‹ Les Tropes de DumarsaisChapitre 26 sur 57 · partie de 1 ame , (juœ impetus nabet et motus · texte numérisé non relu

partie de 1 ame , (juœ impetus nabet et motus

Ira furor brevis est -, ânimuni rege ; qui nisi Hor. lib. i, paiet, Epis^ 2. v,

6o La C a t a c II r è s e.

Iinperat; liunc frenis , hune tu compésce catéiia.

Ces sortes d'extensions doivent être autorisées par l'usage d'une langue , et ne sont pas toujours réciproques dans une autre langue ; c'est-àdire , que le mot françois ou aleniand , qui répond au mot latin , selon le sens propre , ne se prend pas toujours en françois ou en alemand dans le même sens figuré que l'on done au mot latin : demander répond à pétere ; cependant nous ne disons point demander pour ataquer, ni pour alerà.

Oppido dans son origine est le datif d'oppidum , ville ; ôppido pour la ville j au datif. Les laboureurs en s'entretenant ensemble , dit Festus , se demandoient l'un à l'autre , avez-vous fait bone récolte ? Sœpè respondebdturj quantum vel ôppido satis esset , j'en aurois pour nourir toute la ville : et de là est venu qu'on a dit ôppido adverbialement, pour beaucoup; hinc in consueLiïdinem venit ut dicerétur ^ oppido pro valdè , multùm. Festus v.

Oppido.

La Cataciirese. 6i

Dont vient de undà , ou plutôt de de undc , corne nous disons de-là , dedans. Aliquid déderis undèutdtur. do- ,^^1^"?^ ' nez-Jui un peu d argent dont il puisse 5. sc.9. v. mvivre eu le mettant à profit : ce mot ne se prend plus aujourd'hui dans sa signification primitive ; on ne dit pas la ville dont je 'viens ^ mais d'où je "viens.

Pj'opincive y boire à la santé de quel* qu'un , est un mot purement grec , qui veut dire à la lettre hoire le premier. Quand les anciens vouloient exciter quelqu'un à boire , et faire àpeu-près à son égard ce que nous apelous hoire à la santé : ils prenoient une coupe pleine de vin, ils en buvoient un peu les premiers , et ensuite ils présentoient la coupe à celui qu'ils vouloient exciter à boire ^. Cet

* Hîc Regina gravem gemmis auroque pro-

p6scit,

Implevilque mero plteram

— et in niensa Uticum liblvit hon(3rem, Primâqvie lib^to summo lenns atligit ore : Tum Bétias dédit iiicripitaris ; ille inipigcr

hausit Spumânlemplteram^etplenoseprolnitauio.

02 La C a t a c h r è s e.

usage s'est conservé en Flandre , en

Hollande , et dans le Nord : on fait

l'essai , c'est-à-dire , qu'avant que de

vous présenter le vase , on en boit

un peu j pour vous marquer que vous

pouvez en boire sans rien craindre.

De-là , par extension ,' par imitation ,

f on s'est servi de propùidre pour li^^rer

hu^j ., quelqu'un y le trahir pour faire plaisir

y ' U à un autre ; le livrer , le cto.uicr , corne

• ' on done la coupe à boire après avoir

fait l'essai. Je vous le Hure y dit Té-^

// rence , en se servant par extension du

mot propino , moquez-vous de lui tant

Ter. Ejd. quil VOUS plaira ^ liuuc vobis deri*-

i^;^;- ''''"' déndum propino.

Nous avons vu dans la cinquième partie de cette Grammaire , que la préposition supléoit au raport qu'on ne sauroit marquer par les terminaisons des mots ; qu'elle marquoit un raport général ou une circonstance générale , qui étoit ensuite déterminée par le mot qui suit la préposition.

Or , ces raports ou circonstances générales sont presque infinies , et le nombre des prépositions est exlré-

La Cataciirèse. 65 moment borné ; mais pour supléer à celles qui manquent , on clone divers usages à la même préposition.

