Chapitre KE
Le Roy François Premier, ordonne à Jacques Quartier de faire de plus amples découvertes vers les Païs de Canada, Hochelaga et Saguenay. Ses préparatifs, et son départ de St. Malo, avec cinq Navires. Son arrivée au Port de Ste. Croix. I1 bâtit un fort à quatre lieues plus outre, en un lieu qu’il appelle Charlesbourg Royal.
Le Roy François Premier, ayant ouï ce qu’avoit rapporté le Capitaine Quartier, son Pilote Général, de ses deux premicrs Voyages de découvertes, tant par ses écrits que verbalement, touchant ce qu’il avoit trouvé et veu dans les Terres Occidentales par lui découvertes, dans les pays de Canada et et Hochelaga, et ayant aussi veu ct conversé avec les IT ommcCy Sauvages que le dit Quarticr avoit amenés de ces Pays, l’un desquels était Roy du Canada, et qui avoit pour nom Donnacona, ct autres : lesquels après avoir vécus longtemps en France et au Païs de la Bretagne, y furent baptisés selon leur désir et demande, et trépassèrent ensuite dans le dit Pays de Bretagne. Etquoique Sa Majesté cut été informée par le dit Quartier de la mort et décès de tous les Hommes Sauvages qui avoient ainsi été amenés par lui (lesquels étoient au nombre de dix) à l'exception d’une petite fille d'environ dix ans, cependant elle résolut d'y envoyer de nouveau le dit Quartier son Pilote, avee Jean F rançois de la Rocque, Chevalier, Scigneur de Roberval, qu’elle nomma son Lieutenant et Gouverneur dans les Païs de Canada et Hochelaga, et le dit Quartier comme Capitaine Généralet Maitre Pilote des V aisseaux, afin de faire plus amples découvertes qu'il n’avoit été faites dans les précédens voyages, ct atteindre (sil était possible) à la connoissance du Païs du Saguenay, duquel le Peuple, amené par le dit Quartier, comme il est dit, avoit rapporté au Roy, qu'il s’y trouvoit de grandes richesses et de très-bons Païs, Le Roy donc,’ commanda, qu’il fut baïllé certains deniers à l’effet d'entreprendre le dit voyage avec Cinq Navires : laquelle chose fut faite par les dits Sicurs de Roberval et Quartier ; lesquels s’accordèrent d’apprêter les dits Cinq Navires à Saint Malo en Bretagne, là même où Jes deux premiers voyages avoient été apprêtés et
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d'où les Vaisseaux avaient pris leur départ, ev auquel lieu le dit Sieur Roberval envoya Quartier pour la même fin, Et après que Quarticr cut fait préparer et mettre en bon ordre les dits Cinq Navires, le Sicur de Roberval se rendit à Saint Malo où il trouva les Navires en rade, les vergues hautes, tous prêts à partir ct faire voile, n’attendans autre chose que la venue du Général, et le paicment des dépenses, Et comme le Sieur de Roberval le Licutenant du Ro son artillerie, ses poudres ot munitions, ct aut il s'étoit pourvu pour ce voyage dans les ]
y, n'avait pas encore reçu
res choses nécessaires dont
ais de Champagne et de Nor-
mandie, et parecque les choses susdites lui é , Ï
w’il ne pouvoit se résoudre à les laisser en arrière, il se détermina de
artir de St, Malo pour aller à Rouen, et là y faire apprêter un ou deux 2? n
Navires à Honfleur où il pensoit que toutes ces ch
toient très nécessaires, et
oses étoicnt venues ; etque le dit Quarticr partiroit incontinent avee les Cinq Navires qu’il avoit préparés, ct prendrait les devants. Considérant aussi, que le dit Quartier avait roeu des lettres du Roy, par lesquelles il lui enjoignoit expressément de partir et faire voile incessatament à la vue et recctte d'icelles, à peine d'encourir son déplaisir, et de lui en imputer tout le blâme, Après avoir délibéré toutes ces choses, ct que :: dit Sicurde Ruberval eut fait un état ct revuc de tous les Gentilshommes, Soldats et Matelots qui avoient été retenus ct choisis pour l’entreprise de ce voyage, il donna au dit Quartier pleine autorité de partir ct prendre les devants, ct de se conduire en toutes choses comme s'il s’y fut trouvé en personne ; et lui-même prit son départ pour Zlonfleur afin de faire ses autres préparatifs. Après ces choses ainsi faites, le vent devenant favorable, les susdits Cinq Navires firent voile ensemble, bien fournis de victuailles pour deux ans, le vingt-troisième Jour de Mai 1540,
