‹ Les Tropes de DumarsaisChapitre 46 sur 57 · i.Od. x3 • î · texte numérisé non relu

i.Od. x3 • î

une marque qui dure long-tems , qui ** iEn. j. fait ressouvenir.'*"* Virgile a dit dans ^* le même sens memor ira , une colère

qui demeure long-tems dans le cœur, ainsi immémoris seroit dans un sens neutre en latin.

Que fait monsieur? Il joue : jouer est pris alors dans un sens neutre .mais quand on dit , il joue gros jeu; il joue est pris dans un sens actif, et gros jeu est le régime de il joue.

Danser est un verbe neutre ; mais lorsqu'on dit , danser une courante , danser un menuet; danser est alors un verbe actif

Sens Passif, &i

Les Latins ont fait le même usage de saltdre y qui répond à danser. Saluste a dit de Sempronia , qu'elle savoit mieux chanter et danser qu'une honéte femme ne doit le savoir , Psdl- Saiiust. Catil. 1ère et saltdre elegdntius , quam necesse est prohœ : ( supple ) docta erat KciTctpsdllere et saltdre; saltdre est pris alors dans un sens neutre : mais lorsqu'Horace a dit Saltdre Cjclôpa, dan- Hor. 1. 3. ser le Cyclope ; saltdre est pris alors ^^** ^' "" ^^' dans un sens actif. « Les Grecs et les Remaxq. » Latins, dit Monsieur Dacier, ont^^^^* » dit danser le Cjclope, danser Glau- » eus y danser Ganiniède , Léda ^ Eu- }) rope y c\C, )) c'est-à-dire , représenter en dansant les aventures du Cyclopé , de Glaucus, &c.

Le même poëte a dit * Fûsius ébrius * "o^- ^- =• lllionam edôjmit ^ le comédien Fûsius , en représentant llione endormie , s'endort lui-même come un home yvre qui cuve son vin. Térence a . * * Ter. dit ^^ ed<)miiscam hoc uilli ^ je cuverai s^^a.'v^.^^'i.^' mon vin : et PJaute , **^ edonniscani ***Picut. hanc crdpulam , et dans l'Amphitrion .c!^ 7. T. sj. il a dit, §. edcnniscat luium somnum ^ §■ ^d. Amph. corne aous disons domiir un some. y%^' ^^' '*'

27B Sens Actif, &c.

Vous voyez que dans ces exemples , edoiinire et edormiscere se prènent dans un sens actif.

Cette remarque sert à expliquer ces façons de parler itur y favétw^ ^ &c.

ces verbes neutres se prènent alors en latin dans un sens passif, et marquent que l'action qu'ils signifient est faite ; iferitury l'action d'aler se fait. Voyez ce que nous en avons dit dans la svntaxe : l'action que le verbe signifie , sert alors de nominatif au verbe mê-r me , selon la remarque des anciens Grammairiens ^,

^ Ut cûrritur à ine, "pro curro ; vcl statur à te , pro stas : sedètur ah illo , pro sedet ille : in eis potest ipsa res intëlligi voce passi'va ; ut cûrritur cursus, hellàtur hélium, Prisciànus j lib. xvii. c. de Pronumiiium constructione.

Et Kossius s'exprime en ces termes , vcrba accusatîvum habent siiEe on'ginis vel cognatas significationis : prions géneris apud Térentium est lûdere ludum. Eun. act. 3. se. 5. V. 59. Ap\xà.M2iY6wem. fûrere furôrem. ^En. 1. 12. V. 680, Donàtiis Arcliaismum vocat, niallem Atticismum di'xisset.... quia sic iocûtos constat, non eos modo qui dësila et obsoléta amant, sed optimos quosque optimi îevi scriptores , &c. Vossius de Constructione, pag. 403.

Sens Absolu, <Sc. :27g

Sens Ai^solu, Sens Relatif.

