‹ Les tropes ou les figures de mots: poème en quatre chants. Avec des notes, un extrait de Denys dChapitre 13 sur 41 · L^S TROPES · texte numérisé non relu

L^S TROPES

Avec facilité prenant des tons divers ; Modeste dans la prose , audacieuse en vers '. Rendre la vérité plus touchante et plus belle , Donner au sentiment une grâce nouveUe , Réchauffer à* pzf^pos l'esprit le plus glacé y Tel est l'heureux succès d'un Trope bien placé ! Les objets aperçus dans ce verre d'optique Semblent se renvoyer leur éclat prismatique j S'approchent de nos yeux et viennent tour k tour Se peindre du coté qui les met dans leur jour : Des mots pris l'un pour l'autre admirable puissance * ! Mais cet art craint l'abus de sa magnificence.

* La principale source de la corruption du style est la confusion des genres et Fusurpation qoe I*on fait trop sou- -vent en prose des Métaphores, propres seulement à la haute poésie. Cest un abus , accrédité aujourd'hui par de célèbres écrivains, et contre lequel la jeunesse ne saurait trop se prémunir.

Ce n'est pas cependant que les prosateurs et les poètes ne puissent profiter ayec habileté des exemples les uns des autres , mais en se renfermant toujours dans les limites de leur genre respectif. Macrobe a remarqué que Virgile a souvent imité Gicéroh. Voltaire indique les emprunts que Mas SILLON avait faits à Racine. La lecture des Orateurs peut donc être utile aux Poètes , et celle des Poètes est nécessaire aux Orateurs, mais avec le discernement de ce qui peut s'approprier aux bienséances oratoires , et de ce qui n'appartient qu'aux hardiesses poétiques.

On ferait un livre sur cette question , comme sur plusieurs autres , qui ne peuvent être ici qu'effleurées dans des notes*

^ Cette puissance des mots pris l'un pour l'autre est pré-

Quand le mot propre dit tout ce qu'on a pensé , Chercher un autre tour serait d'un insensé '. Le Sublime , étranger aux omemens frivoles , S'occupe de la chose et non pas des paroles ; n veut aller au but sans faire un long circuit ; C'est un trait qui nous frappe , un éclair qui nous luit , Un seul mot qui tient Ueu des phrases les plus amples; Et tous les bons auteurs«n offîrent des exemples : ti En de 3i grands revers , que vous reste-t-il ? Moi *. » Gomment prétendez-vous que je vous traite ? - En roi ^. f» Où le conduisezr-vous ? - A la mort. - A la gloire 4 ! » Qui l'a fait roi? Qui Ta couronné? -La victoire ^.

cisément ce qui constitue roriginalite et la magie du style de MoKTAiGHE, justement distingué, à cet égard, parmi les ëcrÎTains français , comme Bacon parmi les Anglais. Le savant Hoet a fait cette remarque sur Montaigne. « Son » imagination vive lui fournit sur toute sorte de sujets une » grande variété damages , dont il compose cette abondance j» d^agréables Métaphores , dans lesquelles aucun écrivain » ne Ta jamais égalé. C^est sa figure favorite , figure qui , » selon Akistote , est la marque d^un bon esprit , parce •> qu^elle vient de la fécondité du fonds qui produit ces » images , de la vivacité qui les découvre facilement et à » propos , et du discernement qui sait choisir les plus con- » venables. »

* Cest ce que /lisait Porcius Latro , dans la Préface de SÉNèQCE le rhéteur : Summam quidem esse dementiam detorquere orationem f cui rectam esse liceret.

« P. CORNEII.I.B, Médée. ' Racine , Alexandre.

* P. Corneille , Polycuctc. ' Voltaire , Mahomet.

» Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? - Qu'il mourût *. » Dieu dit : que Newton soit ! £t la lumière fut *. » Le discours figuré peut avoir sa magie ; Mais ces mots y sans figure, ont bien plus d'ënergie ; Et les plus grands objets fout plus d'impression , Par la simplicité de leur expression.

Dans le sénat de Rome , écoutez Paul Emile !

n a yaincu Persée : admirez de. quel style Ce grand bonune raconte un exploit si marqué ! <( Par vos ordres , dit-il , à Brindes embarqué , » Au lever du soleil je quittai lltalie !

»> Ma flotte , le soir même , à Cori^yre accueillie , » Fut cinq jours occupée à faire les apprêts » Qui devaient du sénat assurer les décrets.

>» Voulant avoir le ciel k nos armes propice , )> A Delphes j'ai d'abord offert un sacrifice. » Puis j'ai cherché le roi , l'ai forcé d'accepter » La bataille qu'en vain il voulait éviter :

» Je l'ai vaincu , l'armée avec elle l'amène ; M Toute la Macédoine à présent est romaine '. >»

' P. Corneille , les Horaces.

* C'est un vers de Tépitaphe de Newton , imité d*un fameux passage de la Grenése :

Sis, Ifewtone , D«iis dixit I «t eece aies ?

' Profectus ex lùdid, cUusem a Hrundusio sole orto tolui : nond diei hord , cum omnibus meis nauibus Coreyram tenui* Inde quinto die Delphis , ApoUini > pro me

Ces mots , jetés sans art , ne sont pas contournes ; Us seraient moins frappans s'ils étaient plus ornés. Mais qu'on est souvent loin de cette retenue , Et que l'on goûte peu la vérité si nue !