Chaque préposition a sa première signification , elle a sa destination principale , son premier sens propre ; et ensuite par extension , par imitation , par abus , en un mot par calachrèse , on la fait servir à marquer d^autres raports qui ont quelque analogie avec la destination principale de la préposition , et qui sont suffisament indiqués par le sens du mot qui est lié à cette préposition , par exemple :

La préposition in est une préposition de lieu , c'est-à-dire , que son premier usage est de marquer la circonstance générale d'être dans un lieu. César fut tué dans le sénat , entrer clans une maison , serrer dans une cassette.

Ensuite on considère par métaphore les diférentes situations de l'esprit et du corps , les diférens états de la fortune , en un mot les diférentes manières d'être, corne autant de lieux où l'home peut se trouver \ et alors

64 La Catachrese.

on dit par extension , être dans la joie, dans la crainte , dans le dessein , dans la bone ou dans la mauvaise fortune y dans une parfaite santé , dans le désordre , dans Vépée , dans la robe , dans le doute , &c.

On se sert aussi de cette préposition pour marquer le tenis : c'est encore par extension , par imitation ; on considère le tems come un lieu , jîolo me in témpore hoc videat senex- , c'est le dernier vers du quatrième acte de l'Andriène de Térence.

Ubi et ibi sont des adverbes de lieu ; on les fait servir aussi par imition pour marquer le tems , hœc ubi v\t%. IÇj\. j. dicta y après que ces mots furent dits , le^And^rct.^P'^^^ ^^^ parolcs. ISon tu ibi natitm? i.&c.i.v.mz. Çobjuj'gasti) n'alates-vous pas sur le champ gronder votre fils ? ne lui ditesvous rien alors ?

On peut faire de pareilles observations sur les autres prépositions , et sur un grand nombre d'autres mots.

(( La préposition après ^ dit M. l'Abé • Feuille vo- >> de Dangeau , * marque premièrelante sur la )) ment postériorité de lieu entre des l7rïsT^^'^'^ » persones ou des choses : marclwr

La Cataciirèse. 65

» après quelqu'un ; le valet court après » sôji maître ; les Conseillers sont assis )) après les Présideus . »

Ensuite considéi aiilles honeurs, les richesses, &c. corne des élres réels, on a (Ut par imitation , courir après les houeurs , soupirer après sa liberté.

u Après, marque aussi postériorité }) de lems , par une espèce d'ex- » tension de la quantité de lieu à » celle du tems. Pierre est arivé après }) Jacques, Quand un home marche ;) après un autre , il arive ordinaire- » ment plus tard; après demain, après » diné , 6cc.

)) Ce Tahleau^est fait d'après le Ti- )) tien. Ce paysage est fait d'après na- » ture : ces façons de parler ont ra- » port à la postériorité de tems. Le w Titien avoit fait le tableau avanT )) que le peintre le copiât ■■, la nature » avoit formé le paysage avant que » le peintre le représentât. »

C'est ainsi que les prépositions latines à et sub marquent aussi le tems , corne je l'ai fait voir en parlant des prépositions.

« Il me semble, dit M. l'Abé de

66 La Catachrèse.

» Dangeau, qu'il seroil fort utile de » faire voir cornent on est venu à do- )) ner tous ces divers usages à un même )) mot ; ce qui est comun à la plupart » des langues. »

Le mot d'heures y acet, n'a signifié d'abord que le te m s ; ensuite , par extension , il a signifié les quatre saisons de l'année. Lorsqu'Homère dit que Iliad. L. V. dfipuis le comeucemeiit des tems les heu- Trad.pag. res veillent à la garde du haut Oljrnpe ,

^^^' et que le soin des portes du ciel leur

Rem.p.27?.e5ï conjîé ; Madame Dacier remarque qu'Homère apèle les heures ce que nous apelons les saisons.

