art. 3. a-dire , bois de quatre années
Ainsi le nom des différentes opérations de fagriculture se prend pour le tems de ces opérations , c'est le conséquent pour l'antécédent, la moisson se prend pour le tems de la moisson , la vendange pour le tems de la vendange -, il est mort pendarït la
LaMétàlepse. III
moisson , c'est - a - dire dans le tems de la moisson. La moisson se fait ordinairement dans le mois d'Août , ainsi par métonymie ou mélalepse , on apèle la moisson V^oût j, qu'on prononce Voû , alors le tems dans lequel une chose se fait , se prend pour la chose même ^ et toujours à cause de la liaison que les idées accessoires ont entre elles.
On raporte aussi à cette figure ces façons de parler des Poètes , par lesquelles ils prènent l'antécédent pour le conséquent , lorsqu'au lieu d'une description^ ils nous mètent devant les yeux le fait que la description supose.
a O Ménalque ! si nous vous per- » dions , dit Virgile ? * qui émaille- » roit la terre de fleurs ? qui feroit ;) couler les fontaines sous une om- » bre verdoyante , » c'est-à-dire , qui chanteroit la terre émaillée de fleurs ? Qui nous en feroit des des-
* Qiiis concret nymplias? Quis humum florenlibnsherbis Spârgeret, aut vuidifoiitcsiriduceret urabra? Vir^. Ed. IV. V. 19.
113 La Métalepse.
criptions aussi vives et aussi riantes que celles que vous en faites ? Qui nous peindroit corne vous ces ruisseaux qui coulent sous une ombre verle ?
Le même Poète a dit , * que « Si- )) lène envelopa chacune des sœurs de » Phaéton avec une écorce amère , )) et fit sortir de terre de grands peu- » pliers ; » c'est-à-dire , que Silène chanta d'une manière si vive la métamorphose des sœurs de Phaéton en peuplier , qu'on croyoit voir ce changement. Ces façons de parler peuvent être raportées à l'hypotypose dont nous parlerons dans la suite.
* Tain Phaetontiadas musco circimdat amârse Corticis, alque solo procéras ërigit alnos.
^irg. Ecl. Ti. v. 62.
"^^vil/^
La Synecdoque. ii5
LaSynecdoqu.e. *
IjE terme de Synecdoque signifie 'ï.vny.^-.yj^ , compreheusion , conception : en eiet , gion. dans la Synecdoque ou Kiit concevoir à l'esprit plus ou moins que le
* On écrit ordinairement Sy nevdoc/ie ,\oi* ci les raisons qui me déterminent à écrire Synecdoque.
î ". Ce mot n'est point un mot vulgaire qui soit dans lu bouche des gens du monde , en sorte qu'on puisse les consulter pour co-* noître l'usage qu'il faut suivre parraport à la prononciation de ce mot.
2°. Les gens de lettres que j'ai consultés le prononcent diféremment , les uns disent Synecdoche à la françoise , come Roche , et les autres soutiènent avec Richelet , qu'on doit prononcer Synecdoque»
3°. Ce mot est tout grec "Zvnfc^o^cii i il faut donc le prononcer en conservant au x sa prononciation originale, c'est ainsi qu'on prononce et qu'on écrit époque iTro^sii Monarque fiovotfx*!^ et /^ovuD^oç i Pentateuque , Uivrct- ^ivj(^oç î Andromaque j A'v^^^oy.ûtz*} > TélémŒ' que , Tt^M^et^oç, &c. On conserve la même prononciation dans Echo, H;^» i Ecole , Schola S^io^^i 5 &c.
ii4 La Synecdoque.
mot dont on se sert ne signifie dans le sens propre.
Quand au lieu de dire d'un home qu'il aime le vin , je dis qu'il aime la bouteille , c'est une simple me'tonjmie , c'est un nom pour un autre :
mais quand je dis cent voiles pour cent vaisseaux , non seulement je prens un nom pour un autre , mais je donc au mot voiles iu?e signification plus étendue que ceiio qu'il a dans le sens propre 5 je prcns la pr.rlie pour fe tout.
