DANS LES PAROLES
Les Rhéteurs parlent d'une figure ko,„o7h?x,V aoelée simplement Comunicalion ; commiinitds,
V t ^ ^', ' j * ^ participatio
cest lorsque 1 orateur s adressant agermonis, ceux à qui il pp.rle , 'paroît se comuniquer , s'ouvrir à eux , les prendre
l44 ^^ COMUNICATION, &C.
eux-mêmes pour juges ; par exemple :
Eji cjuoi vous ai'je doué lieu de vous plaindre ? Rêpondez-nioi , que pouvois' je faire de plus ? Qu auriez -vous fait à ma place? 6lc. En ce sens la comunicalion est une figure de pensée , et par conséquent elle nest pas de mon sujet.
La figure dont je veux parler est un trope , paj' lequel on fait tomber sur soi-même ou sur les autres, une partie de ce qu'on dit ; par exemple-, un maître dit quelquefois à ses disciples , nous perdons tout notre tems , au lieu de dire , vous ne faites que vous amuser. Qu avons-nous fait ? veut dire €n ces ocasions quai^ez-vous fait ? ainsi nous dans ces exemples n'est pas le sens propre , il ne renferme point celui qui parle. On ménage par ces expressions Tamour-propre de ceux à qui on adresse la parole, en paroissant partager avec eux le blâme de ce qu'on leur reproche ; la remonlrance étant moins personèle , et paroissant comprendre celui qui la fait , en est moins aigre , et devient souvent plus utile.
Les
La CoMUNiCATioiv , &c. 145 Les louaDges qu'on se done blessent toujours l'amour-propre de ceux à qui l'on parle. 11 y a plus de modestie à s'énoncer d'une manière qui fasse retomber sur d'autres une partie du bien qu'on veut dire do soi: ainsi un capitaine dit quelquefois que sa compagnie a fait telle ou telle action , plutôt que d'en faire retomber la gloire sur sa seule persone.
On peut regarder cette figure corne une espèce pariiculièrede synecdoque, puisqu'on dit le plus pour tourner l'atention au moins.
AlTOTHÇ , à
AjtÔç , sim-
La Litote.
1j a Litote ou diminution , est un trope par lequel on se sert de mots ^' qui, a la lettre, paroissent afoiblir viUs. une pense'e dont on sait bien que les idées accessoires feront sentir toute la force ion dit le moins par modestie ou par égard ; mais on sait bien que ce moins réveillera l'idée du plus.
ï/fi La Litote.
Quand Chimcne dit à Rodrigue , Corn. le^^ • ^^^ ^^ ^^^^-^ point, elle lui fait
C!d,act. lii. ^ ^ T 1 • , ^ ^ i,
se. 4. enienclre bien plus que ces piois la. ne
signifient dans leur sens propre.
Il en est de même de ces façons de parler , je ne puis vous louer, c'està-dire , je blâme votre conduite : je ne méprise pas vos présens , signifie que j'en fais beaucoup de cas : il n'est pas sot , \ut dire qu'il a plus d'esprit que vous ne croyez : il iiest pas poltron , fau entendre qu'il a du courage:
Pjthagore n'est pas un auteur mépnsable ^ j c'est-à-dire , que Pythagore est un auteur qui mérite d'être estimé. Je ne suis pas di forme ^* , veut dire modestement qu'on est bien fait , ou du moins qu'on le croit ainsi.
Onâipèle aussi cette figure exténuation : elle est dÎDOsée à Thyperbole.
* Non s6rdiclus autor natûrae verique. Hor. 1. i.od. 28.
** Nec sum âdeù informis. Virg. Ecl. 2,
JLjorsque nous somes vivement t^scCoa»
frapés de quelque idée que nous vou-^^;^^*:5^°'^^ Ions représenter, et que les termes ordinaires nous paroissent trop foibles pour exprimer ce que nous voulons dire , nous nous servons de mots , qui , à les prendre à la lettre , vont au-delà de la vérité , et représentent le plus ou le moins pour faire entendre quelque excès en grand ou en petit. Ceux qui nous entendent rabàlent de notre expression ce qu'il en faut rabatre , et il se forme dans leur esprit une idée plus conforme à celle que nous vo-ulons y exciter, que si nous nous étions servis de mots propres : par exemple , si nous voulons , faire comprendre la légèreté d'un cheval qui court extrêmement vite , nous disons qu'zV im plus vite que le vent. Celle figure s'apèle hyperbole, mot grec qui signifie excès.
j43 L' Hyperbole.
