SECONDE PARTIE
Des Tivpes en particulier.
L A C AT ACHRÈSE,
Ahus j Extension ^ ou Imitation,
Ka':c^7,pj)3-»ç J j E S langues les plus riches n'ont Abusif. point un assez grand nombre de mots pour exprimer chaque idée particulière , par un terme Cjui ne soit que le signe propre de cette idée ; ainsi l'on est souvent obhgé d'emprunter le mot propre de quelqu'autre idée , qui a le plus de rapport à celle qu'on veut exprimer -, par exemple : l'usage ordinaire est de clouer des fers sous les piés des chevaux, ce qui s'apèle • . ' ferrer un cheval ; que s'il arive qu'au ïieu de fer on se serve d'argent , on dit alors que les chevaux sont ferrés d'argent j plutôt que d'inventer uu
La C a t a c II r e s e. 55 nouveau mot qui ne seroit pas entendu : on ferre aussi d'argent une ^^^i cassette , &c. alors ferrer signifie par extension , garnir d'argent au lieu de fer. On dit de même aller à cheval sur un bâton, c'est-à-dire , se mettre sur un bâton de la même manière qu'on se place à cheval.
L'iclere par impar ; equitâre in arùndine Hor. a. sat. ' , . 3.V. 24.
longa.
Dans les ports ele mer on dit bâtir un vaisseau, quoique le mot de bâtir ne se dise proprement que des maisons ou autres édifices : Virgile s'est servi diœdijicdre , bâtir , en parlant du ^n. 2. v. iff. cheval de Troie ; et Cicéron a dit Cic.^p.o leœdificdre classem , batir une tlote. ^. 4.
Dieu dit à Moïse , je ferai pleuvoir pour vous des pains du Ciel, et ces pains ^^p^^^-^f^c'étoit la mâne : Moïse en la montrant dit aux Juifs , voilà le pain que Dieu vous a doué pour vivre. Ainsi la mâne fut apelêe pain par extension.
Parricida parricide , se dit en latin et en françois , non -seulement de celui qui tue son père , ce qui est le premier usage de ce mot ; mais il se
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dit encore par extension de celui qui fait mourir sa mère , ou quelqu'un de ses parens , ou enfin quelque personne sacrée.
Ainsi la Catachrèse est un écart, que certains mots font de leur pre- [î l^ mière signification, pour en prendre
une autre qui y a quelque raport , et c'est aussi ce qu'on apele extension :
par exemple : feuille se dit par extension ou imitation des choses qui sont plates et minces , corne les feuilles des plantes ; on dit une fouille de papier y une feuille de for blanc ^ une fouille d'or, une fouille d'étaîn fpi'on met derrière les nuroirs : une fouille de caiton; le
j - •; "\ ^^^^ ^^ ^^^'^ par fouilles ; les fouilles d'un
' ', .•*^- . l"^*/'^^ paravent , à-LC,
La langue qui est le principal organe de la parole , a doué son nom par métonymie et par extension au mot générique dont on se sert pour marquer les idiomes , le langage des diférentes nations : langue latine , langue française.
Glace , dans le sens propre , c'est de l'eau gelée : ce mot signifie ensuite par imitation , par extension , un verre
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poli , une glace de miroir , une glace de carosse.
Glace signifie encore une sorte de composition de sucre et de bJanc d'œuf , que Ton coule sur les Liscuits , ou que Ton met sur les fruits / confits, y^'^^^'
Enlîn , glace se dit encore au pluriel , d'une sorte de liqueur congelée.
Il y a même des mots qui ont perdu leur première signification , et n'ont retenu que celle qu'ils ont eue par extension '. florir , florissant , se disoient autrefois des arbres et des plantes qui sont en fleurs ; aujourd'hui on dit plus ordinairement fleurir au propre , et florir au figuré : si ce n'est à l'infinitif, c'est au moins dans les autres modes de ce verbe ; alors il signifie être en crédit, eu honneur , en réputation : Pétrarque florissoit vers le milieu du XIV. siècle:
wie armée florissante , un empire florissant. (( La langue grèque , dit Ma- » dame Dacier , se maintint encore )) assez florissajite jusqu'à la prise de » Constantiuople , eu i455 ».
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Prince j en latin princcps , sigDÎfloit seulement autrefois , premier principal ; mais aujourdlmi en françois il signifie , un souverain , ou une persone de maison souveraine.