Incessamment guindés sur leur grand piédestal , Les amis boursouflés du genre oriental, Des Tropes discordans qu'au hasard ils entassent Nous fatiguent, autant qu'eux-mêmes ils se lassent; Au simple , au naturel craignent de s'asservir ^ De termes excessifs ne peuvent s'assouvir, Cherchent un faux sublime et paraissent prétendre A se faire admirer , mais sans se faire entendre. Examinez de près tous ces discours ronflans De froids déclamatenrs qui se battent les flancs. Qu'en sort-il , au creuset d'une juste censure ? Du galimatias et de la bouf&ssure ; Du Phel)us , en un mot« Le bon sens a proscrit ^ Cet esprit déplacé qui prouve peu d'esprit.

exercitibusque vestrîs sacrificat^i. Regem ad pugnam coacttim uici. Macedoniam in potestatem Populi Romani redegL Voyez a quel point Ïite-Live a resserre ici son éloquence naturelle , pour faire parler un héros de la manière la plus simple î On a tâché de lui conserver cette fierté modeste y qui donne à ce passage un prix inestimable.

■ LuciEir s'est moqué d'un certain Lbxipbane » écrivain très-enflé, qui, abusant surtout de la facilité qu'on a de composer des mots en grec , en inventait des plus bizarres et des plus inintelligibles. Lugiev dit que LE^ivBAiirE est plu»

78 tES TROPES.

Tous les vi'ais coiinaisseiirs lui déclarent la guerre ;

Mais il revient sans cesse éblouir le yu]gaire :

£t les jeunes auteurs , par l'exemple gâtés ^

Dans ces défauts pompeux croyant Toir des beautés ,.

Tâchent d'être éloquens , et ne sont que bizarres.

Les phrasiers sont communs , les écrivains sont rares ,

Surtout dans notre langue j où tout doit être pur '.

Le style figuré veut le goût le plus sûr.

Sa règle est simple : il faut qu'un Trope nous remue ;

Pour échauffer l'esprit , l'âme doit être émue ;

C'est l'inspiration qui dicte cette loi

Dont on se sent d'abord subjugué malgré soi.

malade qu'il ne croit y d^une tumeur si dangereuse ; it Tabandonne aux soins du médecin Sosipolis , qui le fera .vomir et lui fera rendre Tabcès de sa fausse éloquence.

La Bruyère a pris la chose plus sérieusement. On peut Toir le portrait d'Acis , dans ses Caractères , ch. ▼.

Le quatrième dialogue > De la manière dû bien penser dans les ombrages d'esprit , par le P. Bouhours > rapporte die^ modèles de galimatias , que le jésuite s^est plu à tirer des ouvrages d\m coryphée du jansénisme ( Tabbé nE Saiht- Ctran). On croyait que c'étaient en ce genre des che&d'œuvre inimitables ; mais nous en avons bien vu d'autres !

Voyez ci-dessus , pag. 3o , la remarque sur le Livre de Wereitfels , qui traite des météores du discours , et qui se rapporte au même objet que la présente note.

' <c Dans une langue sage , les hardiesses doivent être sages. i> (Racine le fib , Discours de la poésie naturelle ou de la langue poétique 1 Académie des inscriptions» tome zv, pages 191-307. )

CfiANT QUATRIEME. 79

Sa source est dans le cœur. Quand cette source coule , Les images , les traits , les tours Tiennent en foule ; Des trésors de la langue on dispose à son gré. Le sentiment profond dont on est pénétré Trouve , sans les chercher , des figures plus vives , Dans leur audace même heureusement naïves.

L'école où l'on apprend ces secrets d'Apollon ^ Est celle de Boileau, Racine et Fénélou.

Celui <{ui veut , comme eux , se faire toujours lire , Sans emphase , comme eux y dit tout ce qu'il doit dire. Pour assurer sa marche , il avance à pas lents , Creuse k fond ses sujets, laisse mûrir ses plans ; Mais U sait qu'un plan sage et qu'un sujet fertile, Quoique ce soit beaucoup , ce n'est rien sans le style ; Que du langage %pié les Tropes sont les fleurs ; Qu'il faut , sans les confondre , assortir les couleurs. L'abondance d'Ovide a besoin qu'on l'élague ; La fougue de Lucain s'égare dans le vague ; Virgile , plus égal et plus judicieux , Dans son style épuré n'a rien d'ambitieux. Il plait , sans faire voir qu'il ait dessein de plaire; Son ton est toujours vrai ; sa phrase , toujours claire ; Et ce genre pour nous a d'autant plus d'appas , Que sa facilité ne se contrefait pas.

Un don si merveilleux ne vient pas de commande ; La mTise est libre ; en vain le travail la gourmande ;

8o LES TROPES.

Maîtresse des faveurs qu'elle peut dispenser. Elle fuit aussitôt qu'on prétend la forcer.

Pour écrire , il faut être entraîné par sa verve s î^e tentez jamais rien en dépit de Minerve ; Horace vous l'a dit * ! L'effet de l'art est nul Dès qu'on peut y sentir l'empreinte du calcul. Toute affectation doit jen être bannie.

En tout, le naturel est le sceau du génie :

Heureux qui par ce charme attache ses lecteurs , Et sait de ce qu'il dit les rendra spectateurs !

Venez donc à ma voix , jeunesse studieuse !

D'une doctrine , au fond sècke et fastidieuse , On peut vous faire un jeu; du moins , je l'ai tenté. Venez ! La muse Habite un palais enchanté :

Mars en a trop long-temps voilé le &ontispice ; Ëntrez-y désormais sous un meilleur auspice ! A nos maux , qu'un Dieu même a pris soin de finir , Succède enfm l'espoir d'un moins sombre avenir. Vous verrez les Jours purs , nés d'un si long orage ; Mais , pour les mériter , profitez de votre âge ; Usez du temps qui fuit ; instruisez-vous ; sachez Pénétrer d'Apollon les mystères cachés.