Herod. L. £. Hérodote dit que les Grecs ont

pris des Babyloniens l'usage de divi-

Plins 1.7;^^''^^ j^^^^ ^^^ douze parties. Les Ro-

c. 60. mains prirent ensuite cet usage des

Grecs ; il ne fut introduit chez les Romains qu'après la première guerre punique : ce fut vers ce tems là que , par une autre extension , l'on dona le nom d^heures aux douze parties du jour, et aux douze parties de la nuit ; celles-ci étoient divisées en quatre veilles, dont chacune comprenoit trois heures.

La Cataciirese. 67

Dans le langage de l'Eglise , les jours de la semaine qui suivent le dimanche , sont apelés fériés par extension.

Il y avoit parmi les anciens des fêtes et des fériés : les fêtes éloient des jours solennels où Ton faisoit des jeux et des sacrifices avec pompe; les fériés étoient seulement des jours de repos où l'on s'abstenoit du travail.

Festus prétend que ce mot vient à feriéiidis'victiniis.

L'année cbrétiène començoit autrefois au jour de Pâques ; ce qui étoit fondé sur ce passage de S.Paul : Quemodo Christus resurréjcit à mortuis , ità 'Rom. c. et nos in novitcite "vitce ambulémus. ^' *

L'Empereur Constantin ordona que l'on s'abstiendroit de toute oeuvre servile pendant la quinzaine de Pâques , et que ces quinze jours seroient fériés : cela fut exécuté du moins pour la première semaine : ainsi tous les i jours de cette première semaine furent/ene^. Le lendemain du dimanche d'après Pâques fut la seconde férié ; ainsi des autres. L'on dona ensuite par extension , par imitation ',

68 La Catachrese.

le nom de férié seconde , troisième, c/uatrième , Ôcc/aux autres jours des semaines suivantes, pour éviter de leur doner les noms profanes des Dieux des païens.

C'est ainsi que chez les Juifs le nom de sabat ( sabatum ) qui signifie repos j fut doné au septième jour de la semaine , en mémoire de ce qu'en ce jour Dieu se reposa , pour ainsi dire , en cessant de créer de nouveaux êtres ; ensuite , par extension , on doua le même nom à tous les jours de la semaine , en ajoutant premier, second , troisième , &c. prima , secunda^, &c. sabbatôrum, Sabatum se dit aussi de la semaine. On dona encore ce nom à chaque septième année, qu'on apela année sahatique , et enfin à l'année qui arivoit après sept fois sept ans , c'étoit le juhilé des Juifs ; tems de rémission , de restitution, où chaque particulier rentroit dans ses anciens héritages aliénés , et où les esclaves devenoient libres.

Notre verbe aler , signifie dans le sens propre , se transporter d'un lieu

La C a t a c II r e s e . 6g h un autre; mais ensuite dans combien de sens figurés n'est-il pas em- j ployé par extension ! Tout mouvement qui aboutit à quelque fin ; toute manière de procéder, de se conduire, d'atteindre à quelque but ; enfin tout ce qui peut être comparé à dôs voyageurs qui vont ensemble , s'exprime par le verbe aler y je vais , ou je vas ; aler à ses Jiiis , aler droit au but ; il ira loin, c'est-à-dire, il fera de grands progrès, aler étudier, aler lire , &c.

De\^oir, veut dire dans le sens pro-j pre , être obligé par les loia.- à pajer ou à faire quelque chose : on le dit ensuite par extension de tout ce qu'on doit faire par bienséance , par politesse , nous devons aprendre ce que nous devons aux autres , et ce que les autres nous doivent.

Devoir se dit encore par extension de ce qui arivera , eome si c'étoit une dette qui dût être payée : je dois sor-^ xL \ / tir : instruisez-vous de ce que vous êtes , ^ ^"^/^ /li de ce que vous n êtes pas , et de ce que vous devez être ; c'est-à-dire , de ce que vous serez , de ce à quoi vous êtes destiné .

