris in-80, le Jay.
« Ce ne sont point des vues sublimes, des coups d^Etat « éclatants que son histoire nous présente. UEloge que « j^entreprends sera celui de la justice, de Thumanité, de « ]a sagesse ; mais je n^oublierai pas que le premier inté- « rêt est celui de la vérité. Je peindrai le cœur de d'Am- « boise sans déguiser ses faiblesses, et peut-être en plaira- « t-il davantage. Le diraî-je? Des vertus trop hautes, où « Ton désespère d'atteindre, sont plus admirables que « touchantes. Les défauts de ces grands hommes consolent « secrètement Thumanité, qu^une perfection trop soute-
(i)Talbert, prieur commendataire du Mont-aux-MaladeSi a dans V Histoire du Prieuré (pp. 3ao-3a5) une intéressante notice. Trois de ses discours ont été réimprimés au tome LXVl des Orateurs sacrés de Tabbé Migiie ; et Tun d*eux est précisément YEloge du cardinal d*Amboise.
« tenue humilie et déconcerte. Ils remettent le modèle à cr notre portée, et nous font aimer un être rapproché de « nous dont nous pouvons dire quelquefois : il était « homme. A nos yeux, ces taches légères du mérite sont « ces nuages qui passent sur Tastre du jour pour en tem- « pérer la lumière. Un mélange de qualités qui s^allient si « rarement, donna à d^Amboise un caractère particulier « dont la singularité intéresse autant qu^elle étonne. On « trouve en lui un courtisan qui fut un sage, un ambi- « tieux qui eut de la modération et de Pintégrité, qui tra-
< vaillait à sa fortune et plus encore à celle de PEtat; un « favori qui aima son maître plus que lui-même et la « France plus que son maître; un négociateur qui, trai- « tant presque toujours avec des fourbes, fonda sa poli- « tique sur la bonne foi ; un ministre qui fit la guerre en « diminuant les subsides ; et qui, chargé du poids d^un « royaume, remplit ses devoirs de pontife et de pasteur. Il ff fut cet homme rare, dont toutes les actions eurent pour « principe l'amour du bien éclairé par une raison saine.
< Cette droiture d^intention et de jugement est remar- « quable, et dans le bien qu'il a fait et dans les opérations
< même qu'on lui reproche, i
V. pour les autres ouvrages de l'abbé Talbert, la France litt,,x. III.
Tanquerel [Jean-Baptiste ou Jacques), poète français (i) et lauréat du Palinod de Rouen durant plus de
(i) Jean-Jacques Tanquerel (i56i-i633), professeur à Rouen, a donné Tannée même de sa mort une édition de Despautère, Rouen, in-40. En i632 avait paru un Arrêt du Parlement de Rouen contre la Table chronologique de TanquereU Rouen, in-8<>. Sur cet arrêt qui visait, croit-on, les Jésuites, voir les Extraits du Mercure français f et la note de M. Héron, p. a3o-23i.
douze ans, à commencer en 16 14 sous Alphonse de Bretteville, paraît s^étré renfermé dans un sonnet et les stances. Trois fois il remporta PAnneau dbr pour prix du premier^ et cinq fois celui des secondes. Ses sujets étaient souvent tirés de la mythologie : sur Pollux, sur les trois Déesses, sur la Vénus de Lacédémone; quelquefois de l'histoire naturelle^ comme l'Hermine et rOs qui ne pourrit jamais dans le corps humain. Sur ce dernier il disait à Dieu :
C'est un rare trait de ta main très habile A faire de tout rien, souveraine bonté, De faire un home sainct d'une innocente argile, Et d*impur embryon faire une pureté.
Mais son argument favori était Castor et Pollux, dont il fit un sonnet et des stances en 1620 sous Daniel de la Place, qui les couronna Tun et l'autre. Ce vers d'Horace [Serm, II, i^ 26] en est le texte :
Castor gaudet equis ovo prognatus eodem.
Comme un divin Pollux, inmiortelle Princesse, Tu sors de Toeuf fatal dont sortent les mortels : Tous deux pareils, n'estoit que cet astre sans cesse Vit et meurt ; et tes jours demeurent immortels.
Quoi donc? Aurore? Non. Car ses lis et ses roses Se fanent aux chaleurs d'un profane Tithon ; Et tes fleurs dans les feux de nos fautes édoses Ny profanèrent onc Thonneur de leur bouton.
Plus belle que la lune, à qui le front d*yvoire Sale estant demeuré pour ses sales amours, Deux fois six fois Tannée en devient toute noire ; Mais ton front est sans tache et ton jour sans decours.
Tu es donc un soleil, seul œil de ce bas monde Qpi nous ouvre le jour, mais divers en ce point : Qpe le soleil levant s*en va coucher dans Tonde, Et ton bel œil se lève et ne se couche point.