, Ils ne sont plus pour vous couverts de ces ténèbres ^ Des siècles d'ignorance enveloppes funèbres :

X Tu niiiil invita dices faciesre MinerTÂ.

IloRAT. , Art. poet. 7 recs. 3Sii»

CBAWT QVAtKIÊME. 8l

Hélas ! on a bien tard transpIaDté sar nos bords Des Grecs et des Romains les classiques trésors ! Nos grands même autrefois étaient fiers d'être ignares ' ; Les arts étaient flétris ; les mœurs , presque barbares ; La langue, inculte et brute. On prêchait, on plaidait, On jugeait en latin qu'à peine on entendait.

Long-temps l'Europe entière , également sauvage, Offrît ainsi misère , anarchie , esclayage.

C'est en vain qu'on voudrait nous fasciner les yeux , Pour nous faire envier le sort de nos aïeux.

Écartons avec soin le ton déclamatoire ; Cherchons la vérité ! Demandons à l'histoire En quel siècle a pour nous brillé cet âge d'or , Rêve des temps passés , qu'on reproduit encor ? A quelle époque enfin croit-on que nos contrées , Pouvant trop se vanter de n'être pas lettrées , Ont-elles su prouver aux peuples étonnés Que les plus ignorans sont les plus fortunés ?

Tel fu^-il donc l'état de nos pauvres ancêtres , Quandleurspremicrsdocteurs, leurs juges et leurs prêtres,

' « n faut que , sous la première et sous la seconde race 3) de nos rois , le titre d^ignorant parût bien précieux à la » noblesse française, puisque , bien après le siècle de Char- » lemagne , on trouve des actes authentiques où se lisent » ces mots : Et ledit seigneur a déclaré he savoir » ÉCRIRE, ATTENDU 8k QUALITÉ DE GENTILHOMME. » (Dictionnaire des mœurs , lois , usages et coutumes , article Écrire ^ tom. 1*'., in-8°. « 1775. )

Les Druides , liaient la victime au poteau * ^

Et , la dëchiquetaDt avec ua long couteau ,

La fesaient , par degrés , përir d'une mort lente ?

Ou bien quand de César la clémence accablante ,

Pour tenir en repos les vaincus mécontens,

Fit couper la main droite à tous nos combattans ,

Et crut leur faire grâce en leur laissant la vie ^ ?

C'est ainsi que la Gaule , aux Hacbes asservie ,

Vit ses tristes colons s'épuiser en tributs ,

Et d'un pouvoir lointain souflrir tous les abus \

* a Quant à la diTioation , nous trouTons dans les an- » ciens auteurs ( Diodore de Sicile , Bibl. , 1. v , et Stra- » Boir , 1. lY.) , que les Druides y pratiquaient des choses » fort extraordinaires ; car ils attachaient quelquefois leurs V victimes à des poteaux qui étaient destinés à cet usage, » même dans les temples ^ puis ils les blessaient par der- » rière et les fesaient mourir cruellement , et jamais tout » d'un coup, etc. » (Marcel, Histoire de France, tom. i**^. , page 54 1 avec une gravure qui représente cette belle cérémonie , souvent pratiquée aussi par les Druidesses. )

* Cette atrocité , remarquable par elle-même , Test encore plus par le sang-froid avec lequel les Co'mmentaires de César la racontent comme une chose toute simple et même comme une sorte de grâce : Omnibus qui arma tulerant , manus prcecidit , uitamque concessit, ( In suppl. de Bell. Gall. )

^ Si Ton veut avoir une idée juste du système fiscal des Romains, il faut lire le Discours du Paysan du Danube, dans la fable qui porte ce titre , et où (a naïveté de La Fok- TAiirE s^élève jusqu'à l'énergie de Tacite. 11 faut surtout peser cette terrible vérité :

Rien ne suffit aux gens qtd nous viennent de Rome.

Foulé de plus en plus par des maîtres avares , £nfia , le désespoir implora les Barbares , Et salua du nom de ses Ubérateurs Les Vandales , les Huns , les Goths dévastateurs. Ils nous débarrassaient des maltotes romaines ; Leurs hordes cependant, cent fois plus inhumaines ^ Confondirent l'Europe en un saccage affreux : Des peuples le Gaulois fut le plus malheureux ' ; Il perdit son nom même ; et les Francs , à sâ place y. Certes d'un âge d*or n*ont point laissé de trace *.

' Les Barbares furent attirés par Stilicon , qui était né Vandale. De tontes les parties de l'Europe qu'ils mirent à feu et à sang , les Gaules furent les plus maltraitées , et semblèrent avoir, suivant un orateur du temps, le privilège des malheurs. Undà exordiar nUi à iuis , Gallia , malU , quœ ex omnibus terris quas illa pestis insederat , haud injurié tibi vindieas privilegium miseriârum ? Pacât , panegyric

' Feu M. DE BuBiOffT a lu , à FAcndémie des inscriptions et belles-lettres , un Mémoire dans lequel il prouve que , dans les siècles précédons , il y avait beaucoup de causes de malheurs qui n'existent plus présentement. « Le pre- V mier objet qui le frappe est cette férocité qui caracté- 2> risait la Nation dans son origine , et qui lui était com- » mune avec ses Souverains. » Il en fait un détail horrible, et conclut par ces mots : a M. de Montesquieu n'a pas » tort de dire (Esprit des Lois, liv. xxzr, ch. i. ) que nos , » rois de la première race étaient meurtriers , injustes , » crueU» parce que toute la nation l'était. » Tout le Mémoire de BuRioiTT mérite d'être lu ; il est inséré par extrait dans l'Histoire de l'Académie des inscriptions et belleslettres de 1767 à 1769» tom. [xxxvx, pages 110-119. Ceux

84 l'Es TROPES.

