Chapitre XHX
Comment le Capitaine doutant qu'ils ne songeassent aucune trahison, fist renforcer le Fort ; et comment ils vinrent "parlementer avecque lui, et la rendition de la fille qui s’en estoit fuie.
Voyant la malice d'eux, doutant iW'ils ne songeassent aucune trahison, et venir avecque un amas de gens sur nous, le Capitaine fist renforcer le Fort tout à l’entour de gros fossés, larges ct parfonds, avecque porte à pont-lévis et renfort de rangs où pans de bois au contraire des premiers, Et fut ordonné pour le guet de la nuit, pour le tempr à venir, cinquante hommes à quatre quarts, et à chacun changement des dits quarts les trompettes sonnantes : ce qui fut fait selon la dite Ordonnance, Et les dits Donnacona, Taiguragny et Domagaya estant avertis du dit renfort, et de la bonne garde et Suect que lon faisoit furent courroucés d’être en la mal-grace du Capitaine : ct envoyèrent par plusieurs fois de leurs gens feignans qu’ils fussent d'ailleurs, pour voir si on leur foroit déplaisir, desquels on ne tint compte, et n’en fut fait ni monstré aucun semblant, Et y vinrent les dits Donnacona, Taiguragny, Domagaya, et autres plusieurs fois parler au dit Capitaine, une rivière entre-cux, demandant au dit Capitaine s’il estoit marri, et pourquoi il n’alloit à Canada les voir, Et le dit Capitaine leur répondit qu'ils n’estoient que traistres et méchans, ainsi qu’on lui avait rapporté ; et aussi qu’il l'avait apperçu en plusieurs sortes, comme de n’avoir tenu promesse d'aller à Hochelaga, et d'avoir retiré la fille qu’on lui avait donnée, ct autres mauvais tours qu'il leur nomma ; mais pour tout ce, s'ils vouloient estre gens de bien et
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DE JACQUES QUARTIER, d3
oublier leur mal-volonté, qu'il leur pardonnoit, ct qu'ils vinsssent seurement à bord faire bonne chère comme pardevant, Desquelles paroles remercièrent le dit Capitaine, et lui promirent qu'ils lui rendroient la fille qui s’en estoit fuie, dedans trois jours. Et le quatrième jour de Novembre, Domagaya accompagné de six autres hommes vinrent à nos Navires, pour dire au dit Capitaine que le Seigneur Donnacona estoit allé par le pays chercher la dite fille, et que le lendemain elle lui seroit par lui amenée, Et outre dit, que Taiguragny estoit fort malade, et qu’il prioit le Capitaine lui envoyer un peu de sel et de pain, Ce que fist le dit Capitaine ; lequel lui manda, que c’estoit Jésus qui estoit marri contre lui pour les mauvais tours qu’il avoit cuydé jouer,
Et le lendemain le dit Donnacona, Taiquragny, Domagaya, et plusieurs autres vinrent ct amenèrent la dite fille, la représentant au dit dit Capitaine, lequel n’en tint compte, et dit qu’il n’en vouloit point, et qu’ils la remenassent. A quoy répondirent faisans leurs excuses, qu’ils ne lui avoient pas conseillé de s’en aller, ains qu’elle s’en estoit allée, parce que les pages lavoient battue, ainsi qu’elle leur avoit dit : et prièrent derechef le Capitaine de la reprendre, et eux-mesmes la menèrent jusques aux Navires. Après lesquelles choses le Capitaine commanda apporter pain et vin, etles festoya, Puis prirent congé les uns des autres ; et dempuis sont allés et venus à nos Navires, et nous à leur demeurance en aussi grand amour que jamais,