Arrière donc, Ol3rmpe, ou bien adore celle
Qjii faict d'un corps terrestre un céleste séjour,
Dont l'œil si vivement ici-bas étincelle
Qp'il donne à ceux la nuict qui lui donnaient le jour.
Laisse dont tes Pollux, tes aurores au More, Tes lunes au soleil, et t'en viens recherchant Le Pollux sans mourir, la toute pure aurore La lune sans decours, le soleil sans couchant.
Tanquerel ou Tanquered (Nicolas-François), du Havre, poète latin dont les succès commencèrent et finirent à la fin du xvii^ siècle. II composa des vers latins en 1699 sur le Temple de Salomon, et cette allégorie eut un prix. Il avait eu pour rival de gloire le fameux Guyot Desfontaines au Palinod de Rouen.
Travallian [Henri de], dLMXtnr lauréat d^une allégorie latine pour laquelle il reçut l'Étoile au Palinod de Rouen en 1640, sous Jacques le Conte. Cette pièce était sur un marin échappé d'un naufrage.
Tardivel (Michel le], chanoine en Téglise de Rouen, curé de Saint-Laurent en cette ville, fut un des premiers confrères et juges du Palinod de Rouen lors de son institution : il était le soixante-quatrième éligible aux fonctions de Prince dans cette société.
Tasserie (Guillaume-Laurent), juge et Prince du Palinod de Rouen à la fin du xv« siècle, lorsque cet ins-
titut tenait encore ses séances en la paroisse de Saint- Jean de cette ville. Il commença à se mettre sur les rangs comme auteur en 1490; et [il est] peu d'années, jusqu'en 1499 exclusivement, où il n'ait remporté quelque avantage sur ou parmi ses rivaux dans la carrière poétique. On ne couronnait alors que des chants royaux, et c'est le seul genre de poésie vers lequel il se tourna. Les siens sont remarquables non seulement par la diction telle qu'elle pouvait être alors, mais encore par une certaine érudition. En 1490 il disait dans sa troisième strophe en parlant de la Vierge :
Figurée est en grand prééminence Par le blanc lis naissant entre espine»
Par l'esglantier qui donne redollence»
Par le laurier qui victoire désine, Et par le jour qui la terre enlumine.
C'est de la mer l'esteUe dere et belle, C'est de Noê la pure coulombelle, L'arche de Dieu de boys mystérieux, L'arche de paix, temple très gracieulx, Très pur, très nect, vaisseau d'eslection, Q.u*on doibt nommer, maulgré tous envyeux.
Belle sans si, en sa Conception.
Dans sa dernière strophe en 1498, il rassemble ainsi les Princes les plus connus dans l'antiquité sacrée :
Vient David, vient (i) les bons roys Au temps passé en science érudis; Vient Salomon crier à haulte voix, Pour confuter l'erreur des dessus dis.
Vient Josué monstrer qu'il t'appartienne De t'en venger, s'il ne vont la partimru,
(i) Le ms. de Caen ajoute ici : Amane.
Soustient qu*elle est de grâce confermée Vient Gédéon en bataille fermée.
Jamais ne fust telle saudre receue Qpe vous avez de la dessus nommée. Vierge et mère sans macule conceue (i).
Après avoir moissonné ainsi les palmes du Palinod, il fut élu Prince pour Tannée 1489. Ses émules et amis Pierre Avril et Richard Bonne-Année vinrent recevoir de ses mains des prix extraordinaires et dont la forme dut rappeler longtemps après celui qui les avait données. Cétaient deux Tasses d'argent, par allusion au nom de Tasserie. Sa gestion de Prince une fois terminée, il rentra comme ses prédécesseurs dans Tordre des confrères à son rang de réception qui était le onzième sur la matricule, et il siégea aussi parmi eux, comme juge d'autant plus judicieux qu'il connaissait mieux les règles et les avait si bien suivies pour sa gloire personnelle. Sa muse ne parut se réveiller ^u^en 1 5 20, date de la bulle de Léon X pour Tautorisation et confirmation du Puy des Palinods. Les poésies de Crétin firent encore les honneurs de la séance sous Guillaume d'Antini; et GuiU. Tasserie, pour la clore d'une manière plus solennelle, y fit représenter une pièce dramatique intitulée Triumphe des Normans, « moralité à quatre personnaiges : c^est à sçavoir la dame tt de l'Aigneau et son champion Noble-cueur, la dame « au serpent et son champion Cueur villain, etc. •
On peut voir l'analyse de ce drame palinodique dans le Journal de Monsieur, t. II, première partie, art. Théâtre, et le mot Daré dans ce présent ouvrage (2) ;
(i) Vidoue nous a conservé en outre (ff. 62-64) deux pièces de Tasserie : un chant royal et une a Oraison en forme de ballade à la glorieuse Vierge mère de Dieu Marie. »
(2) Après avoir constaté qu'on est encore à signaler un seul exem-
puis, pour ce qui concerne d^ailieurs Guillaume Tasserie les Bibliothèques françaises de Du Verdier, l'abbé Goujet, etc.