Je crois cTonc que s^-necdorue étant nn mot scientifique (jui n'est point dans l'usage vulgaire, il faut l'écrire d'ur.e nrianiè-e qui n'induise pas à une prononciation peu convenable à son origine.
4^ L'usage de rendre par ch le z des Grecs , a introduit une prononciation françoise dans plusieurs mots que nous avons pris des Grecs. Ces mots étant devenus comuns, et l'usage ayant fixé la manière de les prononcer et de les écrire , respectons l'usage , prononçons catéchisme , machine , chimère j Archidiacre ^ Architicte , &c. corne nous prononçons chi dans les mots François ; mais encore un coup Synecdoque n'est point un mot vulgaire, écrivons donc et prononçons Synecdoque.
Là Synecdoque. ii5
La Synecdoque est donc une espèce de mélonyjuie, par raquelle on done une signification paiiiculière à un mol, qui, dans le sens pr(^pre , a une signification plus générale ; ou au contraire , on done une signification générale à un mot, qui, dans le sens propre n'a qu'une signification particulière. En un mot , dans la métonymie je prens un sens peur un autre , au lieti que dans la sinecdoque , je prens le plus po-ir le. moins , ou le moins pour le vins.
Voici les diférentes sortes de Synecdoques que les Grammairiens ont remarquées.
I. Synecdoque du oenke : corne quand on dit les nmrtels pour les homes, le terme de mortels devroit pourtant comprendre aussi les animaux qui sont sujets à la mort aussi-bien que nous : ainsi , quand par les mortels on n'en- Euntes \n tend que homes , c'est une synecdo- ^^s^^f.^'^p^l^C que du eenre : on dit le plus ou Zedkp'te evan-
. ^ gélium omni
moins. ^ ^ ^ ^ creatuiœ.
Dans r Ecriture-Sainte , créature ne Marc, c iC. signifie ordinairement que les homes ; ^' * * c'est encore ce qu'on apèle la synec-
1 1 G La Synecdoque.
cloque du genre , parce qu'alors un mol générique ne s'entend que d'une espèce particulière : créature est un mot générique , puisqu'il comprend toutes les espèces de choses créées, les arbres , les animaux, les métaux , &c.
Ainsi , lorsqu'il ne s'entend que des homes, c'est une synecdoque du genre, c'est-à-dire, que sous le nom du genre, on ne conçoit , on n'exprime qu'une espèce particuHère ; on restreint le mot générique à la simple signification d'un mot qui ne marque qu'une espèce.
Nombre est un mot qui se dit de tout assemblage d'unités : les Latins se sont quelquefois servis de ce mot en le restreignant à une espèce particulière.
I. Pour marquer rharmonie , le chant , il y a dans le chant une proportion qui se compte. Les Grecs apèl'Ay.U. lent aussi nithmos tout ce qui se fait avec une certaine proportion : Quid^ quid certo modo et ratiôneût,
Virg. Ed.. . . NLiinerosmcmini, si verba lenerent. IX. V.45.
{( Je me souviens de la mesure r
La Synecdoque. 117
» de l'harmonie , de la cadence , du » chant , de l'air ; mais je n'ai pas » retenu les paroles. »
2. Nitmems , se prend encore en particulier pour les vers , parce qu'en éfet , les vers sont composés d'un certain nombre de pieds ou de syllabes :
Scrihimus numéros , nous fesons des Per?. sat^ vers. ^* ^*
3. En françois nous nous servons aussi de nombre ou de nombreux y pour marquer une certaine harmonie , certaines mesures , proportions ou cadences 5 qui rendent agréables à l'oreille un air, un vers, une période, un discours. H y a un certain nombre qui rend les périodes harmonieuses. On dit d'une période qu'elle est
fort nombreuse , numerôsa ordtio ; Cic Orati c est-a-dire , que le nombre des sylla- ^^^ 3 ^^^ bes qui la composent est si bien distribué^ que l'oreille en est frapée agréablement : nûmeras a aussi cette signification en latin. In oratiàne nùmerus ^ ^^^^ J^^'^ latine.y grœce }v(}fjLof ^ inésse dicitur. . . 170, 171, ï7*« .... Ad capiéndas aures , ajoute Cicéron , nûmeri ab oratôre quœruntur : et plus bas il s'exprime en ces termes :
ii8 La Synecdoque.