Julius Sollnus dît qu'un certain Lada éroit d'une si grande légèreté , qu'il - ne laissoit sur le sable aucun vestige de ses pies *.
Virgile dit de la princesse Camille, qu'elle surpassoit les vents à la course; et qu'elle eût couru sur des épis de blé sans les faire plier, ou sur les flots de la mer sans y enfoncer, et même sans se mouiller la plante des pies ^^ .
Au contraire , si l'on veut faire entendre qu'une persone marche avec une extrême lenteur , on dit qu'elle marche plus lentement qu'une tortue.
Êducamvos II y a plusieurs hyperboles dans fluéntemiaT- l'Ecriture Sainte; par exemple. Je te et melie. >^qiis douerai une terre oiï coulent des
Exod. c, 3,
* Priraara palmam velocitâtis, Ladas quidam adéptus est , qui ita supra cavum pùlverem cursitâvit , ut arénis pendéntibus nulla indicia relînqueret vestigi6rum. Jul. Solin. c. 6.
** nia vel intJGtae ségetis per summa vo-»
Uret Gr^mina^nec ténerascursu lassisset aristas, Vel mare per médium fluctu suspënsa tu-
menti Ferret iter, eéleres uec tingeret aequore plantas. jEn. 1. vii.v. 8o8.
L^HVPEKBOLE. 149
tuisseaiLX de lait cl de miel ; c'est-àdire , une terre fertile : et 'dans la Genèse il est dit , Je multiplierai tes Faciam seenfans en aussi artmd nombre, que les^^^^ *^^'^«îi grains de poussière de la terre. z>, Jean , rem tenae. à la fin de son Evangile * , dit que ^^''"- *^' ^^* SI 1 on racontoit en aélail les actions et les miracles de Jesus-Christ , il ne croit pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on en pouroit faire .
L'hyperbole est ordinaire aux Orientaux. Les jeunes gens en font plus souvent usage que les persones avancées en àiie. On doit en user sobrement et avec quelque corectir ; par exemple, en ii\o\x\^ViXy pour ainsi dire; si Von peut parler ainsi.
(c Les esprits vifs , pleins de feu , Caract. des
•> ^ ' ' r . ouvrages d«
)) et qu une vaste miagmat ion emporte jesprit. » hors des règles et de la justesse , ne y^ y^. )) peuvent s'assouvir d'hyperboles » , • :-^-€f..-ÙXé dit M. de la Bruyère.
Excepté quelques façons de parler
*Siint autcm et ^lia muUaqiige fecit Jésus , quae si scribintur per si'ngula , nec ipsum arbitrer muiulum câpeie posse eos, qui scribéndi sunt libros. Joan. xxi. v. 25.
i5o L' Hyperbole.
comunes et proverbiales , nous «sons irès-rarenientcriiyperboles en français.
On en trouve quelques exemples clans le style saliriqiîe t!et^j^^^ et quelquefois même dans le style sublime Fléchier. et poétique : Des ruisseaux de larmes r.èbre"'de m' couUveut cles jeux de tous les lialHtans, de Turene, (( Lcs Crecs ^ avoieut une grande ^°^ ^" )) passion pour l'hyperbole , corne on i) le peut voir dans leur Anthologie , )) qui en est toute renqiiie. Cette fi- )) gure estlaressource des petits esprits )) qui écrivent pour le bas peuple.
Boil. Art Juvénal élevé dans les cris de l'école, tbant 2. ' Poussajusqu'à l'excès sa mordante hyperbole.
» Mais quand on a du génie et de » l'usage du monde , £)n ne se sent ». guère de goût pour ces sortes de )) pensées fausses et outrées».
* Traité de la vraie et de la fausse beauté dans les ouvrages d'esprit. C'est une traduction que Ricbelet nous a doriee de la dissertation que Messieurs de P. R. ont mise à la tête de leur Deléctus Epigrdrnmatum.
