‹ Les tropes ou les figures de mots: poème en quatre chants. Avec des notes, un extrait de Denys dChapitre 35 sur 41 · PLAUTE · texte numérisé non relu

PLAUTE

Oui I je dois bien juger que la chose est possible , A moins que je ne sois une pierre insensible 3.

TÉRENGE.

Les Grecs disaient aussi que l'admiration d'une chose étonnante pétrifie , change en pierre celui qui la regarde. C'est ce Trope pris à la lettre , qui a donné lieu à la Fable de la tête de la Gorgone , et à d'autres du même genre* IN^ous ne croyons pas nécessaire d'en détailler les preuves j mais nous ne pouvons oublier la Fable des cailloux de Deucalion et Pyrrha , dont Virgile et Otide disent que nous sommes sortis :

De là nous sommes nés , durs et laborieux , .Dignes fils des cailloux qui furent nos aïeux.

Saint-Ange , Metam. , ch. i.

L'or et les différens métaux ont influé sur le langage bien plus encore que les pierres.

Jason alla dans la Colchide chercher la Toison d'or. pLUTARQUE dit qu'il s'agissait de l'or qu'on tirait des ri- -yières , et que l'on recevait sur des peaux de mouton. On

' Quis Martem tunicâ tectum adamantinâ ?

HORAT. , 1. I , od. VI.

s Egomet credidi

Homini docto rem mandare ; is lapidi mando maxime.

Pladt. , in Merc.

' Quot res dedére uti possem persentiscere ,

Nî essem lapis I '

Terent. , Heaut. v. x.

t54 SOtJECES ET INFLUBlICK

donoe encore d'autres interprëtatîoos , mais qui toutes détruisent radicalement le merveilleux de cette Histoire et la ramènent n des Tropes.

Les siècles d'or , d'argent , d*airain , de fer, ne sont <fue des figures. Oytde a bien peint ces quatre âges. Les aolMin grecs en comptaient huit^ et, Jotévai, qui est parti de leur calcul , dit avec son humeur et son dpretë ordinaires :

Voici le neaTième âge , encore ploB afTreux

Que le siècle de fer , déjà si rigoureux ;

Gomment nommer son crime ? Ah ] la nature mèmt

Ii*a pas un yil m^al qui lai senre d*em)»làme '.

Un, Grec, ami de Thyperhole dans le genre flatteur , dit queiSapho était d''un or plus fin et plus pur que lor même *.

Ro^BÉ a dit heureusement :

Que i*4ime 4 Yoir le bon HoRACi.

Dorant sa médiocrité ^.

Un proverbe très - énergique emploie aussi ce dernier mot :

En plaçant mal ses dons , toute puissance écboiM. Souvent pour favoris elle a des gens tarés , * De titres , de cordons vainement chamarrés ; Rien n*y fait : on ne peut jamais dorer la houe.

La fable de Midas , qui fut d'abord trop exauce , et qui finit très-sagement par se sauver à la campagne ^ cette Fable , si bien contée dans le Livre xi des Métamorphoses d'OviDE , n'est qu*uoe Allégorie dont la morale est évidente:

De ses vœux insensés rien n*arréte l*e$sor ,

Déjà , dans sa pensée , il change tout en or.

' IVona JEtas agitur , pejoraque sawula ferri Temporibus ; cujus sceleri non invenit ipsa Nomen , et à nullo posait natura métallo.

JUV^NÀL, fat. XIII.

* Aaro magis aurea Sapho.

' Auream quisquis mediocritatem Diligit , etr. HoKâT. , L u , od. x.

I^S XÉTAFH0K6. l55

Tandis ^a*U •*apphadit d'an don peu dénxàhU , D^ mets les plus exquis on a chargé sa table ; Sa main change en métal les présens de Cérès. C*est en vain qu'il s^apprête k savourer les mets : Sa dent qui se fatigue écrase un or solide ; Sur ses lèvres le vin ruisselé en or fluide.

IDétrompé d'un bonheur qui le rend malheureux « n BwiuflBt M richesse , ii cooidateBe ses voenx , etc.