On ne peut regretter «« ce temps , cet heureux temps , « Où nos reis s'honoraient du nom de Fainéans ^. » Voyons donc si plus tard les pères de nos pères Trouvèrent en effet des destins plus prospères. Conunent gouvernait-on dans ces siècles grossiers ? On rançonnait des Juifs ^ ; on brûlait des sorciers ^.

qui prendront la peine d*y recourir, jugeront que Fauteur des Tropes n'a paB rembruni le tableau des siècles d'ignorance , et qu'il a été , dans ses vers , beaucoup moins loin que n'avait e'té dans sa prose le savant académicien dont il invite à relire le Mémoire.

' BoiLEÂV, Lutrin, cbant ix, vers ia3 et suivans.

* a Les rois , ne pouvant fouiller dans la bourse de leurs 3» sujets , mirent à la torture les Juifs , qu'ils ne regardaient » pas comme des citoyens.... En France, on les mettait en a» prison , on les pillait , on les vendait , on les accusait de » magie , de sacrifier des enfans , d'empoisonner des fon- I» taines ; on les chassait du royaume ( ils furent chasse's , y> pour la septième fois , par Charles v, en 1894 ) j on les i> y laissait rentrer pour de l'argent, etc. » (Voltaire, tome LU, pag. 389. ) Tous les historiens ne sont pas aussi impartiaux. En 1 181 » Philippe-Auguste confisqua les hieos des Juifs et les bannit tous du royaume. Le P. Daniel ne manque pas d'admirer ce coup d'état , sans doute parce qu'il y trouve une secrète analogie avec la révocation de l'édil de Nantes.

3 Cette ressource fiscale était assez abondante. On compte quHl y a eu plus de cent mille sorciers jetés au feu en Eu* rope ; et, tant qu'on les a brûlés, il s'en trouvait toujours un bon nombre (surtout de sorcières), dont le Domaine héritait, jusqu'à ce que Louis xiv, en 1673, défendit ani tribunaux de poursuivra désormais les procès de sortilège ,

CBANT QUATRIÈME. 85

Du signe des yaleors le Prince , seul arbitre ,

En altérait sans cesse , ou le poids , ou le titre;

Et , du Fisc indigent maladroits pourvoyeurs ,

Les financiers n'étaient que des faux-monnoyeurs '.

Voilà ce moyen âge , intervalle funeste,

En proie à la Famine , à la Lèpre , à la Peste ^ !

si cette accusation n'était jointe a d'autres crimes. A dater de cette époque on n'a plus tu de sorciers , ni même de sorcières.

' «c M. DE BoRiGVT remarque en ces temps-là dans l'Ad- » ministration un yice intérieur , source d'une infinité de » maux dont l'état fut afflige; il veut parler des changemens 3> continuels qui se fesaient dans les monnaies. CeTice, qui » avait commence sous Philippe « le ^ Bel , a rëgnë long- ^ temps ; M . DE BuBiGNT le suit , après le Blaitc , dans sa 3) marche et dans ses progrès. Désordres de plusieurs es* » péces dans les principaux mçmbres de l'État, dëgraday> tion subite et force'e dans les fortunes des particuliers y 3> engourdissement de l'industrie , anéantissement du com- » merce , appauvrissement du Royaume, tels en ont e'té les » funestes effets , dont il faut espérer que l'expérience du ^ passé garantira la postérité. » Académie des inscriptions et belles-lettres, tom. xxxti , pag. ii5.

' La famine était l'effet nécessaire de la servitude des malheureux Colons , et du noble mépris de leurs maîtres pour la cbarrue et pour les cultivateurs , appelés alors vilains , roturiers, paysans , manans j etc. Ce sont là les élégances de la langue féodale , qui ont un peu trop passé dans la langue française, et qui avaient fait long-temps désespérer que nous pusnons traduire les Gréorgiques.

« La lèpre fut le seul fruit que les Chrétiens rappor- ^ tèrent des croisades. 11 y avait en France , .sous le règne » de Lovis Tui , deux mille léproseries ou ladreries. Tant

86 LES TKOPES.

Quand Charlemagne est mort , on ne peut concevoir Ce que ses Descendans ont fait de leur pouvoir '. Paris est un cloaque *. On voit la Cité-reine Presque embourbée au fond d'un marais de la Seine;

» que les lépreux excitèrent la pitié , la charité publique » les enrichit ; quand ils furent riches , ils excitèrent l'en- » vie. On les accusa d^avoir empoisonné les puits , les fon- » taitaes et les rivières. Philippb-le-Lokg en fit brûler plu- » sieurs, et confisqua leurs biens. » (Dictionnaire des coo- » tûmes des Français, 1767, tom. 11 , in-8®. , art. Lèpre.)

Les maladies contagieuses étaient la suite des disettes et dn défaut de police, comme on le verra plus bas, dans une note relative a la ville de Pans. D'ailleurs , on avait perdu l'usage des bains , et Ton n'avait pas de linge, «c L'usa|;e » du linge fait dé chanvre n'est pas fort ancien. Du » temps de Charles vu, roi de France y il était encore 3> fort rare , et l'on dit qu'il n'y avait que la reine , son » épouse , qui en eût deux chemises. » Navdaeaita , pag. 82.