Le mot Iniperator y Empereur, ne fut d'abord qu'un titre d'honeur que les soldats donoieiU dans le camp à leur General , quand il s'etoit distin- ;uë par quelque expédition méniora- >le : on u'avoit attaché à ce mot aucune idée de souveraineté , du lems même de Jules César , qui avoit bien la réalité de souverain , mais qui gouvernoit sous la forme de Fanciène République. Ce mot perdit son anciène signification vers la fin du règne d'Auguste , ou peut-être même plus tard .
Le moj- latin succinrere , que nous traduisons par .çecownr, veut dire proprement courir sous ou sur. Gicéron s'en est servi plusieurs fois en ce sens , * Cic. ad Att. succiirram atque suhibo. Quidquid^ suc- L. 14. Kpist. ^^^,-^ i^j^ f. scribere ; et Seuèque dit,
i . SUD hnem. . , . , .
Senec. Ep.ôb^^ioSj si uomeu non sûccurrit , Dùmi-
^'■* 7205 salutdmus ; (.< lorsque nous ren-
» controns quelqu'un , et que son nom
La Catachrese. 67 » ne nous vient pas dans l'esprit , » nous l'apelons Monsieur. » Cependant conie il faut souvent se hâter et courir pour venir au secours de quelqu'un , on a doné insensiblement a ce mot par extension , le sens d'aider ou secourir,
Pétere ^ selon Perizonius , vient du ^rgla, ttHo- £rrec peto et petomai , dont le premier '"*'* . . signihe tomber , et 1 autre voler ; en Sanct. kwu. sorte que ces verbes marquent une '''^',g^' ^' ^' action qui se flnt avec éfort et mouvement vers quelque objet ; ainsi :
1 . Le premier sens de pétere ^ c'est aler vers , se porter avec ardeur vers un objet \ ensuite on donc à ce mot par extension plusieurs autres sens , qui sont une suite du prcnjier.'
2. 11 signifie souhaiter d'avoir , briguer, demander ; pétere consulatum , briguer le consulat j pétere nùptias alicùjus , rechercher une personne en mariage.
5. Aler prendre i unde mihi petam Ter. Heaaî. cibum. 5. 2. 2 5.
4. Aler vers quelqu'un ; et en conséquence le f râper y Vataquer. Virgile Eci. 3. v. 04. a dit ; malo me Galatéa petit ^ et
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Eieg. de Ovide , à pôpuio sujcis prœtereûute petor,
5. Enfin , pétere vent dire par extension j aler en quelque lieu , en sorte que ce lieu soit l'objet de nos demandes et de nos mouvemens. Les compagnons d'Enëe après leur naufrage , demandent à Didon qu'il leur soit permis de se mètre en état d'aler en Italie , dans le Latium , ou du moins d'aler trouver le Roi Aceste.
Vng^ Rjx. — Itâliam Insti, Latiûmque pet<amus.
At fréta Sicâniae saltem sedésque parafas , Unde hue advëcti , regémque petâmiis Accsten.
La réponse de Didon est digne de remarque :
Seu vos Ilespëriam magnam Saturniaque
arva, Sive Erycis fines, regëmqne opt^tis Acesten.
où vous voyez qvioptdtis explique petdmus.
y\T'Z. iïn. Advértere signifie tourner vers : adi-i.v. 555. ^értere agnien urbi ^ tourner son ar-
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mée vers la ville ; nayem aduéjtere , tourner son vaisseau vers quelque endroit , y aborder : ensuite on l'a dit par niétapliore de l'esprit ; advérUre dnimurHy adyértere mcjitcm , tourner l'esprit vers quelque objet , faire attention , faire réflexion , considérer :
on a même fait un mot composé de duimum et à' advértcre ; anim - advértere, considérer , remarquer , examiner.
Mais parce qu'on tourne son esprit , sou sentiment , vers ceux qui nous ont ofensés , et qu'on veut punir ; on a doné ensuite par extension le sens de punir à animadveneje ; ^erbéiihus ajnrnadverlébajit in cives ^ * ils * Salîuste tournoient leur ressentiment , leur co-^^*^'* '^'* 1ère , avec des verges^ contre les ci- (l^z>-^ toyens , c'est - à - dire qu'ils condanoient au fouet les citoyens. E.emarquez qucirïfmus se prend alors dans le sens de colère. '^ y/nimus j*-Bas\\. Fah. dit Faber , se prend souvent pour cette .^^^^- ^'
11,^ . ^77 animas.