L' II Y P O T Y P O s E . I 5 1
JL' H Y P O T Y P O S E est LUI mOt grec 'T^cr.VfJTt ; ;
qui signifie imas^e , tableau. C'est lors- t\xcrnyinr. que dans les descriptions on peint ies deUnco: i)^o, faits dont on parle , confe si ce cru'on ^"'^ • ^'^^-«' dit etoit actueleraent devant les yeux ; onmont]*e, pour ainsi dire , ce qu'on ne fait que raconter ; on donc en quelque sorte foriginal pour la copie , les objets pour les tableaux : vous en trouverez un bel exemple dans le re'cit de la mort d'Iiippolyte.
Cependant sur le ilos de la plaine liquide , Rac. Phèdre,
S'élève à gros bouillons une montagne hu- '^*" «v. s-. . mide ;
li'onde ap roche , se brise, et vomit à nos yeux
Parmi les flots d'écume, un monstre furieux; '
Son front large est armé de cornes menaçantes , I
Tout son carps est couvert d'écailles jaunis- ^âJ2^Ay^ santés j
i52 L'Hypotypose.
Indomtable taureau , dragon impétueux y ^uJU^ - ^^ croule se recourbe en replis tortueux; OtC/é^^îjQ^ , S^s longs mugissemens font trembler le ri- ^ -^ vage ;
Le ciel avec horreurvoit ce monstre sauvage, . , lia terre s'en ëmeut, l'air en est infecté ,
'^^ ^ Xe flot qui l'aporta recule épouvanté.
Ce dernier vers a paru afeclé \ on a dit que les flots de la mer aloient et venoient sans le motif de l'épouvante , et que dans une ocasion aussi triste que celle de la mort "d'un fils , il ne convenoit point de hadiner avec une fiction aussi peu naturèle. Il est vrai que nous avons plusieurs exemples cFune semblable prosoposée ; mais il est mieux de n'en faire usage i^e dans les ocasions où il ne s'agit que ^l'âmu^er J'ioia^iliaikm , et non quand il faut toucher le cœur. Les figures qui plaisent dans un épithalame , déplaisent dans une oraison funèbre; la tristesse doit parler simplement , si Hor. Art elle veut nous intéresser : mais reve-
Poét. V. Q7. > Tl
^ ^ nous a 1 hypotypose.
Remarquez que tous les verbes de celte narration sont au présent ; \onde
aproche, se brise , &c. c'est ce qui fait riiypolypose , rimage , la pelnlui e ; il semble que raction se passe sous vos
M. l'Abé Séguij dans son panégyrique de S. Louis , prononcé en présence de l'Académie française , nous fournit un bel exemple d'hypotypose , dans la description qu'il fait du départ de S. Louis , du voyage de ce prince , et de son Privée en Afrique.
(( Il part baigné de pleurs , et coni- Panég, de )) blé des bénédictions de son peuple : ^7^^°"pV aT )) déjà gémissent les ondes sous le » poids de sa puissante fiole ; déjà )) s'ofreut à ses yeux les côtes d'Afri- » que ; déjà sont rangées en bataille » les innombrables troupes des Sara- » sins. Ciel et terre , soyez témoins » des prodiges de sa valeur. Il se jette » avec précipitation dans les flots , » suivi de son armée que son exemple )) encourage , malgré les cris éfroya- » blés de Pénemi furieux , au milieu » des vagues et d'une grêle de dards » qui le couvrent : il s'avance come )) un géant vers les champs où la )) victoire l'apèle : il prend terre , il ')^^^?«-^
» aborde,ilpéiièlrelcs bataillons épais » des barbares ; et couvert du bouclier » invisible du Dieu qui fait vivre et )) qui fait mourir, frapant d'un bras » puissant à droite et à gaucbe j écar- / ' » tant la mort , et la renvoyant à
' ' )) 1 enemi ; il semble encore se multi- ); plier dans cliacunde ses soldats. La )} terreur que les infidèles croy oient )) porter dans les cœurs des siens , )) s empare d'eux-mêmes. Le Sarasin
i^%..vf ^^ éj)erdu,le blaspbème à la bouche / )} le désespoir dans le cœur, fuit , et )) lui abandon e le ri\;age » .