Tasserie [François], frère du précédent, maïs son cadet à la manière qu'on l'a dit depuis de Thomas Corneille, soutint rhonneur du nom au même Palinod de Rouen, où il fut couronné en 1 5o6. Il s'exprimait ainsi à la fin de la pièce :
Gloire te rends, Mère Hu Dieu des dieux, Royne des cieulx« et des angels princesse, Ope Dieu previst de ses souverains yeulx Dont à bas lieux notre langueur print cesse.
Il te créa par sa divinité, En dignité et en aménité De affinité et de royal extrace ; Sans avoir en ta création (sic) PollucioD, mais par prévention Concepdon plaine de toute grâce.
Ces rimes redoublées et triplées, qui sont aujourd'hui des fautes dans notre poésie, étaient alors des beautés, et Ton mettait un art infini à les symétriser ainsi.
Tassey [le], professeur émérite au collège et prieuré de Saint-Lô de Rouen, après avoir joui de son droit de juge-né au Palinod de cette ville voulut rentrer dans la classe des auteurs prétendants à ses couronnes, et il en remporta deux: Tune en 1692 pour des stances sur
plaire imprimé du Triomphe des Normands, M. P. Le Verdier Ta étudié sur le manuscrit de la Bibliothèque nationale, et en a donné une intéressante analyse à T Académie de Rouen (1889- 1890, p. i83).
S. Edmond, archevêque de Cantorbéry, l'autre pour une ode française, l'année suivante, sur une femme de la ville de Pallène qui échappa au déshonneur dans le sac de cette ville, au rapport de Plutarque.
Taverne [Pabbé], né à Toulouse, et maître des Jeux floraux en cette ville où Ton couronne aussi tous les ans un sonnet à la louange de la Vierge. On sait que pour avoir ce titre il faut avoir été couronné trois fois dans cette Académie, usage adopté par les Palinods de Rouen. C'est à ces fleurs que Pabbé Taverne voulut mêler ses lauriers parthéniques en 1777, oti il remporta le prix extraordinaire proposé sur l'inauguration d^un monument érigé à Vienne en Autriche en 1 647 par Tempereur Ferdinand III, en Tbonneur de Tlmmaculée Conception. Il composa sur ce sujet un poème français d'une certaine étendue, et il y peint ainsi les dispositions religieuses de l'Empereur :
Ferme dans la détresse où le del l'a réduit, Le monarque adorant le Dieu qui le poursuit, Convoque en son palais les chefis de la noblesse Et plein des sentiments qu^inspire la sagesse :
« D'un maitre courroucé nous ressentons les coups; « A ses justes décrets, amis, soumettons-nous. <c Couverts du bouclier qui protège la France, « Comme elle du Très-Haut ménageons la clémence; « Qu'un monument offert à la Reine des deux « Devienne notre ^de et consacre nos vœux. »
II dit, et transportés d'une ardeur mutuelle, Tous les arts de concert ont signalé leur zèle : Le bronze s'amollit dans de vastes fourneaux ; Il coule en bouillonnant dans de profonds canaux, .
Et déjà dans les airs une riche colonne Montre au peuple ravi son auguste patronne.
Quatre anges à ses pieds, sous des traits radieux, Offrent de son pouvoir remblème ingénieux.
L'un dompte d'un dragon la menaçante audace, L'autre attaque un lion, le presse et le terrasse ; Tandis que celui-ci foule, écrase un aspic, Le dernier tient un dard et perce un basilic.
Du Prince rassuré le cœur s'ouvre à la joie :
« Que du trône, dit-il, la pourpre se déploie ;
« Donnons à ce beau jour le plus brillant éclat,
« Il assure à jamais le bonheur de l'État.
« O toy qui de la paix devient pour nous le gage,
« D'un sceptre qui t'est dû. Vierge, accepte l'hommage,
« Je dépose à tes pieds mon pouvoir souverain ;
« Que ce vœu solennel soit gravé sur l'airain.
« Nos cœurs de tes bienfaits chérissant la mémoire
« Aux siècles à venir en porteront la gloire. »
Les soupirs du Monarque ont frappé rËtemel,
Etc.
Tellier (Jean /e), professeur au collège Dubois et recteur de rUniversité de Caen, a souvent fait Touverture du Puy de cette ville, et autant de fois après l'invitation aux poètes, leur a donné Texemple des odes ou des allégories latines, en 1680 et années suivantes. Mais il a luimême concouru avec eux^ en 1680 et 1 681, où il fut couronné pour des épigrammes sur le Thabor et sur les Fleurs de lis. Parmi ses odes il y en a eu en vers saphiques dont on pourrait faire aisément une hymne, comme celles proposées et récompensées à Rouen en 1 7 3 1 .
On a du même une allégorie latine sur l'Hécube Titanide, couronnée à Rouen en 1674.