U zs" mot est pris clans un sens absolu , lorsqu'il exprime une chose conside'ree eu elle-même sans aucun raport à une autre. Absolu vient d'^^solûtiis , qui veut dire achevé, acompli , qui ne demande rien davantage ; par exemple , quand je dis que le soleil est lumineux , cette expression est dans un sens absolu ; celui à qui je parle n'atend rien de plus , par raport au sens de cette phrase.

Mais si je disois que le soleil est plus grand que la terre , alors je cou- ^idérerois le soleil par raport à la terre , ce seroit un sens relalif ou respectif. Le sens relatif ou respectif est donc lorsqu'on parle d'une chose par raport à quelqu'autre : c'est pour cela que ce sens s'apèle aussi respectifs du latin respicere , regarder ; parce que la chose dont on parle , en regarde ,

28o Sens Collectif, Se,

pour ainsi dire , une autre •■, elle en rapèle l'idée , elle y a du raport , elle s'y raporte ; de-là vient relatifs de /eforre raporter. Il y a des mots relatifs , tels que père ^ fils y époujc y^c.\ nous en avons parlé ailleurs.

Sens Collectif, Sens

DiSTRIBUTIF.

Collectif vient du latin colligere , qui veut dire recueillir ^ assembler. Distributif yieni de distribuerez qui veut dire , a\stribuer , partager,

La femme aime à parler : cela est vrai en parlant des femmes en général ; ainsi le mot de femme est pris là dans un sens collectif : mais la proposition est iausse dansée sens distributif, c'est-à-dire, que cela n'est point vrai de chaque femme en particulier.

Llïome est sujet à la mort; cela est vrai dans le sens collectif, et dans le sens dislribuiif.

Sens Collectif, (S-c. 281 Au lieu de dire le sens collectif et le sens distrihiUif, on dit aussi le sens général et le sens particulier.

Il y a des mots ffui sont collectifs , c'est-à-dire , dont Tidée représente un tout en tant que composé de parties actuèlement séparées , et qui forment autant d'unités ou d'individus particuliers : tels sont année j, république ^

régiment.

Sens EquivoquE;, Sens Louche.

Il y a des mots et des propositions équivoques. Un mot est éqjuivoque , lorsqu'il signifie des choses diférentes : come chœur , assemblée de plusieurs persones qui chantent ; cœur ^ partie intérieure des animaux : autel , table sur quoi Ton fait des sacrifices aux Dieux ; hôtel , grande maison. Ces mots sont équivoques , du moins dans la prononciation. Lion, nom d'un animal ; Lion , nom d'une constellation , d'uu signe céleste 5 Ljon, nom d'une

2S2 Sens Equivoque, ville. Coin , sorte de fruit ; coizz^ angle, endroit ; coin , instrument avec quoi l'on marque les monnoies et les médailles ; coin ^ instrument qui sert à

^ ♦ fendre du bois : coin , est encore un

"^^^^.^ terme de nianege , ëc^c.

^ Molière, De quelle langue voulez -{^oûs vous ^^'ll^]!'''' servir avec moi? dit le docteur Pancrace , parlant à Sganarèle : de la langue que f ai dans ma bouche ^ répond Sganarèle ; où vous voyez que par lan^ gue j Ton entend langage , idiome; et l'autre entend , corne il le dit , la langue que nous avons dans la bouche.

Dans la suite d'un raisonnement , on doit toujours prendre un mot dans le même sens qu'on l'a pris d'abord , autrement on ne raisoneroit pas juste : parce que ce seroit ne dire qu'une même chose de deux choses diférentes : car , quoique les termes équivocjues se ressemblent quant au son , ils signifient pourtant des idées diféientes ; ce qui est vrai de l'un n'est doue pas toujours vrai de l'autre.

Une proposition -est équivocfue , quand le sujet ou l'atribut présente deux sens à l'esprit ; ou quand il a

Sens Louche. 285 quelque ternie qui peut se raporter ou à ce qui précède , ou à ce qui suit ; c'est ce qu'il faut éviter avec soin , afin de s'ucoutumer à des idées précises.

