‹ Les tropes ou les figures de mots: poème en quatre chants. Avec des notes, un extrait de Denys dChapitre 36 sur 41 · S VII · texte numérisé non relu

S VII

Des choses communes aux animaux en général, le corps,

la tête, les pieds, etc.

LUmagination , qui veut tout personnifier, part toujours du connu pour arriver au moins connu. Elle a donc saisi les parties du corps des animaux, comme un point de com* paraison qui figure , par Mëtaphore , les objets qu^elle veut rendre plus familiers.

CicÉRoir , dans ses Tusculanes , nomme la tête du repas t le premier mets que Ton y sert '.

a Dans les corps et dans les empires , la plus grave des maladies est celle qui vient de la tâte '. »

Nous ne pouvons pas rendre en français le Caput des Latins par ces mots, chef, ou tête, dans plusieurs circonstances où cette Métaphore est cependant très-remarquable. Nous prenons même du latin le mot de Caput^ mortuum*

a Le chef-d'œuvre de Fart est de savoir garder toutes > les bienséances '. » C'est ce qu^on ne peut trop répéter à quiconque se fait auteur.

« Pour traiter convenablement les afiaires d'État , le ea- » pital serait d^abord de bien connaître TÉtat même ^. » Avis a plusieurs faiseurs de pamphlets politiques ! Â.Tec l«ur plume , ils font le destin des Couronnes ; Mais qu'est-ce que la plume , si le Cuput de Ciciaoïr y manque pour la diriger ?

La tête se prenait aussi pour toute la personne. De la lête

aux pieds voulait dire, oomase en français , du haut en bas.

A Toccasion des diveraes acceptions dans lesquelles ce

mot de pied te prenait en latin , il faut lire SéiiiQirB.

' Caput ccen», Tusoul. v.

* XJt in corporibus , sic in imperio , gravissimoi est morbus qui 4 eapite diffunditur. Plik. jun.

' Caput artis est deeere quod faeias. QuiVTiLlAN.

^ Ad consilium de Republicl dandum , caput est nosse Bompublieam. Gicno.

.l6o SOUAGES ET IfTFLUENGE

« Songez bien , dit-il , que les choses sont plus nombreuses » que les mots. Il y a une foule d'objets et de substances a» qui n^ont point encore de nom. On les de'signe alors » par des appellations qui ne leur appartiennent point en » propre, et qui sont emprunte'es d^ailleurs. Nous disons » donc également le pied , d'abord de notre pied y du pied )> du lit j du pied des voiles j et , ensuite des pieds d^uo » vers \ comme le mot de chien s'applique au chien de » chasse, au chien de mer, au chien céleste. Nos langues % sont insuffisantes pour assigner à chaque chose un mot 30 qui la caracte'rise. Alors , toutes les fois que le terme » propre nous manque , nous en prenons un à crédit '. v

Ce passage est si curieux , il vient si à propos dans un ouvrage sur les Tropes , que nous ayons dû le transcrire.

Talonner , c'est suivre de prés ; marcher sur les pieds de quelqu'un. Un roi de Perse a employé ce mol très-èxpressif , en disant a son fils :

Ces diamans qiû nous couronnent , On s'en pare an moment ; mais il les faut laisser. Sur le trône , « son tour, ehaque roi doit passer ,

Et nos successeurs nous talonnent.

Un Jurisconsulte romain dit qu'une muraille fait ventre de manière à avancer d'un demi-pied , ou plus , sur le fonds du voisin'. On le dit aussi en français^ mais les mob uenter , abdomen , et les autres membres du corps , n'étaient point bas chez les Romains. Ils entraient dans le style noble. Virgile se propose de faire venir des concombres, et de les

' Gogitaveris res esse plures qu4m rerba. Ingeni copia «at reron sine noroine « quas non propriis appellationibus notamns , sed alienis commodatisque. Pedem et nostrum dicimus , et Iccti , et veli , et car* minis I Canem , et venaticum , et marinum , et sidus. Quia non su(B> «imus ut singulis singula assignemus , quoties opus est , mutuamor.

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