Aristoteles versum in oratiôiie vetat esse, nûmerum juhet, Arislole ne veut point qu'il se trouve un vers dans la prose , c'est-à-dire , cju'il ne veut point que lorsqu'on écrit en prose , il se trouve dans le discours le même assemblage de pies , ou le même nombre de syllabes qui forment un vers. Il veut cependant que la prose ait de lliarmonie ; mais une harmonie qui lui soit particulière, quoiqu'elle dépende également du nombre de syllabes et de l'arangement des mots.
II. Il y a au contraire la Synecdoque de l'espèce : c'est lorsqu'un mot, qui dans le sens propre ne signifie qu'une espèce particulière , se prend pour le genre ; c'est ainsi qu'on apèle quelquefois voleur wa méchant home.
C'est alors prendre le moins pour marquer/epZw^.
Il y avoit dans la Thessalie , entre le mont Ossa et le mont Olympe , une fameuse plaine apelée Tetnpé , qui passoit pour un des plus beaux lieux de la Grèce ; les Poètes grecs et latins se sont servis de ce mot particulier pour marquer toutes sortes de belles campagnes.
La Synecdoque. 119 « Le doux someil , dit Horace , » n'aime point le trouble qui règne )) chez les grands , il se plaît dans les » petites maisons de bergers , à l'om- » bre d'un ruisseau , ou dans ces » agréables campagnes , dont les ar- » bres ne sont agités que par le zé- » phire ; » et pour marquer ces campagnes , il se sert de Tempe :
. . . Somnus âgréstium Hor. 1. 5.
Lenis virorum , non liùmiles domos ^^' '• ^' ^^• Fastidit, umbrosâmque ripam, Non zëphiris agitâta Tempe.
Le mot de corps et le mot d'ame se prènent aussi quelquefois séparément pour tout l'home ; on dit populairement , sur-tout dans les provinces , ce corps-là , pour cet homelà ; i^^oilà un plaisant corps , pour dire un plaisant personage. On dit aussi qu'z7 r a cent mille âmes dans une ville y c'est - à - dire , cent mille habitans. Omnes animœ domûs Jacoh , toutes Gen. c. 453 les personnes de la famille de Jacob. ^' ''7. Génuit séxdecim animas ^ il eut seize Ibid.v. 1?. en fans.
hlSynecdoquedanslenombre^
I20 La Synecdoque.
c'est lorsqu'on met un singulier pour un plurier , ou un plurier pour un singulier.
1. Le Germain révolté, c'est-à dire, les Germains , les Alemands , Vénemi 'vient à nous y c'est-à-dire , les énemis. Dans les historiens latins on trouve souvent pedes pour pédites ; le fantassin pour les fantassins , l'Infanterie.
2. Le plurier pour le singulier. Souvent dans le slyle sérieux on dit nous ,
Quod dutum an Hcu de je y et de même , // est *^/'^^^A'f.?*'^'<^''ï*^ dans les Prophètes, c'est-à-dire,
phetas. Matt. i i ' J r>
c, a, V. 23. dans un livre de quelqu un des Prophètes.
3. Un nombre certain pour un nombre incertain. // me Va dit dix fois ^ vingt fois j cent fois , mille fois ^ ^^^Qità-dire , plusieurs fois.
4. Souvent pour faire un compte rond, on ajoute ou l'on retranche ce qui empêche que le compte ne soit rond : ainsi , on dit la version des sep^ tante y au lieu de dire la version des soixante et douze interprètes , qui , selon les Pères de l'Eghse , traduisirent l'Ecriture Sainte en grec , à ]a prière de Ptolémée Philadelphe , Roi
d'Egypte,
La Synecdoque. 121 d'Egypte, environ trois cents aos avant J. C. Vous voyez que c'est toujours ou le plus pour le moins , ou au contraire le moins pour le plus.