IVadt. de SÀ»rtt*AMC.

Lie règne minerai a fourni plaeieurs apologues aux poé'tei latins modernes; ainsi, le Lingot d^or et la Crneuse de fer ont été mis en scène et se sont contesta leurs hiens et leurs maux respciptifs. Le mercure a été chante , avec raison» dani le poème ingénieux qu'on a fait sur le Baromètre. L^aimant et la boussole ont été célébrés aussi par les Muses latines , qui laissent, en ce genre, une belle carrière ouverte à l'émulation de nos Muses françaises , si elles veulent profiter des progrès qu^on a faits dans les sciences naturelles. De combien de merveilles la physique pourrait enrichir le Parnasse! et que n'auraient pas dit les anciens poë'tes, si l'on eût connu de leur temps Téiectritité de Franklin , et les ballons de MontgouTier , et la pile dtf 'Gtax.tA:'»! ! etc.

SVL

Des plantes et dé hulr$ pùtiièi , t^s feulHéà', les fleurs^ les

racines, etc.

Le règne végétal se rapproche bien plus de Thomme , et donne lieu, par conséquent^ à un plus grand nombre de Tropes , que nous ne ferons qu'indiquer.

Dans les Oiseaux d'AïusToPHANE, on dit que VAttique est stérile \ il n'y a qu'une seule graine qui y pullule abon* damment :

Sk VQ»» êtes d*Attiq««f , os^wt-vous jamak

Dire qu*il s*y trouve autre graine

Que de la graine de procès ? — Cette graine , « Attifae , il Mt vrai, vient sans p^inc.

Ijm Oiseavx , act. i , se. iv.

t56 SOURCES ET INfLtJEkCE

Un yieux proTerbe ^^est égayé sur la même image :

Il est des herbes qyte l^oa sème £t 4pi*on plante soigneusemeat :

La sottise n^est pas de même ; Elle vient naturellement.

Mous trouverons sans peine des exemples plus relevés. <i La vertu véritable a de si profondes racines » que ries ne saurait Fébcanler ^ »

La moisson de Cadmus devenait une armée , Prête à faire la guerre à qui Tavait semëe *.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur le sens que Ton peut donner à cette fable singulière. € On a cru que Cadmas » avait apporté de Phénkcie en Grèce les lettres de l'Alpha- D bet. Érasme a conjecturé que les dents du serpent figU' » raient par Allégorie les caractères de Talphabet , qui sont » les armes avec lesquelles les lettrés se font la guerre. » CouRiTAso a profité de cette idée dans le poè'me des styles

On vit alors éè qu'on a vu depuis , Les ëcrivaitts l\ui par Tautre détruit».

Tel de Gadmus Teskadron redoutable.

Issu des àfiaXade cette hydre effroyable , Dès sa naissance au carnage animé , De pied en cap ne se sentit armé , ■ Que pour tourner ses fureurs meurtrières Contre lui-même , en égorgeant ses frères.

Saint-ânge y Métam. , eh. m.

n serait long et superflu de rappeler ici tous les autres récits d'OviDE qui font allusion à des arbres et â des plantes. Eh ! qui ne connaît pas le laurier de Daphné? le roseau de Syrinx? le tilleul de Baucis et le cb^ne dePhilémon? les peupliers des HéUades?le pin d'Aty s ? Crocus?

' Yirtus est una altissimis defixa radicibtii , qu» ruUr uaquàm ri labefactari potest. Gicebo.

* Dircœis qualis in arvis '■■ ' ' "

Messis , «um prbprio mox'bellatura colotio.

' Glaudian , Stilic. I.