» ' Les derniers rois de la seconde race avaient partagé » les terres qui leur restaient en ûeh aux seigoeurs qui a» paraissaient les soutenir , et qui le plus souvent les in- » bissaient. Le reste des personnes libres était devenu de » condition serve. Les prises et reprises des villes avaient » détruit le reste de la liberté. Il n'y avait plus que des » seigneurs qui croyaient ne rien devoir au roi , et des » ecclésiastiques qui se créaient exempts de toute contri- » bution au maintien de l'État. Le roi n'avait donc aucun 1» revenu et des sujets de nom seulement, etc., etc- > (Dictionnaire historique de l'abbé Ladvocat , article de Hvgues-Capet. )

* Ce mal a duré long-temps. La malpropreté des rues de Paris était la cause des contagions fréquentes éprouTées par les babitans de cette ville. Elle attira l'attention de Fiai* 00» 1*'. Son édit du mois de novembre i53g, offre un ta-, Àleau frappant de l'état où était cette partie de la police. I « La ville de Paris est si orde et si pleine de bouea , 6enls< » gravois et autres que chacun a laissés et mis commuDe* » ment devant son huis, contre raison et contre les Ordoo- » nances , que c'est grand'horreur et très-grand déplaisir ;

aie est loin d'annoncer les superbes palais

}ai de son fleuve un jour doivent border les quais ;

£t moins encor l'esprit des reformes civiles

^ui la rendront enfin le modèle des Villes.

lux Pirates du Nord , Paris , un siècle entier j

honteusement réduit à demander quartier ,

Leur a trois fois en vain paye sa délivrance ' :

Que doit-ce être , grand Dieu ! du reste de la France ?

Â.UX Barons , dans leurs fiefs , alors tout est permis ;

Par eux sont dépouillés amis , comme ennemis.

D'un Bourg k l'autre , on suit une Loi différente * ;

Mais la force est partout la loi prépondérante.

» et sont les choses à très*grand esclandre , vitapére et » deshonneur d'icelle ville et faubourgs d'icelle , et au » grand grief et préjudice des créatures humaines demeuto rant et fréquentant en notredite ville et faubourgs , <iui » par Pinfection et punaisle desdites boues , fients et autres » ordures , sont encourues au temps passé en griéves ma- » ladies , mortalités et infirmités du corps , dont il nous » déplaît fort , et non sans cause , etc. » François i*'. et Herbi it essayèrent de remédier â ces inconvéniens. On n'y travailla efficacement que sous Louis zit.

' On n a pas le courage de retracer en détail ce que Paris eut à craindre, à payer et à souffrir, à peu près depuis l^an 800 jusqu'à 91a. Ces incursions des Normands sont une des plus tristes époques de notre histoire. Elles firent ajouter aux Litanies 'de FÉglise ce verset fameux : hfurore Tfoîtnannorum libéra nos , Domine !

* Avant la rédaction du Code civil , il y avait plus de ^inq cents coutumes qui ayaient force de loi en France.

88 LBiS TB0PE5»

Le gibier des Seigneurs seul est bien défendu : Pour un lapin, souvent, un pauvre homme est pendu*. Quelle est l'absurdité qui ae soit pas en vogue ? On a peur d'jone éclipse *, on croit un Astrologue \

* Ceci n'«8t pas une exagération , comme on pourrait le eroire. En 1 256 , Ëngvekraro iv de Covçt fît pendre trois jeunes Flamands qui avaient poursuivi sur ses terres des lapins levés sur celles d'une abbaye voisine. Saint Louis voulait lui faire subir la loi du talion. Le pape refusait aussi de Fabsoùdre j mais enfîn Couct e'tait un grand seigneur ; et avec le roi , et avec le pape, il en fut quitte pour de Fargent.

« La rigueur des lois sur la Chasse paraît aussi à M. de 39 BtJRiGifT tenir.de la barbarie de ces siècles. On sait avec D quelle inhumanité le roi Gontran , que Thistoire repré- » sente d'ailleurs comme un Prince humain et piçux, fît j> accabler de pierres le chambellan Chandon , accusé » d'avoir tué un bufile dans une forêt royale. » Grégoire de Tours, 1. x , chap. io.

* Même dans la minorité de Louis xiv, il fallut rassurer les Parisiens au sujet d'une éclipse de soleil, qui fesait déraisonner tout le monde. Le savant Pierre Petit publia , par ordre de la cour , une feuille intitulée : Haisonnemens contre les pronostics de P éclipse du soleil, 13 aoUt i654-

' NosTRADAMUS a fait bien des dupes \ mais il ne Tétait pas. L'auteur a vu , dans les archives d'une grande maison de Lorraine, la réponse de ce prétendu prophète à un seigneur qui l'avait consulté pour savoir si sa femme était fidèle, et s'il gagnerait un procès qu'il avait contre des moines. Il paraît que la dame et les moines avaient été avertis, et avaient aussi envoyé de leur côté àNosxRADAMUS, qui se moqua finement des uns et des autres.

Jean de Bar, astrologue et nécromancien du duc de Bourgogne , sous le règne de Charles vi , ne fut pas si habile. Il avait promis de faire voir le diable an duc d'Or-

CHkVr QVATHIÉMr. 89

Les Spectre« , les Lutins sont partout redoutés ; Nos Princes et nos Rois tremblent d'être envoûtes \ D'ailleurs , ni sûretë , ni chemins , ni commerce ! Le brigandage est l'art , le seul art qu'on exerce ; On ne sait que se battre : ô préjugés cruels ! Thémis même à Bellone emprunte les duels ^ , On plaide à coups d'épée ; et , sur la moindre somme ' , Pour avoir gain de cause, il faut tuer son homme.

léans ; il ne put pas tenir parole. Le duc d'Orléans liTra le pauvre magicien au bras séculier, qui le fit brûler vif dans la place du Marché aux reaux.

