PRIS ADJECTIVEMENT, Ô'C
notre manière de parler, pour la pair , le temps de la paix. Nous avons parlé ailleurs de ces sortes d'ellipses.
Oppido se prend aussi adverbialement , corne nous l'avons remarqué plus haut. Quand on sait une fois la P^g. 49raison des terminaisons de ces mots , on peut se contenter de dire que ce sont des substantifs pris adverbialement.
Les adjectifs se prènent aussi fort souvent adverbialement , come je l'ai remarqué en parlant des adverbes ; par exemple : parler haut y parler bas , parler grec et latin, grœcè et latine loqui ; penser juste , sentir bon , sentir mauvais , marcher vite , voir clair , f râper fort j Scc,
Ces adjectifs sont alors au neutre ; et c'est une imitation des Latins :
Transuersa tuéntibus hircis ; hircis tuén- Virg. Eg 5 tibus ad negôtia transvérsa. Recens est ^' ^* très-usité dans les bons auteurs, au lieu de recénter, qui ne se trouve que dans les auteurs de la moyène latinité : Sole recens orto : Puerum recens Virg. Geor, natuin reperire, * Dans des ocasions il ^' ^*p,^^' faut sous-entendre la préposition ad , Ciste). i,\, ou jiixta, ou in i juxta recens negà-'^^'
:irjo Su B 5 TA N T I FS, 6'C.
tiiim, ou tempus y come nous disons , à la françoise y à la mode ^ à la rent^erse, à t improviste , à la traverse, &c. Horace a dit ad plénum pour plejiè , pleinement , abondamment , à plein :
h.l. Ode 17 < majidbit ad plénum. On trouve aussi Hor.i.a.ode .^ ^^^^ ^^ ^^^^^ -^ prœseus ânimis :
* Hor. 1. 3. Jadis in altum môlibus, ^
Ode 1. V, 34.
** Ovid. j^^ij. jj^ imménsum fœcunda licéntia va-*
Ainor. l- ^'
Eli g. 12. V. tum. '^'*"
§ jugurt. Ainsi quand Saluste a dit , moTu
• ab fin. ,7. /T •! /» ^
immensum éditas ^ § il faut sous-entendre in; et avec ces adjectifs On sous- entend un mot générique , negô" tiunij spdtiunij tempus , œvum , &c.
Sens déterminé, Sens indéterminé.
Chaque mot a une certaine signification dans le discours ; autrement il ne signifieroit rien : mais ce sens y quoique déterminé , ne marque pas toujours précisément un tel indi-
Sens d é t e p. ii i n é , &c. 2^1
Vidu , un tel parliculier : ainsi on apèle sens indéterminé y ou indéfuii , celui qui marque une idée vague , une pensée générale , qu'on ne l'ait point tomber sur un objet particulier ; par exemple : on croit y on dit; ces termes ne désignent persone en particulier qui croie ou qui dise ; c'est le sens indéterminé , c'est-à-dire , que ces mots ne marquent point un tel particulier de qui l'on dise quï7 croit, ou qu il dit.
Au contraire , le sens déterminé tombe sur un objet parliculier; il désigne une ou plusieurs persones , une ou plusieurs choses , come les Cartesicjis croient que les animaux sont des machines : Cicéron dit dans ses O/i- ] ces y que la hone foi est le lien de la"^'^' société.
On peut raporter ici le sens éteridii et le sens étroit. Il y a bien des propositions qui sont vraies dans un sens étendu, latè , et fausses lorsque les mots en sont pris à la rigueur, stricte : nous en donnerons des exemples en parlant du sens litéral.
^72 Sens Actif,
Sens Actif, Sens Passif, Sens Neutre.
Actif vient de dgere , pousser ^ agir , faire. Un mot est pris dans un sens actif, quand il marque que l'objet qu'il e:xprime, ou dont il est dit , fait une action , ou qu'il a un sentiment, une sensation.
Il faut remarquer qu'il y a des actions et des sentimens qui passent sur un objet qui en est le terme. Les Philosophes apèlent patient , ce qui reçoit l'action d'un autre ; ce qui est le terme ou l'ohjet du sentiment d'un autre. Ainsi patient ne veut pas dire ici celui qui ressent de la douleur ; mais ce qui est le terme d'une action ou d'un sentiment. Pieire hat Paul ^ hat est pris dans un sens actif^ puisqu'il marque une action que je dis que Pierre fait , et cette action a Paul pour objet ou pour patient. Le Roi aime le peuple; aime est aussi dans uu
Sens Passif, &c, 27^ sens actif, et le peuple est le terme ou l'objet de ce sentiment.
