IRE II
ment qu'aura pu former une circonstance imprévue , je ne saurais me persuader que cette inclination pût blesser en rien la pureté de votre cœur. Seulement, vous n'aurez pas assez comprimé dans ce cœur un premier sentiment de la nature ; votre bonté excessive vous aura caché le piège qui se révèle à présent , et la raison , impuissante contre une affection qu'il fallait combattre, n'aura plus trouvé en vous ses ressources habituelles. Dès lors plus de paix intérieure, plus rien de ce calme qui jusque-là avait rendu si beaux tous les jours de votre vie : et si un père qui vous chérit est venu ensuite opposer ses raisonnements et sa volonté aux espérances que vous aviez trop écoutées, je m'étonne peu que sa résistance ait augmenté votre trouble , et qu'enflammée ainsi par un vent contraire , l'étincelle n'ait causé enfin un vaste incendie. Ditesmoi si ce n'est pas là votre histoire, ma pauvre
enfant
Je vous plaindrais beaucoup , Alodie , si je vous connaissais moins. Heureusement j'ai lu souvent toutes vos pensées , et je n'ignore pas quelles armes vous opposerez à celles qui menacent de vous frapper. J'ai confiance surtout dans votre docilité aux sages conseils, dans votre désir de rester bonne et vertueuse , dans ce fonds de piété sans lequel tout le reste serait inutile.... Je regarde encore comme impossible que vous puissiez consentir à causer la moindre aiïliction à votre excellent père;
b LES TROIS VOCATIONS.
et , dans une aflairc semblable , c'est lui , ma fille , que la divine Providence vous désigne connue le guide le plus éclairé et le plus sûr.
Bientôt vous me direz ce cpie vous pensez de cette lettre ; je compte que vous ne la trouverez pas sévère , et qu'en retour vous ne nie cacherez plus rien. Faites, mon enfant, comme si vous étiez encore avec votre bonne mère. Qu'importe la distance à des âmes qui savent se comprendre et s'apprécier? Vous ne voulez pas, je vous l'assure, votre bonheur plus ardemment que moi. Si je puis y contribuer un peu par mes paroles , quelle consolation n'en aurai-je pas! Priez pour que notre divin Sauveur m'exauce ; je le conjure de faire descendre dans votre esprit la divine sagesse qui assiste à ses conseils et opère de si admirables fruits dans les âmes. Puisse-t-elle vous inspirer dignement, et vous rappeler qu'en moi vous aurez toujours la plus sincère amie !
Sainte-Sophie.
Alodic à madame Sainte-Sophie .