^o LaCatachrése,

^j, Notre verbe auxiliaire avoir, que

•i nous avons pris des Italiens , vient

dans son origine du verbe hahére ,

Cizîjr^rffmz- avoir , posséder. César a dit qu'il

;'''^^"''^''^^ envoya au-devant toute la cavalerie

ex omni pro- qu'il avoit assemblée de toute la pro-

'tum^hJIhat'.^'^^^^ 7 <]uein coactum hahébat. Il dit

Cxsar , de eucore dans le même seus , avoir

co.L. I. les fermes tenues à hou marché , c'est-

Fécî/^c/id à- dire , avoir pris les femies à hon

^rldlmptaTa- ^^(^rclié , les tenir à bas prix. Dans

f'^re. la suite , on s'est écarté de cette si-

ïdem , ibid. - n ' l^ • x -

Nostramado-gi^iiication propre a avoir y et on a lescéntiam ioiDt cc vcrbe par métapliorc et par

habent des- ' ^ , ■* • > ^ • ^

picatam. Ter. abus , a uu supiu , a uu participe iîiun. Act. 2. ou adjectif ; ce sont des termes ' '■ ^^' abstraits dont on parle come de choses réelles : amdvi , J'ai aimé , hdheo amdtum ; aimé est alors un supin, un nom f[ui marque le sentiment que le verbe signifie ; je possède le sentiment d'aimer , come un autre possède sa moatre. On est si fort acoutumé à ces façons de parler , qu'on ne fait plus atention à ranciène signification propre à'avoir^ on lui en doue une autre qui ne signifie a\>oir que par figure, et qui

La Catachrèse. ni marque en deux mots Je même sens que les Latins exprimoient en un seul mot. Nos Grammairiens qui ont toujoius raporte' notre Grammaire à la Grammaire latine , disent qu'alors avoir est un verbe auxiliaire , parce qu'il aide le supin ou le participe du verbe à marquer le même tems que le verbe latin signifie en un seul mot.

Etre, avoir, faire, sont les ide'es les plus simples, les plus comunes , et les plus intéressantes pour l'home ; \\ or les bornes parlent toujours de tout par comparaison à eux-mêmes; de- ' là vient que ces mots ont été le plus détournés à àç^ usages diférens : être assis , être aimé, &c. avoir de l'argent , avoir peur, avoir honte , avoir quelque chose faite, et en moins de niox^ avoir

De plus , les homes réalisent leurs.. Ol^^>4 \^4^ abstractions; ils en parlent par imitation , come ils parlent des objets réels : ainsi ils se sont servis du mot avoir en parlant des choses inanimées et de choses abstraites. On dit cette ville a deux lieues de tour, cet ouvrage

72 La C a t a c h r è s e .

a des défauts ; les passions ont leur usage j il a de l'esprit , il a de la vertu : et ensuite par imitation et par abus , il a aimé , il a lu y &c.

Remarquez en passant que le verbe a est alors au présent, et que la si- , gnification du prétérit n'est que dans le supin ou participe.

On a fait aussi du mot il un terme abstrait , qui représente une idée générale , Tétre en général ; il y a des bornes qui disent , illud quod ~ est y ihi luihet hômines qui dicunt : dnus

la bone latinité on prend un autre tour, come nous l'avons remarqué ailleurs.

T. Liv. 1. 1 , Notre il dans ces façons de par- ^' =^- 1er , répond au les des Latins : Prô^

piùs meturrrj'es fûeraty la chose avoit été proche de la crainte : c'est -àdire, qu'il y avoit eu sujet de craindre. Mes ita se liahet , il est ainsi. Res tua dgitur y il s'agit de vos intérêts j &c.

Ce n'est pas seulement la propriété d'avo/r , qu'on a atrjibuée à des êtres inanimés et à des idées abstraites . on leur a aussi atribtié celle

de

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