IX
Sens Litéral, Sens Spirituel.
I jV. sens litéral est celui que les mots excitent d'abord dans l'esprit de ceux qui entendent une langue , c'est le sens qui se présente naturèlement à l'esprit. Entendre une expression lité- An<n3st.Gemi'alemenl , c'est la prendre au pie de ad.iit. iib.8. la letlrc. Quœ dicta sunt secûndwn lit" c. a.tom.l • ^^j.^j-f^ accipere y id est , non aliter in-' tellîgeré qudm littera sonat ; c'est le sens que les paroles signifient immédiatement, is quem verba immédiate signîfieant.
Le sens spirituel , est celui que le sens litéral renferme , il est enté , pour ainsi dire , sur le sens litéral ; c'est celui que des choses signifiées par le sens litéral font naître dans l'esprit.
Ainsi dans les paraboles , dans les fables , dans les allégories, il y a d'abord un sens litéral : on dit , par ç:^emple , qu'un loup et un agneau
Sens Spirituel. ^3
vlnrenl boire à un même ruisseau : f[ue le lonp ayant cherche qucrêlc à l'agneau j il le dévora. Si vous vous attachez simplement à la lettre, vous ne verrez dans ces paroles qu'une simple aventure arivée à deux animaux ; mais cette narration a un autre objet; on a dessein de vous fiure voir q!u5 les foibles sont quelquefois o[)îimés par ceux qui sont plus puissans ; et voilà le sens spirituel , qui est toujours fondé sur le sens litéral.
bivision du sens liicraL
Le sens litéral est donc de deux sortes :
I . Il y a un sens Uiérat rlgoureujc ; c'est le sens propre d'un mot, c'est la leltre prise à la rigueur, slrictè.
1. La seconde espèce de sens litéral , c'est celui que les expressions figurées dont nous avons parlé présentent naturel emen ta l'esprit d|3 ceux qui entendent bien une langue ^ c'est un sens litéral figuré y par exemple, quand on dit d'un politique qu'z7 sème à propos la division entre ses propres euemis i semer ne se doit pas entendre à la
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rigueur selon le sens propre , et de la même manière qu'on dit semer du blé:
mais ce mot ne laisse pas d'avoir un sens litëral , qui est un sens figuré qui se présente naturèJement à l'esprit.
La lettre ne doit pas toujours être Cor. z, prise à la rigueui-, elle tue, dit S. Paul. ^* ^' On ne doit point exclure toute signification métaphorique et figurée. Il faut bien se garder , dit S. Augustin *, de prendre à la lettre une façon de parler figurée , et c'est à cela qu'il faut apliquer ce passage de S. Paifl , la lettre tue, et V esprit done la tne.
Il faut s'atacher au sens que les mots excitent naturèlement dans notre esprit , quand nous ne somes point prévenus , et que nous somes dans rétat Irauquile de la raison : voilà le véritable sens litéral figuré , c'est celuilà qu'il fautdoner auxloix, aux canons, aux textes des coutumes , et même à l'Ecriture Sainte.
"^ In principio cavcndum est ne figurâtam îocntionem ad literam acci'pias ; et ad hoc enim pérlinetquod ait Apostolus, /iVera oc- Cidity spiritus autem vivijicat. jiugust. de Dûctr. Christ. 1. 5. c. 5. t. m. Parisiis 1 685.
DU Sens Litéral. 295 Quand J. C. a dit que celui qui Luc c. 9. met la main à la charue , et qui re- ' * garde derrière lui , nest point propre pour le Rojaume de Dieu ; on voit bien qu'il n'a pas voulu dire qu'un laboureur qui en travaillant tourne quelquefois la télé , n'est pas propre pour le ciel : le vrai sens que ces paroles présentent naturèleriient à l'esprit ^ c'est que ceux qui ont comencë à mener une vie chrétienne , et à être les disciples de Jésus-Christ, ne doivent pas changer de conduite , ni de ' ,-^ " doctrine ^ s'ils veulent être sauvés ; c'est donc là un sens litéral figuré. Il en est de même de ces autres passages de l'Evangile, où J. C. dit*, * Mait r. de présenter la joue gauche à celui ^' *• ^^' qui nous a frapés sur la droite ,** **'lbid.v.a< de s'arracher la main ou l'œil qui est un sujet de scandale \ il faut entendre ces paroles de la même manière qu'on entend toutes les expressions métaphoriques et figurées , ce ne seroit pas leur doner leur vrai sens , que de les entendre selon le sens litéral pris à la rigueur ; elles doivent être entendues selon la seconde sorte
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de sens lltéral qui réduit toutes ces façons de parler figurées à leur juste Talenr , c'est-à-dire, au sens qu'elles avoient dans l'esprit de celui qui a parlé , et qu'elles e-xcitentdans l'esprit de. ceux qui ontendent la langue ou l'expression figurée et autorisée par l'usage (( ^, Lorsque nous donons au » Lié le nom de Cérès ^ dit Cicéron , » et au vin le nom de Bacchns ^ nous » nous servons d nne façon de parler- 5) nsiiée en noîre largue , et persone y, n'est assez dépourvu de sens pour » prendre ces paroTcFa la j-igueur de )) la lettre. ))
On se sert dans toutes les nations policées de certaines expressions ou formules de politesse , qui ne doivent point être prises dans le sens litéral étroit. J'ai Ihoneur de, , » , Je vous haise les mains : Je suis votre tiès^ humble et très-obéissant serviteur. Cette dernière façon de parler , dont on se sert pour finir les lettres , n'est jamais
* Ciim fniges Cérerem , v^iiium Liberum clicimns, génère nos quidem sennonis ûtimur usitâto : sed ecquem lani améntem esse putas qui, &c. Cic, de Nal. Deor. 1. 5. 11. 4i» aliter xvi.
