‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 32 sur 82 · PS SE · texte numérisé non relu

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A l'entrée d'icelle rivière trouvasmes quatre barques de Canada, qui estoient là venues pour faire pécherie de Loups-marins, et autres poissons, Et nous estans posés dedans la dite rivière, vinrent deux des dites barques vers nos Navires, lesquelles venoient en une peur et crainte, de sorte qu'il en ressortit une, et l'autre approcha si près, qu’ils peurent entendre l’un de nos sauvages, qui se nomma, et fit sa connoissance, et les fit venir seurement à bord,

Le lendemain, deuxième jour du dit mois de Septembre, nous sortimes hors de la dite rivière pour faire le chemin vers Canada, et trouvasmes la marée fort courante et dangéreuse, pour ce que devers le Su de la dito Rivière ÿ a deux Iles, (*) a l’entour desquelles à plus de trois licuës, n'y a que deux ou trois brasses, semées de gros perrons comme tonneaux ct pipes, et les marées decevantes par entre les dites Îles : de sorte que cuidames y perdre notre Gallion, sinon le secours de nos barques : et à lu choiste des dits platcis, y a de profond trente brasses et plus. Passé la dite rivière de Saguenay ct les dites Isles, énviron cinq licuës vers le Sur-Ouest y à une autre [le vers le Nord, aux côtés de laquelle ya de moult hautes terres, le travers desquelles nous cuidames poser l'ancre pour estaller l’Ebe, et n’y pumes trouver le fond à six vingts-brasses, à un trait d'arc de terre : de sorte que fumes contraints de retourner vers la dite Ile, où posâmes trente cinq brasses, et beau fond.

Le lendemain au matin fismes voile, et apparcillasmes pour passer outre, ct eumes connoissance d'une sorte de poissons, desquels il n'est mémoire d'homme d'avoir vû ni oui, Les dits poissons sont aussi gros que Morrues, sans avoir aucun estoc, et sont assez faits par le corps et tête de la façon d’un levrier, aussi blanes comme neige, sans aucune tache, et y en a moult grand nombre dedans le dit fleuve, qui vivent entre la mer et l’eau douce, Les gens du pays les nomment Adhothuis, et nous ont dit qu'ils sont fort bons à manger, et si nous ont aftirmé n'y en avoir en tout le dit fleuve ni pays qu'en cet endroit.

Le sixième jour du dit mois, avec bon vent fimes courir à mont le dit fleuve environ quinze licuës, et vimmes poser à une Ile qui est bort à la terre du Nord, laquelle fait une petite baie et couche de terre, à laquelle y a un nombre inestimable de grandes tortues, qui sont ès environs d’icelle Ile. Pareillement par ceux du paiïs se fait ès environs d’icelle Ile, grande pêcherie des Adhothuis ey devant écrits. Il y aussi grand courant ès environs de la dite Isle, comme devant Bordeaux, de flot et ébe. Icelle

(*) L'Isle Rouge et l'Isle Blanche

‘ qui Ile contient environ trois lieuës de long, et deux de large, et est une fort is bonne terre et grasse, pleine de beaux et grands arbres de plusieurs bd | sortes : entres autres y a plusieurs Coudres franches que trouvasmes fort » ct chargées de Noizilles aussi grosses et de meilleur saveur que les nostres, ils mais un peu plus dures, Et pour ce lt nommames l'Zvle ds Coudres. ois= Le septième jour du dit mois, jour de Notre-Dame, après avoir oui la Messe, nous partimes de la dite fsle pour aller à-mont le dit fleuve, et SE vinmes à quatorze Isles (*) qui estoient distantes de la dite Isle ès Ss Coudres de sept à huit licuës, qui est le commencement de la terre et province de Canada : desquelles ÿ en a une grande d'environ dix licuës ve de long, et cinq de large, (t) où il y à gens demeurans qui font grande É ù pêcherie de tous les poissons qui sont dans le dit fleuve selon les saisons, Le de quoy sera fait ey-après mention, Nous cstans posés et à l’ancre entre ee icelle grande Isle et la terre du Nord, fumes à terre et portames les deux du hommes que nous avions pris le précédent voyage, et trouvasmes + la plusieurs gens du païs, lesquels commencèrent à fuir, et ne voulurent lo approcher jusqu'à ce que les dits deux hommes commencèrent à parler de ot à leur dire qu’ils estoient Taiguragny ct Domagaya : et lorsqu'ils … curent cognoissance d'eux, commencèrent à faire grand’chère, dansans et sa faisans plusieurs cérémonies, et vindrent partie des principaux à nos du bateaux, lesquels nous apportèrent force anguilles, et autres poissons, avec deux ou trois charges de gros mil, qui est le pain duquel ils vivent SCT en la dite terre, et plusieurs gros melons, Et icelle journée vindrent est à nos Navires plusieurs barques du dit païs, chargées de gens, tant vos hommes que femmes pour faire chère à nos deux hommes, lesquels et furent tous bien reçus par le dit Capitaine qui les fostoya de ce qu’il put. ne Et pour faire sa cognoissance, leur donna aucuns petits présens de peu ent de valeur, desquels se contentèrent fort. us, Le lendemain le Seigneur de Canada, nommé Donnacona en nom, n'y ct l’appellant pour Seigneur Agouhanna, vint avee douze barques, accompagné de plusieurs gens devant nos Navires, puis en fit redit tirer en arriére dix, et vint seulement avecque deux à bord des dits , la Navires, accompagné de ses hommes : ct commença le dit Agoula- hanna le travers du plus petit de nos Navires à faire une prédicans le, (*) Ces Isles sont l’Ile d'Orléans, l'Ile aux Grues, l’Ile aux Oies, l'Ile Madame, l’Ile aux Reaux, l’Ile Ste, Marguerite, la Grosse Isle, et autres de moindre impor tance.