' Envoûter sîgniiîait ensorceler. EKGtJERKAiiDnE MAsiGirr aurait eu sa grâce , si Ton n'eût trouvé sa sœur et sa femme fesant des figures de cire pour envoûter ou faire mourir: le roi par magie. Voyez aussi un Mémoire de M. Lavcelot, Académie des inscriptions» tom. x, pages 617-639.

* a Le combat judiciaire était Tunique vpie par laquelle 3) nos pères jugeaient toutes les actions civiles et crimi- » nelles , les incidens et les interlocutoires. Saint Louis est » celui qui a commencé à abolir cette étrange procédure, y II suffisait , de son temps , qu'une dette montât à douze » deniers pour que le demandeur et le défendeur termi- » na8seni,leur quereHe par le combat judiciaire.» (Mob^ TEsQViEU, Esprit des Lois.) L'intérêt empécba les sei' gneurs particuliers d'imiter saint Lovis. En Allemagne on trouvait si beau Tusage des duels juridiques , que TEmpereur Othov en avait fait un privilège de la Noblesse j mais les chanoines de Paris, peu curieux de se battre eux-mêmes, obtinrent d'un Pape le droit de se faire représenter par leurs Serfs.

^ Pour cinq sous. « Louis vu défendit de se battre nour ]» juoÎDS de cinq sous. » Ibidem» IVous avons^ à ce sujet ^

Le Clergë , plus instruit , à ce joug oppresseur Pouvait de rÉvangile opposer la douceur ; Mais lui-même, berce d'illusions fatales , Reçoit aveuglement les fausses dëcrëtales ' ; Et Terreur , à genoux consacrant ces vains droits y Abuse , buît cents ans , les Peuples et les Rois. • A quoi s'occupe-t-on dans cette nuit profonde ? On croit , de siècle en siècle , être à la fin du monde *.

an livre extrêmement curieux , de b^Audiguier , intitulé : Le t^raiet ancien usage des Duels, în-8*. de 673 pages^^ Paris, 161 7. Nous en avons parlé dans notre Essai sur les meilleurs ouvrages de la langue française , placé à la tête de la Belle édition des Lettres provinciales de Pascal , qui fait partie des Classiques français , publiés par M. Didot Fatné. Il faut lire aussi , sur le droit des Guerres privées que s^arrogeaient ks seigneurs, la vingt «neuvième dissertation de DU Gange surThistoire de saint Lovis. Du Caitge a traité ce sujet avec son érudition ordinaire 1 et a fait Toir les désordres sans nombre qui , émanés de cette source , inondèrent la France.

' 11 n'y eut jamais d'imposture plus audacieuse et pin» difficile à détruire. Le pape Nicocas 1''.» surnommé le Grand , s'autorisa des fausses décrétales , et les évéques de France s'y soumirent en 867. Si l'on veut voir cette fraude et ses suites dans l'Église latine , appréciées par un juge non suspect , il faut lire les remarques de l'abbé Flburt , â ce sujet , dans ses Discours sur l'Histoire ecclésiastique , Disc. 1TI y art. 3 ; dise, iy, art. i et suiv. ; dise, vu , art. 6.

* Au sixième siècle , saint Grégoire-le-Grard regardait la fin dn monde comme peu éloignée. A la fin du dixième 8Îècl%, on la croyait très-prochaine, et tous les actes (à dater de 9^4) commençaient par cette formule : Ajpfpro^

CHANT QUATAIÈME. gt

On ytvt soumettre aussi le jugement de Dieu Aux Épreuves du Pain , de l'Eau froide , ou du Feu \ Mais qui peut dénombrer toutes ces rêveries , £t ces grands mouvemens pour des niaiseries ? Des Franciscains entre eux voyez les longs débats ! Leur Froc sera-t-il rond y ou pointu par en bas? Le Moine , qui doit être un pauvre volontaire j Du potage qu'il mange est-il propriétaire ?

.Beaux sujets de dispute , et de schisme , et d'aigreur ! Le Pape est d'un coté ; de l'autre , est l'Empereur;

pmquante mundi termimo, etc. G>mme Fon vit que Ton sVtait trompé, Orroir, évéque de Frisiogue, reprit la question dans le douzième siècle : Fleuri , Hist. eccl. viir , 35 ; XII , 57 et 58. ; xt , 70. On y est encore revenu plus tard. On avait annoncé un nouveau déluge pour l'année i594* Sur cette prédiction , Biaise o'Acriol , fameux professeur de Toulouse, se fit faire un bateau pour tâcher de se sauver.

' L'Epreuve de FEau froide fut introduite par le Pape £vGiR£ n , dans le neuvième siècle. Dans |^ette Épreuve , l'accusé avait le pied droit et la main gauche liés ensemble ; on le déshabillait et on le jetait dans l'eau. Lorsqu'il allait au fond , on le renvoyait absous ^ mais , s'il nageait sur l'eau , il était censé coupable. L'Ordalie du Feu , introduite dans le dixième siècle, se pratiquait de plusieurs manières, avec une barre de fer rougie , des charbons ardens , etc. On employait l'épreuve du Pain et du Fromage , lorsqu'il était question de convaincre un accusé de vol. Pour cet effet • on présentait au prévenu un morceau de pain d'orge et uo morceau de fromage de brebis , sur lesquels on avait dit la Messe j et», s'il ne pouvait les avaler > il était décidé

92 LES.TROnS.

L'Europe est en saspeas. Enfin , Rome fulmine * r Le parti qui succombe , il faut qu'on rexlennine ;. Bu large Capuchon l'adversaire têtu Yeut être le martyr dn Capuchon pointu^ C'était là le bon temps! On ne savait pa& lire.

