TROISIÈME PARTIE
Des autres sens dans lesquels un même mot peut être employé dans le discours .
Outre les Tropes dont nous venons de parler , et dont les Grammairiens et les Rhéteurs traitent ordinairement , il y a encore d'autres sens dans lesquels les mots peuvent être employés , et ces sens sont la plupart autant d'autres diférentes sor-' tes de tropes : il me paroît qu'il est très-utile de les conoître pour mettre de l'ordre dans les pensées , pour reSàdre raison du discours , et pour bien entendre les auteurs. C'est ce qui va faire la matière de cette troisième partie.
264 SUB-STATCTIFS
Substantifs pris adjectivement , Adjec^ tifs pris substantivement y Substantifs et Adjectifs pris adverbialement.
Un nom substantif se prend quelquefois adjectivement , c'est-à dire , dans le sens d'un atribut ; par exemple : Un père est toujours père ^ cela veut dire qu'un père est toujours tendre pour ses enfans , et que. malgré les mauvais procédés , il a toujours des sentimens de père à leur égard ; alors ces substantifs se construisent corne de véritables adjectifs. « Dieu )) est notre ressource , notre lumi|- » re , notre vie , notre soutien , » notre tout. L'bome n'est qu'un » néant. Etes - vous Prince ? Etes- » vous Roi ? Etes -vous Avocat ? »
Alors Prince , Roi , Avocat , sont adjectifs.
Cette remarque sert à décider la question que font les Grammairiens ,
savoir
PRIS ADJECTIVEMENT, &c. 205 savoir si ces mots Boi , Reine , Père , Mère , &c. sont substantifs ou adjectifs, ils sont l'un et l'autre, suivant l'usage qu'on en fait. Quand ils sont le sujet de la proposition, ils sont pris substantivement ; quand ils sont l'atribut de la proposition , ils sont pris adjectivement. Quand je dis le Roi aime le peuple, la Reine a de la piété : Roi, Reine, sont des substantifs qui marquent un tel Roi et une telle Reine en particulier ; ou come parlent les Philosophes , ces mots marquent alors un individu qui est le Roi : mais quand je dis que Louis quinze est Roi , Roi est pris alors adjectivement ; je dis de Louis qu'il est revêtu de la puissance rovale.
Il y a quelques noms substantifs latins qui sont quelquefois pris adjectivement , par me'tonymie , par synecdoque ou par antonomase. Scelus , crime, se dit d'un scélérat, d'un home qui est, pour ainsi dire, le crime même : Scelus quemnam hic lau~ * Ter. And. dat? ^ Le scélérat de qui parle-t-il ? ^^*- ^' ^^- -- Ubi illic est scelus qui me perdidit? ^"^ '^' *V u, ^^^ Ou est ce scélérat qui m a perdu , où^''^- ^- ^- ^•
266 Substantifs
vous voyez que scelus se construit avec iliic qui est un masculin ; car selon les anciens Grammairiens , on disoit autrefois illic , illœc , illuc , au lieu cIq llle , illa , illud : la construction s^ fait alors selon le sens, c'est-à-dire, par raport à la persone dont on parle , et non selon le mot qui est neutre.
^ Carcer y prison , se dit aussi par métonymie , de celui qui mérite la Tdr. Phorm. prison. Ain tandem carcer ? Q\xe dis-tu-, act. 2. se. 3. j^jg}[jgypeu5^ ? C'est peut-être dans le même sens qu'Enée , dans Virgile , ^a. a. V. 65. parlant des Grecs à l'ocasion de la tiA-éiAn^ Iburberie de Sinon ^ dit , et crîmine -T • ^ . I ah iino disce ovines. Ce que nous ne ^ î I saurions rendre en françois en conser-
vant le même tour , un seul fourbe , j une seule de leurs fourberies , vous fera I conohre le caractère de tous les Grecs»
phojm.act. Xérence a dit unum cognôris , omnes
a. iC. 1. V. 35. yf .
noris.
Nox-a ^ œ, est un substantif, qui
dans le sens propre signifie faute ,
peine , domage , de nocére. Il est dit
dans les Instituts de Justinien , que ce
Trst t 1. ?. mot se prend aussi pour l'esclave même
Tii. t.§. i. qui a fait le domage. rfoxa autem est
PRIS ADJECTIVEMENT, &C. 26j
ipsiim coj'pus qiiod jiôcuit, id est y serons (^nôxius.) Ce mot n'est pourtant pas (l'un usage ordinaire en ce sens dans la langue latine.
Un adjectif se prend aussi quelquefois substantivement; c'est-à-dire, qu'un mot qui est ordinairement atribut, est quelquefois sujet dans une proposition ; ce qui ne peut ariver que parce qu'il y a alors quelqu'autre nom sous-entendu qui est dans Vespm ; par exemple : le a)rai persuade^ c'est-à-dire 5* ce qui est vrai , Y être vrai y ou la vérité. Le tout-puis^ sant vengera les foibles qu'on oprime , e'est-à-dire , Dieu , qui est tout-puissaut, vengera les homes foibles.
Nous avons vu dans les préliminaires de la syntaxe , que l'adverbe est un mot qui renferme la préposition et le nom qui la détermine. La préposition marque une circonstance générale , qui est ensuite déterminée par îe nom qui suit la préposition selon Fordre des idées : or l'adverbe renfermant la préposition et le nom , il marque une circonstance particulière du sujet , ou de Fatribut de la proposi-
26S Substantifs lion : sapienter , avec sag( jugement ; sœpè , souvent , en plusieurs ocasions ; iihi, où , en quel lieu , en quel endroit ; ibi j là , en cet endroit là.
Il va quelques noms substantifs qui sont pris adverbialement, c'est-à-dire , qu'ils n'entrent dans une proposition que pour marquer une circonstance du sujet ou de l'atribut , en vertu de quelque préposition sous-entendue ; .
par exemple : domi , à la maison , Ter. And. au lieu de la demeure. Videt nûvtias
act. 3. se. £. 7 . / • n '^ > '
y 3^^ domi apparan y elle voit qu on se pré-
pare chez nous à la noce ; dormi marque la circonstance du lieu où l'on se préparoit à la noce ; on sous-entend , in œdibus domi , dans les appartemens de la maison , de la demeure ; ou bien Plante, Ca-iTz dliquo loco domi. Plante a exprimé lc\l\!^z\.''' ^^^^ '' omnes domi per œdes , de chambre en chambre , d'apartement en apartement.
Cic. de offic. Quand domi est opposé à helli ou 1. s. n. ^^- niilitiœ , on sous-entend in rehus : Ciceron 1 a exprmie , quihuscumque rébus vel belli , vel domi; alors domi se prend pour la patrie ^ la ville ^ et selon