DES MBTAPUDRES. ïS*/

Hyacinthe? Narcisse? Cyauus? Qyto? et tant d'autres métamorphoses, imitées depuis par le P. Raput dans le Poème des Jardins , et «par beaucoup d'autres poètes? Delille a eu raison de dire :

Églé sera long-temps comparée à la rose ;

mais si cette comparaison pouvait sembler un peu usce^ ne pourrait-on la rajeunir, au moyen de la double image dont CLAuniEA se sert pour flatter Sérène et sa fille ? L'une, reine des fleurs , brillante, épanouie, Mdntrr en tout son éclat , le printemps et la vie ; L'autre, dans son bouton , doux espoir de 1* Amour , Se cache , et n*ose encor s^ouvrir aux feux du jour '• Les Anciens disaient une Jnrét de choses pour en exprimer Tabondance et la variété. Les poésies de Stace sont appelées des.Silves. Cicéron veut que Ton rassemble une foule de connaissances qu'il nomme également une forêt de choses *. C'est un avis dont la jeunessse doit profiter dans ses études. Avant de se produire, il faut avoir acquis un fonds , dont la provision manqué souvent à ceux qui se pressent trop de paraître :

Et leur feu , de'pour^u de sens et de lecture , S'éteint , à chaijue'pas , faute de nourriture.

BoiLEAU , Art poét. , ch. m.

N. B. Sur ces vers, qui sont excellens, l'abbé de Con-* DiLLAG demande , avec l'air de chicane que les prosateurs rigoureux prennent vis-à-vis des poètes : Qu'est-ce qu'un Jeu dépouruu de lecture (Art d'écrire ,1. lî , c. i) .* M. Dao- If oc rapporte cette question dans sa très-bonne édition des Œuvres de Boileau , et semble l'approuver , en n'y répondant pas. Cependant on sent bien que l'auteur de l'Art poétique blâme ici l'écrivain paresseux, ignorant, qui peut

* G«u geminie Poestana rosis per jugera régnant) Hcec , largo matura die , saturataque remis Roribus , indulget spatio ; latet altéra nodo ,

Nec teneris audet foliis conupo^ttere soles. CitAVDlAMt

* Syli^a rcrum comparanda est. Gickr.

l58 SOURCCS VT IirrLITËNCB

aroir de k «hakur dans l'^Aocntion ( du feu ) ; mais qui n'ayant ni raisonne , ni In , manque tout A la fois , et de sens et de connaissanees; de manière quM reste au-dessous de tous ses sujets , et que joa feu s'étemtfiutte de nourriture. Voltaire a dit de mtee :

L*6nie est «m fea tfù^û frut Boanâr,

£t qui s*éteiat «U ne «VugmeaW.

La FeHTAnifi a Men eiabelli les «ujets de Mies 4>«i Esope a pris pour interloeutefirs des arbres ou des plagies. Le Chêne et le Roseau est un ehef-d'œurre dans ce genre. H reste encore dans Ésope plusieurs £siblesde cette espèce , qui ne sont pas tradaites , comme le Gampagoaid et TArbre, que ce campagnard voulait abattre, mais qui recelait dans son tronc une ruche et du miel ' ; la Rose et FAmarante *, etc. n en reste un bien plus grand nombre que nos jeunes auteurs pourraient puiser eux-mêmes dans la connaissance de3 plantes. Le spectacle de la nature , mieux connu de nos jours , n*est pas décrit y il s^en faut bien « comme il pourrait et devrait l'être. CVst une source inépuisable deTropeset d*lmages. Homère , qui a céle'bré des végétaux imaginaires (le INépenthés et le Moly), que n'auraît-il pati dit, s^il eût connu le Thé, le Cacao, la Canne à sucre? Horace, qui a maudit PAil avec tant de colère , aurait peut-être aussi trouvé dans le Tabac un sujet d^imprécations ^ mais quelle ode charmante le Café lui eût inspirée! Que Virgile aurait fait valoir la Parmentière. et le Maïs !

Hugues Blair fait un juste éloge de l' Allégorie de la Vigne, qui est parfaitement décrite et soutenue dans un des Psaumes de David. Cette Vigne est le peuple Hébreu ( ps. 80.). Nos Lyriques français ont jugé ce thème difficile , et peut-être impossible dans notre langue ; et nous sommes bien éloignés de la présomption d*aborder une tâche qui parait avoir rebuté Cokheille , Racuve et BotrssSAU.

' Fabula £K>pMV, de FtmiA (AfFIoreaet 1809) y lUb. 276. > Ibid., r«Ji. 321.

DE^ ICÉTAPBORES. l59

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