Et nous navigâmes si longtemps, par des vents 0 atraires, ct des tourmentes continuclles qui nous arrivèrent à cause du retardement de notre clépart, que nous fûmes sur In mer plus de trois mois avant de pouvoir arriver au Port et Iâvre du Canada, sans avoir eu pendant tout cc temps trente heures de bon ve
nt qui put nous servir à suivre notre droit chemin :
de sorte, que nos Cinq Navires à cause de ces tempêtes s’entrepcrdirent les uns des autres, sauf deux qui demeurèrent ensemble, savoir : celui où étoit le Capitaine, ct l'autre dans lequel se trouvoit le Vicomte de Bceaupré, jusques enfin au bout d’un mois que nous Rou& rencontrâmes au Hâvre de Carpont en la Terre-Neuve, Mais la longueur du temps que nous fûmes à passer entre la Bretagne ct la Terreneuve fut cause, que nous nous trouvames en grand besoin d’eau, TAP« port au Bestial, aussi bien que des Chèvres, Pores et autres animaux que nous avions apporté pour y multiplier dans le Païs, lesquels nous
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fumcs nécessités d'abreuver avec du Cidre et autres breuvages, Ayant donc été l’espace de trois mois à nan iguer sur la mer, nous étant arrêtés à Terreneure, attendans le Sieur de Roberval, et faisant provision d’eau et autres choses nécessaires, nous ne pumes arriver devant le Hävre de Ste. Croix en Canvt lieu dans notre précédent voyage, noug avions demeuré huit mois) que le vingt-troisième jour du mois d'Août. Auquel lieu les peuples du Pais vinrent à nos Navires, montrants une grande joie de notre arrivée ; et nommément y vint celui quiavoit la conduite et qui gouvernoit le Païs du Canada, appelé Agona, lequel avoit été nommé Roy par Donnacona, ct que deas notre précédent voyage nous avions cmmené en France : Et s'étant rendu au Navire du Capitaine avec six ou sept barques, et avec nombre de femmes et enfans ; et après que le dit Agona se fut informé du Capitaine où étoit Donnacona et les autres, le Capitaine lui répondit : Que Donnaicona étoit décédé en France, et que son corps étoit demeuré en torre, et que les autres étoicnt restés en Lrance où ils vivoient comme de grands scignours ; qu’ils étoient mariés, ct qu'ils ne vouloient pas revenir en leur Païs. Le dit Agona ne montra aucun signe de déplaisir de tout ce discours : 10 crois qu’il le prit ainsi en bonne part, parcequ’il demeuroit Scigneur et Chef du Pays par la mort du dit Donnacona. Après laquelle conférence le dit Agona prit un morceau de euir tanné de couleur jaune, : garni tout autour d'Esurgny (qui est leur richesse, et la chose qu'ils estiment être la plus précieuse, comme nous faisons de l'or) qui étoit sur sa tête au lieu de C tonne, et le plaça sur la tête de notre Capitaine ensuite il ôta de
poignets deux bracelets d'Esurgny, ct les plaça parcillement sur les bras du Capitaine, lui faisant des a colades, et lui montrant de grands signes de joie : ce qui n’étoit que dissimulation comme hien il nous apparût ensuite. Le Capitaine prit sa Couronne de Cuir otla mit de rechef sur <a tête, et lui donna ainsi qu'à ses femmes certains petits présents : li donnant à entendre, qu'il
taines choses nouvelles, iesquelles il lui feroit présent cice, le dit Agos me chère ainsi qu a
vait apporté cer- L'HE pres :—et pour rés qu'il lui eut fait bonne pagnic, ils prirent leur départ ct s’en retournèrent à terre leurs barques,
: le Capitaine.
Après lesquelles choses, le dit Capitaine mont la Rivière audelà de Canada et du Port de Sainte Croix, pour y voir un Hâvre et une petite Rivière qui est environ quatre lieues plus outre :(*) laquelle fut trouvée meilleure ct]
Int avec deux barques à
lus commode pour y mettre
€) Aujourd’hui la Rivière du Cap-Rouge.
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