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regardée que corne une formule de politesse.
On dit de ccrlaines persones , c'est un fou y cest une foie : ces paroles ne marquent pas toujours que la persone dont on parle ait perdu l'esprit au point qu'il ne reste plus qu'à renfermer; on veut dire seulement que c'est une persone qui suit ses caprices , qui ne se prête pas aux réflexions des autres , qu'elle n'est pas toujours maitresse de son imagination , que dans le lems qu'on lui parle elle est ocupée ailleurs , et qu'ainsi on ne sauroit avoir avec elle ce comerce réciproque de pensées et de sentimenSj qui fait l'agrément de la conversation et le lien de la société. L'home sage est toujours en état de tout écouter, de tout entendre , et de profiter des avis qu'on lui donc.
Dans l'ironie , les paroles ne se prénent point dans le sens litéral proprement dit ; elles se prènent selon le sens litéral figuré , c'est-à-dire , selon ce que signifient les mots acompagnés du ton de la voix et de toutes les autres ciiconslances.
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Il y a souvent dans le langage des homes un sens litëral qui est caché , et que les circonstances des choses découvrent : ainsi il arive souvent que la même proposition a un tel sens dans la bouche ou dans les écrits d'un certain home , et qu'elle en a uq autre dans les discours et dans les ouvrages d'un autre home : mais il ne faut pas légèrement doner des sens désavantageux aux paroles de ceux qui . ne pensent pas en tout come nous; ï\ faut que ces sens cachés soient si facilement dévelopés par les circonstances , qu'un home de hon sens qui -.' /' n*est pas prévenu ne puisse pas sj^
, y**^ Ji niéprendre. Nos préventions nous ren- \^^h ^"^ toujours injustes, et nous font
<jj//^ souvent prêter aux autres des sentmiens qu'ils détestent aussi sincèrement que nous les détestons.
Au reste , je viens d'ohserver que le sens litéral figuré est celui que les paroles exciîent naturèlement dans l'esprit de ceux qui entendent la langue où l'expression figurée est autorisée par l'usage : ainsi , pour bien entendre le véritable sens litéral d'un
DU Sens Lite p. al. 299 auteur , il ne sufit pas d'entendre les mots particuliers dont il s'est servi, il faut encore bien entendre les façons de parler usitées dans la langue de cet auteur ; sans quoi , ou Ton n'entendra point le passage , ou l'on tombera dans des contre-sens. En francois , douer parole , veut dire promettre; en latin , verba dare y signifie tromper : Pœnas daj^e alîcui ^ ne veut pas dire douer de la peine à quelqu'un , lui faire de la peine , il veut dire au contraire être puni par quelqu'un , lui doner la satisfaction qu'il exige de nous , lui doner notre suplice en payement, corne on paye une amende. Quand Properce dit à l. a.F Cintbie , dàbis mïliij perfida^ pœnas , il ne veut pas dire perfide , vous m'alez causer bien des towmens , il lui dit au contraire qu'il la fera repentir de sa perfidie.
Il n'est pas possible d'entendre le sens litéral de l'Ecriture Sainte , si l'on n'a aucune conoissànce des liébraïsmes et des héllénismes , c'est-àdire , des façons de parler de la langue hébraïque et de la langue grèque,
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Lorsque les inierprètes iraduiseiit à la rigueur de la lettre , ils rendent les mots et non le véritable sens : de-là vient qu'il y a , par exemple , dans rs?i. 33. les Pseaumes plusieurs versets qui ne sont pas intelligibles en latin. Montes Dei , ne veut pas dire des montagnes consacrées à Dieu^ mais de hautes mon."
tagnes.
Dans le Nouveau Testament même il y a plusieurs passages qui ne sauroient être entendus sans la conoissance des idiotismes , c'est-à-dire , des façons de parler des auteurs originaux. Le mot hébreu qui répond au met latin s^eihum^ se prend ordinairement en hébreu pour chose signifiée par la parole ; c'est le mot générique qui répond a negôtium ou res des Latins. Transeclmus usqueBéthleem^ et v'idedmus hoc verhum quod factuni est : Passons jusqu'à Bethléem , et voyons ce qui y est arivé. Ainsi lorsqu'au 5*^. verset du chapitre 8. du Deutéronome , il est dit ( Deus) dédit tihi cihiim mauna quod ignordbas tu et patres tui , ut osténdeiet tihi quod non in solo pane yiyat Jicmo ^ scd in
DU Sens Litéràl. oof'
ovmi ^erho quod egréditur de ore Dei; vous voyez que in omni verho signifie in omni re , c'est-à-dire , de tout ce <jue Dieu dit, ou veut, qui scive de nouriture» C'est dans ce même sens que Jésus -Christ a cité ce passage :
le démon lui proposoit de changer les pierres en pain , il n'est pas nécessaire de faire ce changement , répond Jesus-Clirist , car Vhome ne vit pas seu- M?tt. c. s, lement de pain , il se nourit encore de tout ce qui plaît à Dieu de lui douer pour nouriture , de tout ce que Dieu dit qui servim de nouriture ; voilà le sens litéral ; celui qu'on done comunément à ces paroles , n'est qu'un sens moral.
Division du sens spirituel.
Le sens spirituel est aussi de plusieurs sortes. I. Le sens morale 2. le sens allégorique , 5 . le scjis analogique,