SUR DUMARSAIS
(^ÉsAR CiiESNEAu DuMiRSAis naquil à Marseille en 1676. Encore au berceau , il perdit son père, et resta entre les mains tl'une mère qui laissa dépérir la fortune de ses en fans par un désintéressement romanesque. Pour comble de malheur, il perdit encore, peu de temps après, deux oncles d'un mérite distingué, dont l'un, savant médecin, est auteur de quelques ouvrages qui ont eu de la réputation. Ces oncles lui avaient laissé une bibliothèque nombreuse et choisie : elle fut vendue à un prix trèsmodique. Le jeune enfant , quin*avait pas encore atteint sa septième année, pleura beaucoup de cette perte ; et, ce qui annonçait son goût précoce pour l'étude , il cachait tous les livres qu'il pouvait soustraire. Sa mère, touchée de son affliction, en mit à part quelques-uns de rares , les lui
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réservant pour le temps où il serait en âge de les lire ; mais ils furent bientôt après dissipés comme les autres. Il semblait que la Fortune , après l'avoir prive de son bien, cherchât encore à lui ôter les moyens de s'instruire.
L'ardeur et le talent se fortifièrent en lui par les obstacles : il fil ses études avec succès chez les Pères de l'Oratoire de Marseille ; il entra même dans cette congrégation , non moins célèbre que la société des Jésuites dans les Lettre set dans l'Enseignement public. Mais le désir d'une plus grande liberté la lui fit quitter vers l'âge de vingtcinq ans. Il vint à Paris , s'y maria , et fut reçu avocat au Parlement, Il commençait à travail! er avec succès, quand se voyant déchu desespérances flatteuses quil'avaientcngagé dans celle profession ,il prit le parti de l'abandonner. Sans élat, sans fortune, chargé de famille, et, ce qui était plus triste encore, malheureux dans son domestique par l'humeur chagrine d'une femme vertueuse, mais insociable, il entra, comme instituteur^ chez le Président de Maisons. Là, il
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fit l'éJucaliou cie ce même de Maisons que Voltaire a célébré dans plusieurs de ses écrits; qui, dès l'âge de vingt-sept ans, fut reçu dans l'Académie des Sciences , et dont les connaissances et les lumières faisaient déjà beaucoup d'honneur à son maître , lorsqu'il fut enlevé à la fleur de son âge. Ce fut là aussi, quà la prière du père de son élève, U commença son ouvrage sur les libertés de l'Eglise gallicane, qu'il termina ensuite pour le Duc de la FeulUade , nommé à l'ambassade de Rome. Il paraîtrait que ce fut à- peu-près dans ce même temps qu'il entreprit de défendre contre le Père Baltus VHistoire des Oracles , de p
Fonlenelle. Ce qu'on assure d'une manière ^^^i-^vJ^^-^-' plus positive , c'est que le premier de ces deux ouvrages n'a paru qu'après sa mort , et que le second, dont les Jésuites avaient empêché la publication , et dont on n'a trouvé dans ses papiers que des fragmens imparfaits , n'a jamais vu le jour. .
Dumarsais , avqc tout son talent , était destiné à être malheureux en tout. Le Président do Maisons, qui eu avait fait son
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ami , était trop éclairé pour ne pas sentir , et trop équitable pour ne pas reconnaître les obligations qu'il lui avait pour son fils. Malheureusement la mort l'enleva au moment où il se proposait tle lui assurer une retraite honorable. Sur les instances et sur les promesses de la famille , l'instituteur continua encore quelque temps ses soins à son élève -, mais le peu de considération qu'on lui marquait, et les dégoûts qu'on lui fit même essuyer, l'obligèrent enfin de se retirer , en renonçant au juste prix du sacrifice des douze plus belles années de sa vie. On lui proposa alors , et il accepta d*entrer chez le fameux La^Y,pour être auprès de son fils, âgé d'environ seize ans. La fortune , qui semblait vouloir lui sourire , lui manqua encore. LaAV ayant été obligé de quitter la France après l'avoir ruinée , il se trouva lui-même aussi peu avancé qu'auparavant^ quant à ses moyens d'existence : sa pauvreté était restée aussi entière que sa probité , pure et intacte.
De la maison de Law, Dumarsais passa àans celle du Marquis de Beaufremont. Ce
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fuLlà qii*il commença à êlro dune si grande milité pour les Lctlres, en se dévoilant au Public pour ce qu'il était , pour un Grammairien profond et philosophe, et pour un esprit créateur dans une matière sur laquelle se sont exercés tant d'excellens écrivains. Le premier fruit de ses réflexions s«r l'étude des langues, fut son Exposition ^ y
d'une méthode raisoTinée pour appreri' ^^J^t'y^ dre la langue latine : il la publia en fyitT'ù/f^ 1722, et la dédia à MM. de Beaufremont , y^ V
5es élèves , pour qui il l'avait imaginée , et à '^^--'■*^ '^ qui elle avait fait faire les progrès les plus ^- i^t^^.?/? singuliers et les plus rapides. Encouragé par le succès de ce premier essai , il entreprit de le développer dans un grand ouvrage qui devait avoir pour titre : Les véritables principes de la Grammaire , ou Nouvelle Gramrnaire raisonnée pour apprendre la langue latine, A cet ouvrage , dont il n'a paru que la Préface , qu'il publia en 1729, appartenait primitivement, comme septième et dernière partie, le traité des Tropes : il l'en détacha , l'année suivante , pour le donner séparément au Public ,
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