Il y a des mots qui ont une construction louche , c'est lorsqu'un mot j paroît d'abord se raporter à ce qui | précède , et que cependant il se ra- iji porte à ce qui suit : par exemple,|' dans cette chanson si conue , d'un d-e * nos meilleurs opéras ,

Tu sais charmer, Tu sais désarmer , Le Dieu de la guerre j Le Dieu du tonerre Se laisse enflàmer.

Le Dieu du tonerre paroît d'abord être le terme de l'action de charmer, et de désarmer y aussi-bien que le Dieu de la guerre .-cependant, quand on continue à lire , on voit aisément que le Dieu du toneire est le nominatif ou le sujet de se laisse enflàmer.

Toute construction ambiguë , qui peut signifier deux choses en même tems , ou avoir deux raports diférens ,

^84 Sens Equivoque, est apelée équwoque, ou louche. Louché est une sorte d'équivoque , souvent facile à démêler. Louche est ici un ter- , me métaphorique : car come les persones louches paroissent regarder d'un côté pendant qu'elles regardent d'un autre , de même dans les constructions louches . les mots seii-Llenl avoir un certain raporl , pendant qu'ils en ont un autre ; mais quand on ne voit pas aisémenl quel raport on doit leur douer, on dit alors qu'une proposition est équivoque , plutôt que de dire simplement qu'elle est louche.

Les pronoms de la troisième persone font souvent des sens équivoques ou louches , sur-tout quand ils ne se raportent pas au sujet de la proposition. Je pourois en raporter un grand nomhre d'exemples de nos meilleurs auteurs , je me contenterai de celui-ci.

Table gé- << Frauçois I. érigea Vendôme en néaiogiqne jj Duclié -Pairie en faveur de Charles France de la» de Bourhou ; et il le mena avec lui à la conquête du duché de IMilan 5 où il se comporta vaillament»

Quand c^ Prince eut été pris à

Bjurbon,

Sens Louche. 285

» Pavie , il ne voulut point accepter » la ré^^ence qu'on lui proposoit : // fut » déclaré cbef du conseil , il continua )) de travailler pour la liberté du Roi ; » et quand il fut délivré , il continua )) à le Lien servir » .

Il n'y a que ceux qui sont déjà au fait de l'histoire , qui puissent démêler les divers raports de ce Prince , et de tous ces iL Je crois qu'il vaut mieux répéter le mot , que de se servir d'un pronom dont le raport n'est aperçu que par ceux qui savent déjà ce qu'ils lisent. On évitoil facilement ces sens louches en latin , par les usages diférens de suus , ejus , hic , ille , is ^ iste»

Quelquefois pour abréger , on se contente de faire une proposition de deux membres , dont l'un est négatif, et l'autre affirmatif , et on les joint par une conjonction : cette sorte de construction n'est pas régulière , et fait souvent des équivoques ; par exemple :

L'amour n'est qu'un plaisir, et l'honeur un Prem. édit. devoir.^ duCid.act.3.

-^ se. 6.

L'Académie ^ a remarqué que Cor-Z.^^^t'^^ent

• 11 1 . T * •*■ delAcad.sur

neule devoit dire ; le cid.

'iS6 SE?fs Equivoque, (S'c.

L'amour n'est qu'un plaisir, l'honeur est tiii devoir.

En éfet , ces mots nest que, du premier membre , marquent une négation , ainsi ils ne peuvent pas se construire encore avec un dev^oir , qui est dans un sens affirmatif au second membre ; autrement il sembleroit que Corneille , contre son intention , eût voulu mépriser également Famour et ITîoneur.

On ne sam oit aporter trop d'atention pour éviter tous ces défauts : on ne doit écrire que pour se faire entendre ; la néteté et la précision sont la fin et le fondement de l'art de parler et d'écrire.

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