‹ Les trois voyages de Jacques Quartier au Canada en 1534, 1535 et 1540 [microforme]Chapitre 34 sur 82 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

Comment les dits Donnacona, Taiguragny et autres songèrent une finesse, et fisrent habiller trois hommes en guise de diables, feignans estre venus de par Cudouagny leur Dieu, pour nous empêcher d’aller à Hochelaga.

Le lendemain dix-huitième jour du dit mois de Septembre, pour nous cuider toujours empêcher d'aller à Hochelaga, songèrent une grande finesse, qui fut telle : ils firent habiller trois hommes en la façon de trois diables, lesquels étoient vêtus de peaux de chiens, noires et blanches, et avoient cornes aussi longues que le bras, et étoient peints par le visage de noir comme du charhon, et les fisrent mettre dans une de leurs barques à notre insçu ; puis vinrent avec leur bande, comme avoient de coutume, auprès de nos Navires, ct se tinrent dedans le bois sans apparôitre environ deux heures, attendans que l'heure et marée fut venue pour l’arrivée de la dite barque ; à laquelle heure sortirent tous, et se présentèrent devant nos dits Navires, sans eux approcher ainsi qu’ils souloient faire. Et commença Taiguragny à saluer ie Capitaine, lequel lui demanda s’il vouloit avoir le bateau, à quoi lui répondit le dit aiguragny que non pour l'heure, mais que tantôt il entreroit dedans les dits Navires. Et incontinent arriva la dite barque, où étoient les dits trois hommes apparaissans estre trois diables, ayant de grandes cornes sur leurs têtes, et faisoient celui du milieu, en venant, un merveilleux sermon, et passèrent le long de nos Navires avec leur dite barque, sans aucunement tourner leur vue vers nous, et allèrent asséner et donner en terre avec leur dite barque ; et tout incontinent le dit Donnacona et ses gens prirent la dite barque et les dits hommes, lesquels s’étoient laissés cheoir au fond d’icelle, comme gens morts, et portèrent le tout ensemble dans le bois, qui estoit distant des dits Navires d’un jet de pierre, et ne demeura une seule personne, que tous ne se retirassent dedans le dit bois. Et eux estant retirés commencèrent une prédication et preschement que nous oyons denos Navires, qui dura environ demie heure. Après laqulle sortirent le dit Taiquragny et Domagaya du dit bois marchans vers nous, ayant leurs mains jointes, et leurs chapeaux sous leurs coudes, faisant une grande admiration ; et commença le dit Taiguragny à dire et proférer trois fois : Jésus, Jésus, Jésus, levant les yeux vers le ciel, Puis Domagaya commença à dire : Jesus, Maria, Jacques Cartier, regardant le Ciel comme l’autre. Et le

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Capitaine voyant leurs mines et cérémonies, leur commença à demander qu'il y avoit, et que c’estoit qui estoit survenu de nouveau ; lesquels répondirent, qu’il y avoit de piteuses nouvelles, en disant : Nenni est-il bon ? (c’est-à-dire, qu’elles ne sont point bonnes.) Et le Capitaine leur demanda derechef que c’estoit ; et ils lui dirent, que leur Dieu nommé Cudouagny avait parlé à Hochelaga, et que les trois hommes devant dits estoient venus de par lui leur annoncer les nouvelles, et qu’il y avoit tant de glaces et neiges, qu’ils mourroient tous. Desquelles paroles nous prismes tous à rire, et leur dire que Cudouagny n’étoit qu'un sot, et qu’il ne savoit ce qu’il disoit, et qu’ils le dissent à ses messagers, et que Jésus les garderoit bien du froid s'ils lui vouloient croire ; et lors le dit Taiguragny et son compagnon demandèrent au dit Capitaine s’il avoit parlé à Jésus ; et il répondit que ses prêtres y avoient parlé, et qu’il feroit beau temps. De quoi remercièrent fort le dit Capitaine, et s’en retournèrent dedans le hois dire les nouvelles aux autres, lesquels sortirent du dit bois tout incontinent, feignans être joyeux des dites paroles. Et pour montrer qu'ils en estoient Joyeux, tout incontinent qu’ils furent devant les Navires, commencèrent d’une commune voix à faire trois cris et hurlemens, qui est leur signe de joie, et se prirent à danser et chanter comme avoient de coutume. Mais par résolution les dits Z aiguragny et Domagaya dirent au dit Capitaine, que le dit Donnacona ne vouloit point que nul d’eux allast à Hochelaga avec lui, s’il ne bailloit plège qui demeurât à terre avec le dit Donnacona. À quoi leur répondit le Capitaine, que s'ils n’estoient délibérés d'y aller de bon cou age, qu’ils demeurassent, et que pour eux ne laisseroient mettre peine à y aller,

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