ïv. La partie pour le tout, et
LE TOUT POU Pi LA PARTIE. Aînsî la
tcte se prend quelquefois pour tout l'home : c'est ainsi qu'on dit conuinénient , on a payé tant par tête , c'està-dire , tant par chaque persone ; une. tête si chère , c'est-à-dire , une persone si précieuse, si fort aimée.
Les Poètes disent après quelques moissons , quelques étés , quelques hivers , c'est-à-dire après quelques années.
L'onde , dont le sens propre , signifie une vague , un flot ; cependant les Poëtes prènent ce mot pour la mer , ou pour l'eau d'une rivière , ou pour la rivière même.
Vous juriez autrefois que cette onde rebèle Se feroit vers sa source une route nouvele, j^js j^^.j.^ j' Plutôt qu'on ne verroit votre coeur dégagé : se. 5. Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine: C'est le me me penchant qui toujours les eu-" traîne j -
122 La Synecdoque.
Leur cours ne change point, et vous avez changé.
Dans les Poètes latins , la poupe ou la proue d'un vaisseau se prénent pour tout le vaisseau. Ou dit en François cent v'oiles y pour dire cent vaisseaux j Tectum y le toit , se prend en Virg. ^Q, latin pour toute la maison : jEnéan in i, V. 635, régi a ducit tecta , elle mène Enée dans son palais.
La porte , et même le seuil de la porte , se prènent aussi en latin pour toute la maison , tout le palais , tout le temple. C'est peut-être par cette espèce de synecdoque qu'on peut doner un sens raisonable à ces vers de Virgile ;
^n. I. V. Tum forib us DivEB, média testûdine tem-
Sçpta armis; solioque aile subnixa resédit.
Si Didon êtoit assise à la porte du temple , fôribus Divœ ^ cornent pouvoit-elle être assise en même tems sous le milieu de la voûte , média testûdine ? C'est que ipar foribus Di^œ , il faut entendre d'abord eu général
La Synecdoque. 12 '5
le temple ; elle vint au temple , et se plaça sous la voûte.
Lorsqu'un citoyen romain étoit fait esclave , ses biens apparlen oient à ses héritiers ; njais s'il revenoit dans sa patrie , il rentroit dans la possession et jouissance de tous ses biens : ce droit , qui est ime espèce de droit de retour , s'apeloil en latin jus poselimmii ; de post, après , et de limen , le seuil de la porte , l'entrée.
Pone j par synecdoque et par antonomase , signifie aussi la cour du Grand - Seigneur , de l'Empereur Turc. On dit faire un traité avec la Porta, c'est-à-dire, avec la Cour Ottomane. C'est une façon de parler qui nous vient des Turcs , ils uoment Porte par excèlence la porte du sérail , c'est le palais du Sultan ou Empereur Turc , et ils entendent par ce mot , ce que nous apelons la Cour,
Nous disons il j a cent feux dans ce village ^ c^est - à - dire , cent familles.
On trouve aussi des noms de villes , de fleuves , ou de pays particuliers ,
12+ La Synecdoque,
pour des noms de proviDces et de nations. ^ Les Pélasi;iens , les Av* ^iens , ]es Doricns , peuples particu^ iiers de la Grèce , se prènent pour tous les Grecs , dans Virgile et dans les autres Poètes anciens.
On voit souvent dans les Poëtes le Tibre ^^ pour les Pvoniains : le Nil pour les Egvptiens; la Seine pour les François.
E iloau. Ciîaqne cl^ma^ produit des favoris de Mars, La Seine a des Bourbons, le Tibre a des Ce'sars
l'em, ^\i-You\eT aux pie's l'orgueil et du Tage et du
cours au Roi. j. o >~>
Tibre.
Par le Tage W entend les Espa^ gnoîs , le Tage est une des plus célèbres rivières d'Espagne.