M \ BONNE MÈRE
Ce n'est pas uue longue histoire que je vais écrire aujourd'hui , comme je me L'étais promis d'abord. [I faut que je sois comte : il vient de nous arriver compagnie ; t'est ma tante de Villeloin avec ses ileux petits enfants. Elle doit passer quelques jours avec nous. Je me trouve donc obligée de vousquitter promptement , ne sachant quand je pourrai \ ous retrouver.
Afin de ne point retarder la lettre que j'attends de vous , je me suis décidée à vous faire passer un i aliicr qui suppléera. à la mienne. Je ne l'avais écrit que pour moi seule ; si je vous le confie, c'est p.u ce que je m'assure qu'il ne sera lu que de vous , et cpie, toutes réflexions laites , il vous fera probablement mieux connaître mes dispositions intérieures que tout ce que je vous aurais t'erit ; car il y a sur toutes ces feuilles beaucoup tic choses que je ne noyais dire qu'à Dieu seul. Enfin , tel quel , vous le lirez. Qu'il vous suffise de savoir , ma bonne mère , que j'en ai conçu l'idée en lisant dans
sainte Thérèse un passage que j'ai pris pour épigraphe, et qui vous mettra au fait de mou intention. Tous pourrez appeler cela les Confessions d'Alodic. Pauvre Alodie ! Dieu lui fera-t-il la même grâce qu'à saint Augustin?
Je termine à la hâte , car je veux faire affranchir mon gros paquet , et il se fait tard. Surtout je compte sur la discrétion de Mine Ste-Sophie , comme elle-même peut compter sur le cœur de sa fille. Alodie.
CAHIEK D'ALODIE. 15