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(D) C’est L'Ile d'Orléans, à laqnelle Quartier donne ici près du double de l’étendue qu’elle n’a effectivement en longueur, et près du triple en largeur ; car elle a un peu moins de sept lieues de longs, sur une liene ct demie dans sa plus grande largeur. E

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tion ct preschement à leur mode, en démenant son corps et membres d’une merveilleuse sorte, qui est une cérémonie de joie et assurance, Et lorsqu'il fut arrivé à la nef générale où estoientles dits Taiguragny et Domagaya, parla le dit Seigneur à eux, et eux à lui, et lui commencèrent à conter ce qu’ils avoient vû en France, et le bon traitement qui leur avoit été fait ; de quoy fut le dit Seigneur fort joyeux, et pria le Capitaine de luy bailler ses bras pour les baiser, et accoller, qui est leur mode de faire chère en la dite terre. Et lors le dit Capitaine entra dedans la barque du dit Agoukanna, et commanda qu’on apporta pain et vin pour faire boire et manger le dit Scigneur et sa bande, Ce qui fut fait. De quoy furent fort contents : et pour lors ne fut autre présent fait au dit Seigneur, attendant liéu et temps. Après lesquelles choses faites se départirent les uns des autres, et prirent congé, et se retira le dit Agouhanna à ses barques, pour soy retirer ct aller en son lieu, Et parcillement le dit Capitaine fit apprester nos barques pour passer outre, et aller à-mont le dit fleuve avee le flot pour chercher hâble et lieu de sauveté pour mettre les Navires ; et fusmes outre le dit fleuve environ dix lieuës, cotoyans la dite Isle, (*)et au bout d’icelle trouvasmes un affoure d’eau fort beau et plaisant, auquel lieu y a une petite rivière, et hâble de barre marinant de deux à trois brasses, que trouvasmes lieu à nous propice pour mettre nos dits Navires à sauveté. Nous nommasmes le dit lieu Sainte Croix, (f) parce que le dit jour y arrivasmes. Auprès d’icelui lieu, y a un peuple dont est Seigneur Donnacona, et y est sa demeurance, laquelle se nomme Stadaconé,(f) qui est aussi bonne terre qu’il soit possible de voir et bien fructiférante, pleine de moult beaux arbres de la nature et sorte de France : comme chesnes, ormes, fresnes, noyers, pruniers, ifs, cedres, vignes, aubépines, qui portent fruit aussi gros que prunes de damas, et autres arbres, sous lesquels croît aussi bon chanvre que celui de France, lequel vient sans semence ni labeur. Après avoir visité le dit lieu, et trouvé estre convenable, se retira le dit Capitaine et les autres dedans les barques pour retourner aux Navires ; et ainsi que sortimes hors la dite rivière, trouvasmes au devant de nous l’un des Seignenrs du dit peuple de Stadaconé, accompagné de plusieurs gens tant hommes que femmes, lequel Seigneur eommença à faire un preschement à la façon et mode du pais, qui est joie et assurance, et les femmes dansoïent et

(*) C’est l’étendue que Quartier donne plus ou moins à l’Ile d'Orléans.

(t) Ce lieu de Ste. Croix est évidemment la Rivière St. Charles d’aujourd’hui. Elle était autrefois appelée par les Sauvages Cabir-Coubat, à raison des tours et détours qu’elle fait en serpentant ; maisles RR: PP. Récollets vers 1617, lui donnèrent le nom de St. Charles, en mémoire de Messire Charles Des Boues, Grand-Vicaire de Pontoise, et Fondateur de leurs Missions en la Nouvelle-France.

(t) Le Chapitre XIII contient une plus ample description de Stadaconé,

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chantoïent sans cesse, étant en l’eau Jusques aux genoux, Le Capitaine voyant leur bonne humeur et bon vouloir, fist approcher la barque où il estoit, et leur donna des couteaux et petites patenostres de verre, de quoy menèrent une merveilleuse joie : de sorte que nous estant départis d'avec eux, distans d’une lieuë environ, les oyons chanter, danser et mener feste de notre venue,

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