Pour nier cet opprobre , il faut être en- déUrev Ah ! consultez Flemy * ^ méditez Robertson ' , Écrivains scrupuleux , au-dessus du soupçon !

coupable. Il y ayait encore d'anf res Ordalies on ÉpreaTes da même genre , ridicnles ou horribles.

' Quatre Papes, Nicolas it, Clémevt y, Jean xxn et Benoit xi $ travaillèrent pendani plus cTun siècle sur la fameuse querelle de la forme du Capuchon des frères Mineurs , Fratricelle9, ou Frérots , et sur la grande question de savoir si la propriété de la soupe que ces moines mangeaient pouvait leur appartenir^ ou à l^glise romaine. Frère Bbritard Déiitieux fut un des che& du schisme. Michel DE CÉsEiffE , général de l'Ordre , résista ouvertement au Pape et se ligua contre lui , avec le frère Guillaume Occak. il y eut plus de deux miUe de ces Religieux qui furent brûlés vifs. Ceux quî pouvaient se sauver se réfugiaient près de l'Empereur Louis de Bavière. Ces extravagances se rattaehaient aux deux factions , des Guelfes , qui tenaient pour le Pape , et des Gibelins , qui étaient pour TEmpereur.

* On ne saurait trop étudier ses Discours sur l*Histoire ecclésiastique, monumens de science, de raison et de sagesse y qu'on a bien fait de publier séparément , parce qu'ils peuvent être utiles à toutes les classes de lecteurs.

' Le tableau des progrès de la société en Europe de* puis la destruction de TEmpirc Romain, jusqu'à la fin du dix-septième siècle , sert d7ntroduction à l'Histoire da règne de Charles - Quint , si bien écrite en anglais par

CHANT QVATEIÉICE. 9S

Contemplez arec eux, d'une vue attentive.

De ces siècles de plomb la misère instructive ! Le spectacle effîrayant qui va s'offirir à vous Semble faire du monde un Hôpital des fous.

Vous frémissez des maux qu'enfante l'Ignorance.... Mais quel astre nouveau s'est levé sur Florence , Et quels sont ces Marchands ' dont la riche splendeur Semble eïïàcer les Rois ,par une autre grandeur? La flamme des Beaux-Arts , long -temps ensevelie , Se rallume avec gloire au sein de l'Italie , Qui voit naître à la fois cent chef»-d'œuvre divers *• Ses enfans , plus hardis , parcourent l'Univers ,

M. R0BERT8ON , et si bien rendue en français par M.Suarik. C'est un ouyrage classique , et dont la lecture est une pre'« paratîon nécessaire à Tëtude de iliistoîre mcMleme. On peut assurer que M. Rob£rtsoii est très-modërëk Bien loin (}u'il ait chargé le tableau dont il s'agit , on pourrait le trouver plutôt trop discret; et M. Suard aurait pu ajouter à cette belle Introduction des^ pièces justificatiTes plus fortes et plus étonnantes que le texte.

' Les Minicis , de simples particuliers devenus Princes , durent moins illustres à ce titre que par les grandes qualités , 1^ magnificence et le bon goût que plusieurs d'entre eux déployèrent , et qui leur ont valu Tbonneur singulier de donner leur nom à Tune des quatre plus belles époques

de rHifitolre.

* Les poèmes du Dàhte , du Tasse et de TArioste ; lai Coupole do Bramaute; les statues de Michbl-Argej les tableaux de RÀiuiEL^ etc.

94 ^KS TBOPES.

Réalisent au loin ce qu'on crut dûmérîqae.

Reconnaissent la Chine % et tronvent l'Amérique '.

Les Germains , à leur tour, au monde avaient donné Cet art qui changeait tout dans le monde étonné ; Cet art de Guttemberg ^ , par qui chacun s'éclaire j Et qui fait d'un bon livre un bienfait populaire.

A ce beau mouvement , il en faut convenir y La France ne fut pas la première à s'unir.

' « Le voyage de Marc Paul , qai remonte à peu prè» » au temps de la dernière croisade de saint Lovis , marque 3) la première époque de la Géographie moderne. » ( Mémoire de M. DE RossEL sur les progrès de la nayigation. ) Marc Paul était de Venise. La relation de son voyage donna aux: Européens les premières idées de la civilisation a laquelle les Chinois étaient parvenus depuis long-temps \ et ces idées firent nattre une surprise et une émulation salutaires. Ces Chinois , aujourd'hui trop exaltés par les " uns et trop décriés par les autres , ont cependant encore bien des institutions qui nous manquent , et à Tégard desquelles nous devrions , comme Fa dit Voltài&e ,

Admirer et rougir , et surtout imiter.

* Christophe Colomb était de Gènes ; Sébastien Cabot , de Venise ; Améric Vespuce , de Florence.

' Auteur des premiers essais deTImprimerie européenne » à Mayence, en 144^ j mais la Chine connaissait cet art et beaucoup d^autres long-temps avant Tépoque où nous avons crn les avoir découverts. Il est nécessaire de faire toujours celte comparaison, non -seulement entre la France et le reste de l'Europe , mais aussi entre l'Europe et les ai^^tres parties du globe . Nous sommes trop portés à ne regarder qu'autour de nous.

