Chapitre XEX
D'une autre Nation de Sauvages ; de leurs coustumes et de leurs manières, tant de leur vivre que du vestement.
Etans certains qu'il n'y avait aucun passage par ce Golfe, fimes voile et partimes de ce lieu de Saint Martin, le Dimanche douzième de Juillet pour découvrir outre ce golfe, et allames vers Est le long de ectte côte environ dix-huit licuës Jusques au Cap du Pré, où nous trouvames le flot très-grand et fort peu de fond, la mer courroucée ct tempétueuse, et pour ce il nous fallut retirer à terre entre le Cap susdit et une Ile vers Est à environ une lieuë de ee Cap, et à nous mouillames l'ancre pour icelle nuit. Le lendemain matin fimes voile en intention de cireuir cette côte, laquelle est située vers le Nord ct Nord-Est, mais un vent survint si contraire et impétueux qu'il nous fut néces saire retourner au lieu d’où nous étions partis, et Ià demeurames tout ce jour jusques au lendemain que nous fimes voile, et vinmes au milieu d’un fleuve éloigné ciuq ou six licuës du Cap du Pré, ct étant au travers du fleuve, eumes de rechef le vent contraire avec un grand brouillas et obseurité, tellement qu'il nous fallut entrer en ce fleuve le Mardi quatorzième du mois, et nous y demeurames à l'entrée jusqu’au seizième attendans le bon temps pour pouvoir sortir. Mais en ce seizième, jour qui étoit le Jeudi, le vent erût en telle sorte qu'un de nos navires perdit une ancre, ct pour ce nous fut besoin passer plus outre en ce fleuve quelques sept où huit licuës pour gagner un bon port où il y eût bon fond, lequel nous avions été découvrir avec nos barques ; et pour le mauvais temps, tempête ct obscurité qu'il fit, demeurames en ce port Jusqu'au vingt-cinquième sans pouvoir sortir. Cependant, nous vimes une grande multitude d'hommes sauvages qui pêchoient des tombes, (T) desquels il ÿ a grande quantité ; ils étoient environ quelques quarante barques et tant en hommes, femmes qu'enfans, plus de deux cens, lesquels après qu’ils eurent quelque peu conversé en terre avec nous, venoient privément au bord de nos nav'res avec leurs barques. Nous leur donnions
(*) Aujourd'hui La Buie des Chaleurs.
TA Hakluyt dans sa traduction dit, que ec sort des Maquereaux
des couteaux, chapelets de verre, peignes, et autres choses de peu de valeur dont ils se réjouissoient infiniment, levans les mains au Ciel, chantans et dansans dans leurs barques. Ceux-ci peuvent être vraiment appellés Sauvages, d'autant qu'il ne se peut trouver gens plus pauvres au monde, et crois que tous ensemble n'eussent pu avoir la valeur de cinq sols, excepté leurs barques et rets. Ils n’ont qu'une petite peau pour tout vêtement, avec laquelle ils couvrent les parties honteuses du corps, avec quelques autres vieilles peaux dont ils se vêtent à la mode des Egyptiens, Ils n'ont ni la nature, ni le langage des premiers que nous avons trouvez, Ils portent la tête entièrement rase, horsmis un floquet de cheveux au plus haut de la tête, lequel ils laissent croître long comme une queue de cheval qu'ils lient sur la tête avec des aiguillettes de cuir, Ils n'ont autre demeure que dessous ces barques, lesquelles ils renversent, et s'étendent sous icelles sur la terre sans aucune couverture, Ils mangent la chair presque crue, et la chauffent seulement la moins du monde sur les charbons ; le même est du poisson. Nous allames le jour de la Madelaine avee nos barques au lieu où ils étoient sur le bord du fleuve, et descendimes librement au milieu d’eux, dont ils se réjouirent beaucoup, et tous les hommes se mirent à chanter et danser en deux ou trois bandes, ct faisans grands signes de joie pour notre venue, Ils avoient fait fuir les jeunes femmes dans les bois, hormis deux ou trois qui étoient restées avee eux, à chacune desquelles donnames un peigne et clochette d'étain, dont elles se réjouirent beaucoup, remercians le Capitaine et lui frottans les bras et la poitrine avec leurs propres mains. Les hommes voyans que nous avions fait quelques présens à celles qui étoient restées, firent venir celles qui s'étoient réfugiées au bois, afin qu’elles cussent quelque chose comme les autres ; elles étoient environ vingt femmes, lesquelles toutes en un monceau se mirent sur ce Capitaine, le touchans et frottans avec les mains selon leur coutume de caresser, et donna à chacune d’icelles une clochette d’étain de peu de valeur, et incontiment commencèrent à danser ensemble disans plusieurs chansons, Nous trouvames là, grande quantité de Tombes qu’ils avoient prises sur le rivage avec certains rets faits exprès pour pêcher, d'un fil de chanvre qui croît en ce païs où ils font leur demeure ordinaire, pour ce qu'ils ne se mettent en mer qu’au temps qui est bon pour pêcher, comme J'ai entendu, Semblablement croît aussi en ce pais du mil gros comme pois, parcil à celui qui croit au Brésil, dont ils mangent au lieu de pain, et en avoient abondance, et l’appellent en leur langue Aapaige. Ils ont aussi des prunes qu’ils sèchent comme nous faisons pour l'hiver, et les appellent Honesta, même ont des figues, ©
noix, pommes et autres fruits, et des fèves qu'ils nomment Sahu; les noix Caheya : les figues... : les pommes......,,,Si on leur montroit quelque chose qu'ils n'ont point, et qu'ils ne pouvoient savoir ce que c'étoit, branlans la tête, ils disoient Nohda, qui est à dire, qu'ils n’en ont point, et ne savent que c'est, (*) Ils nous montroient par signe le moyen d’accoutrer les choses qu'ils ont, et comme elles ont coutume de eroîtr [ls ne mangent aucune chose qui soit salée, et sont grands larrons, et dérobent tout ce qu'ils peuven