Je ne mets ici cette figure au rang des tropes , que parce qu'il y a quelque sorte de trope à parler du passé corne s'il étoit présent ; car d'ailleurs les mots qui sont employés dans cette figure , conservent leur signification propre. De plus, elle est si ordinaire, que j'ai cru qu'il n'étoit pas inutile de la remarquer ici.
La m l t a p ti o r e.
La Métaphore.
JLa Métaphore est une figure par M«Tît;o^«
, ,, ^ ^ s , tranililio ;
laquelle on transporte, pour amsi mj-i^^i^ a, , dire , la signification propre d'un nom transtero. à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une comparaison qui est dans T esprit. Un lÂot pris dans un sens métaphorique , perd sa signification propre , et en prend une nouvèle qui ne se présente à l'esprit que par la comparaison que l'on fait entre le sens propre de ce mot , et ce qu'on lui compare : par exemple , quand on dit que le niensouge se pare souvent des couleurs de la "vérité, en cette phrase , couleurs n'a plus sa signification propre et primitive : ce mot ne marque plus cette lumière modifiée qui nous fait voir les objeis ou blancs, ou rouges, ou jaunes , &c : il siiJfuifie les dehors , les (jparences ; et C(?ia par comparaison entre le sens propre de couleurs , et
1 56 La Métaphore.
les dehors que prend un hoîiie qui nous en impose sous le masque de la sincérité. Les couleurs font conoî- Ire les objets sensibles , elles en font voir les dehors et les aparences : un lionie qui ment , imite quelquefois si bien la contenance et les discours de celui qui ne ment pas , que lui trouvant les mêmes dehors , et pour ainsi dire les mêmes couleurs , nous croyons qu'il nous dit la vérité :
ain^ come nous jugeons qu'un objet qui nous, paroît blanc est blanc , de même nous somes souvent la dupe d'une sincérité aparente , et dans le tems qu'un imposteur ne fait que prendre les dehors d'home sincère , nous croyons qu'il nous parle sincèrement.
Quand on dit la lumière de l esprit , ce mot de lumière est pris métaphoriquement -, car come la lumière dans le sens p opre nous fait voir les objets corporels , de même la faculté de conoître et d'apercevoir éclaire l'esprit, et le met en état de porter des jugemens sains.
Mciaphoram t^ métaphore est donc une espèce
quam Grceci ^1 a
La Métaphore. iSj de Irope ^ le mot dont on se sert vocant , nos dans la me'taphore est pris dans un *'^^^^^'^S^"' »
r^ 1 id est , domo
autre sens que dans le sens propre ; mutuâtum il est, pour ainsi dire, dans une de-V^^""^ f^ meure empruntée y dit un ancien : ce quit Verrius. qui est comun et essentiel à tous ^es ^"^{"^^l'^^ iropes.
De plus , il y a une sorte de comparaison ou quelque raport équivalent entre le mot auquel on done un sens métaphorique , et l'objet à quoi on veut l'apliquer ; par exemple , quand on dit d'un bonïb en colère , c'est un lion y lion est pris alors dans un sens métaphorique ; on compare riiome en colère au lion , et voilà ce qui distingue la métaphore des autres figures.
Il y a cette diférence entre la métaphore et la comparaison , que dans la comparaison on se sert de termes qui font conoîlre que l'on compare une chose à ime autre ; par exemple 5 si Ton dit d'un home en colère , qu'iZ-e^t corne un lion , c'est une comparaison ; mais quand on dit vsimplement c'est un lion , la comparaison n'est alors que dans resprit et non
i5S La Meta pu o re.
dans les lernies ; c'est une meiaphoie.