CHANT QUATRIEME. gS

Des auteurs illustraient Madrid , Lisboutie et Londre ' , Quand Paris n'avait rien qui semblât y répondre. Mais un Prince éloquent ^ , de notre honneur jaloux , Voulut que ce flambeau briUât aussi pour nous. AusL Muses , par ses soins , des Temples s'élevèrent ^ ; Des artistes fameux sur ses pas arrivèrent 4 ; II serra dans ses bras Léonard de Vinci ^; Le Catulle français vint du fond du Quercy ^ ;

' LoPEz DE VÉ6À , Le Camoeits , Shakespear , etc. , sont tous bien antérieurs à notre littérature française. Souvenonsnous que la première belle tragédie et la première bonne coméaie dont nous puissions nous glorifier , le Cid et le Menteur, sont des emprunts du génie de Correille au Théâtre espagnol.

' François i*'. , surnommé llËloquent , et ensuite fe Père et le Restaurateur des Lettres, et qui pourtant n*a pas encore été loué comme il mérite de Tjétre ; il faut du moins accoutumer la jeunesse studieuse a révérer sa mémoire.

L'éloge de ce grand prince , à qui la France doit ses lumières et sa véritable gloire , a paru devoir être la conclusion et l'épiphonéme d'un poème consacré à l'instruction de la jeunesse française.

' Le Collège de France et Tlmprimerie royale furent fondés par ce Prince en i53o. Il enrichit aussi la Bibliothèque du Roi; établit, le premier, des fabriques d'étoffe» de soie à Toui*8 et à Lyon ; fonda le Port du Uavre-de- Grftce ; bâtit Fontaineblieau , Chambor , etc.

4 Le siècle qui a produit Jean Govjoir , Germain Pilov , Philibert de Lorme , etc. , est une époque remarquable pour la sculpture et Farchitecture.

* Ce grand peintre mourut à Fontainebleau, en iSig^ dans les bras de Fraitçois i*'. C'est le sujet d'un beau tableau de MÉifAGEOT.

^ Clément Ma-ROT , né à Cahors , valet de chambre d« François !•'.

.g6 LES TBOPES.

Notre langue cbez nous cessa d'être proscrite **; On vit la sœur du Roi , l'illustre Marguerite * Penser avec courage , écrire avec succès.

Le mérite en tout genre à la Cour eut accès.

Robert Etienne ^ obtint la faveur du Monarque ; Le naïf Amyot fit revivre Plutar<{ue ;

' L'ordonnance donnée à Viller»-Coiterets, le lo aoftt i538y porte que tous les arrêts seront prononcés, enregistrés, et délivrés aux parties en langue française.

Le parlement continua à enregistrer et à publier en latin les lois qu'on lui envoyait en français ^ ce qui fut changé seulement en i563. Le Clergé persista à faire ses procédures en latin jusqu'après l'ordonnance- de 1639.

* Marguerite nE Valois , duchesse d'Alençon , puis reine de Navarre , écrivit spirituellement en prose et en vers. Cest incontestablement la première de nos Muses françaises. On ne peut lire » sans être attendri , sa comr plainte sur la maladie et la prison de François 1*'.

Rendes tout ua,Peuple content ,

O vous , notre seule espérance !

Dieu ! celui que nous aimons tant

Est en maladie et souffrance , etc.

La reine de Navarre eut le mérite d^étre tolérante , malgré Texemple de son frère et Fentraînement de son siècle. On n^eut pas pour elle l'indulgence dont elle usait envers les autres. Son ouvrage intitulé : Le Mirwr de Vdme pécheresse^ lut censuré par la Sorbonne. Un cordelier ouvrit même Tavis de mettre la Princesse-auteur dans un sac , et de la jeter dans la Seine. Cependant , l'Université désavoua la Sorbonne.

' Robert EsncirirE, savant distingué, fameux Typographe, celui des imprimeurs de toute l'Europe dont les éditions sont les plus correctes , fut honoré de la bienveillance , et

CSANT QUATRi£hB. Qf^

Et Platarque ^ , vainqueur de nos vieux préjugés , Nous tira de la fange où nous étions plongés. De ce grand Prince encor Fontainebleau nous reste : Séjour charmant , créé dans un désert agreste ; Du Havre le nocher lui doit Theureux abord ; S'il eût vécu , la Loire aurait baigné Ghambord *. A Fusage éclairé qu'il fit de sa puissance, Que la France k jamais doit de reconnaissance ! Et qu'il a racheté par des traits éclataas Quelques tributs payés à l'esprit de son temps ! Des rives du Tésin la bataille imprudente Peut-être accuse encor sa valeur trop ardente ;

Fon pourrait dire de Pamitie' de François I*'. Il fut le père de Henri Estienhe. M., de Thou a dit que la France doit plus aux EsTiENHEs , pour avoir perfectionne Timprimeric « qu'aux plus grands capitaines , pour avoir étendu ses frontières. Ce serait là le texte d'un bel Éloge académique.

■ Ce qu'on dit ici du service que nous rendit alors cette traduction, est tire littéralement de Mohtaigve. « Je lui » sais bon gré {h Amyot) d'avoir su trier et choisir un » livre si digne et si à propos (que son Plutarque) , pour » en faire présent k son pays. Nous autres ignoraos étions » perdus , si ce livre ne nous eût retirés du bourbier. » £ssais, l. Il , c. 4* *

* a Cbambord Teùt emporté sur Fontainebleau , si Frabt- » COIS eût eu le loisir de l'achever ; son dessein était d'y i> faire passer la rivière de Loire j et l'on voit encore les » gros anneaux de fer enchâssés dans les trous et dans les M murailles , pour arrêter les barques et les grands bateaux, » à mesure qu'ils auraient abordé. » Varillas. Comparaiton

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