Un mot est pris dans un sens passif, quand il marque que le sujet de la proposition , ou ce dont on parle , est le terme ou le patient de l'action d'un autre. Paul est batu par Pierre; hatu est un terme passif : je juge de Paul qu'il est le terme de l'action de batre.
Je ne sois point bâtant , de penr d'être batu. '^oMhre ,
Cocu imag.
Bâtant est actif, et hatu est passif. "" ^^'^*-
Il y a des mots qui marquent de simples propriétés ou manières d'être , de simples situations , et même des actions , mais qui n'out point de patient ou d'objet qui en sont le terme ', c'est ce qu'on apéle le sens neutre. Neutre veut dire ni l'un ni Vautre ; c'est-a-dire, ni actif ni passif.
Un verbe qui ne marque ni action qui ait un patient , ni une passion , c'est-à-dire , qui ne marque pas que l'objet dont on parle soit le terme d'une action , ce verbe , dis-je , n'est ni actif, ni passif; et par conséquent il est apelé neutre,
^niûre y aimer , chérir; diligerc , avoir de l'aniitié , de l'alection , sont des verbes actifs , ^mdri , cire aimé , être chéri ; diligi ^ être celui pour qui l'on a de l'amitié, sont des verbes passifs : mais sedêre , être assis , est un verbe neutre ; ardêre , être alhimé , être ardent , est aussi un verbe neutre. Souvent les verbes actifs se prènent dans un sens neutre , et quelquefois les verbes neutres se prènent dans un sens actif; écrire une lettre , est un sensactif; mais quand on demande, Que fait Monsieur ? et qu'on répond , il écrit y il dort , il chante , il danse ; tous ces verbes-là sont pris alors dans
Virg, ^^n. m-i sens ncutrc. Quand Virgile dit que Turnus entra dans un emportement que rien ne put apaiser, implacahilis ardet : ardet est alors im verbe neutre : mais quand le même Poëte , pour dire que Coridon aimoit Alexis éperdument , se sert de cette expression ,
Ec. 2. V. 1. £f^f'lclon ardébat Aléxin , alors ardéhat est pris dans un sens actif, quoiqu'on puisse dire aussi ardéhat kxtÀ Aléxin ^ brûloit pour Alexis.
Re^iiescere y se reposer , être oisif ^
Sens Passif, &c, 2j5 èive en repos , est un verbe neiure.
Virgile l'a pris dans un sens actif, lorsqu'il a dit :
Et mutâta suos requiérunt flùtnina cursus. E'-- ^- v.
Les fleuves cliangos , c'est-à-dire, contre leur usage , contre leur nature, arrêtèrent le cours de leurs eaux , rc" tiiméimit suos cursus,
Simon , dans l'Audriène , rapèle k Sosie les bienfaits dont il l'a comble : « Me remettre ainsi vos bienfaits de~ » vaut les yeux , lui dit Sosie , «'est » me reproclier que je les ai oubliés. » Istœc commemoràtio , quasi exprohd- Ter, AaJ. lio est immémoris henefîcii. Les Inier-''^^' '• ^"» *prêtes dacord entre eux pour le fonds ^' '^' de la pense'e , ne le sont pas pour le sens à'immémoris : se doit-il prendre dans un sens actif, ou dans un sens passif? Madame Dacier dit que ce mot peut être expliqué des deux manières ; crprobrâtio mei immémoris , et alors immémoris est actif; ou bien , exprohdtio heneficii immémoris , le reproche d'un bienfait oublié; et alqrs immémoris est passif. Selon cette explication , quand immémor veut dire
2jG Sens Actif,
celui qui oublie , il est pris dans uu sens actif; au lieu que quand il signifie ce qui est oublié , il est dans un sens passif , du moins par raport à notre manière de traduire.
Mais ne pouroit-on pas ajouter qu^en latin immémor veut dire souvent qui 11 est pas demeuré dans la menioire ? Tacite a dit , immémor bene- . ficium , un bienfait qui n'est pas demeuré dans la mémoire , ou selon notre manière de T)enser , un bienfait ♦ Horace, oublié. Horacc ^ a dit memor nota y