Mesurer^ dans le sens propre , c'est juger d'une quantité inconue par une quantité conue , soit par le secours du compas , de la règle , ou de quelqu'autre instrument qu'on apèle mesure. Ceux qui prèiient bien toutes leurs précautions pour ariver à leurs fins , sont comparés à ceux qui mesurent quelque quantité ; ainsi on dit par métaphore j qu'zYj ont -bien pris' leurs mesures. Par la même raison on dit que les persones d'une condition médiocre ne doivent pas se mesurer avec les grands ^ c'est-à-dire , vivre come les grands , se comparer à eux , con^e on compare une mesure avec ce qu'on veut mesurer. Oji doit mesuT'er sa dépense à son revenu ^ c està-dire qu'il faut régler sa dépense sur son revenu ; la quantité du revenu doit éue come la mesure de la quantité de la dépense.
Come une clé ouvi^ la porte él'un apartement , et nous en doue l'entrée, de même il y a des conoissances préliminaires qiii ouvrent , pour
La ]\r é t a p II o r e . 1 09
ainsi dire , ] 'entrée aux sciences plus profondes : ces conoissances ou principes sont.apelés des par métaphore :
la Grammaire est la clè des sciences ; la Lotjiquc est la clé de la Philosophie.
On dit aussi d'une ville fortifiée , qui est sur une frontière , qu'elle est la clé du royaume , c'esî-à-dire , que l'énemiqui se rendroit maître de cette ville , seroit à portée d'entrer ensuite avec moins de peïïieTTans le royaume dont on parle. -/>:/
Par la même raison l'on done le nom de clé ^ en termes de musique , à certaines marques ou caractères que l'on met au comencement des lignes de musique : ces marques font conoître le nom que l'on doit douer aux notes ; elles douent, pour ainsi dire^ l'entrée du chanjy. .
Quand les métaphores sont régulières , il n'est pas dificile de trouver le raport de comparaison.
La métaphore est donc aussi étendue que la comparaison ; et lorsque la conîparaison ne seroit pas juste ou seroit trop recherchée , la
i6o La Métaphore.
métaphore ne seroit pas régulière.
Nous avons déjà remarqué que les langues n'ont pas autant de mots que nous avons d'idées ; cette disèie de mots a doné lieu à plusieurs métaphores ; par exemple : le cœur tendre, le cœur dur, un rayon de miel , les rayons d'une roue , &c : l'imagination vient , pour ainsi dire , au secours de cette disète ; elle suplée par les images et les idées accessoires aux mots que la langue ne peut lui' fournir ; et il arive même , corne nous l'avons déjà dit , que ces images et ces idées accessoires ocupent l'esprit plus agréablement que si l'on se servoil de mots propres, et qu'elles rendent le discours plus énergique ; par exemple, quand on dit d'un home endormi , qu'i/ est enseveli dans le someilj cette métaphore dit plus que si l'on disoit simplement qu'il dort :
Les Grecs surprirent Troie ensevelie dans le vin et dans le someil.
Vîrg. JEn. i, Invâdunt urbem somno vincjqne sep lUam.
Remarquez , i°. que dans cet exemple , sepûltam a un sens tout nou-
La Métaphore. i6t
veau et diféreiit de son sens propre.
2®. Sepûltam n'a ce nouvciau sens, que parce qu'il est joint à somno vi' ■
nôque, avec lesquels il ne sauroit cire ^^^rc-^^^^ uni dans le sens propre ; car ce n'est î que par une nouvèle union des 1er- ; mes , que les mots se douent le sens i métaphorique. Lumière n'est uni , | dans le sens propre , qu'avec le feu , , le soleil et les autres objets lumi- \ neux ; celui qui le premier a juni lumière à esprit , a doué à lumière un sens métaphorique , et en a fait un mot nouveau par ce nouveau sens.
Je voudrois que l'on pût doner celte interprétation à ces paroles d'Horace ;
Dixeris esrédè , notum si cillida verbum Hor. Ait.
nr, ni,-. . . > Poa. V. 47.
Reddiderit junctura novum.
La métaphore est très - ordinaire ; en voici encore quelques exemples.
On dit dans le sens propre , s'enivrer de quelque liqueur ; et l'on dit par métaphore , s' enivrer de plaisir: la hone fortune enii^re les sots y c'est-à-dire, qu'elle leur fait perdre la raison , et leur fait oublier leur premier état.
l62 L A M É T A P II O R E.
Bail. Art Ne vous enivrez point des éloges flateurs Poét. chant ^ , i • j •