‹ Les tropes ou les figures de mots: poème en quatre chants. Avec des notes, un extrait de Denys dChapitre 5 sur 41 · O LES TROPES · texte numérisé non relu

O LES TROPES

Quelquefois de fâcheux on est assassine '.

Jason se contentait d'un exil couronné ^.

« La clef du cofifre^fort et des cœurs , c'est là même K »

«< On porte ses remords ayec le diadème ^. »

Tout l'éclat du talent par l'âge se Aétrit ,

« Et les rides du front passent jusqu'à l'esprit ' :

Telle est la Métaphore ! On prétend quTÉpicurc

Avait de ses écrits banni cette figure ®.

1 Soas quel astre , bon Dieu , faut-il qae je sois né , Pour être de fÂcheax toaj«urs assassine !

Mox.ii&x« les Fâcheux g acte i.

3 Et si je me bannis par-delà ma pairie , Vn exil couronné peut fiiiro aimer la vie.

P. CoaNsxLi.x , la ToisoB d'er« acte xt« scànQ !▼•

' La Fontaine , Contes.

* Racine , les Frères ennemis.

* P. Corneille, vers au roi , en 1676. Il a employé heureusement cette belle expression de Moiitatgne : k La vieillesse attache plus de rides à l'esprit qu*au visage. »

Voyez ci-après , sur la richesse des métaphores de Montaigne , une note du quatrième, chant.

' D106ÈNE Laerce et Gassendi donnent cette louange i Ëpiccre. Euclide de Mégare et Empédogle s'élevaient aussi contre l'usage des comparaisons ^ et se fondaient , à cet égard , sur ce double raisonnement. « Ou ce quW trouve » de semblable , est pareil en tout point à l'objet dont on » le rapproche , ou il ne s'y rapporte pas. Si la chose est la ') même > n'est - ce pas , disaient - ils , une simplicité , de u chercher l'ombre au lieu du corps > et de laisser là le so- » lide pour courir après une image ? Si la chose n'est pas » exactement la même , toute similitude alors n'est pas fu- D tile seulement ; mais elle doit paraître inepte et impor-

Attendai^fOn de lui celle sévérité Qui de tout opneincnt prive U mérité?

Gcëron , moins rigide et j4ôs;sagc sans doule , Aime à cueiUir les flefvs qu'il trouve sur 9a roate. Chez lui , la lAétaj^ore , artifice innocent , Prête à la raison même ua cliarme plus puissant ^ Les homimes sont distraits jet souvent peu flexibles -, U faut, pour les toucher ^d^s images sensibles;

» tune. » Mais il est ais^ âe répondre à cette argutie sophistique , surtout par le goût naturel pour saisir Fimitation et les ressemblances des choses , qui est inné dans tous left hommes. Le monda est une scène toute pleine d'images , et rhomme lui-même en est une , et in imagine pertransiu U aime les rapports et les rapprocbemens ; et il en trouve d'autant plus , qn*il a plus vu et mieux observd. De tous les lieux con^muns , celui de la similitude est donc un des plus agréables , et ce n^est pas le moins utile. Ployez encore la Aote suivante. x

' Suivant Cicéxoir , il n'y a rien qui plaise davantage que des Métaphores bien placées ; Nihilenim tùm gratiuSf tiim détectât magis , quam metaphorœ in loco usurpatœ, ( De Oratore, 3, 38.) Ailleurs, il nomme une hérésie Topi^ nion de ceux qni ne veulent point de fleurs dans le dis* cours , et qui , en conséquence , s'abstiennent des Métaphores. In eà est hœresi quœ nullum sequitur florem orationis^ etc. Saint AvcusTm, aussi, prooTe admirablement, dans une épître expresse , l'utilité des paraboles et des similitudes. Avec le secours des images , on saisit mieux Tentendement; et c'est, seloh lui, le moyen de secouer et d'exciter la paresse de notre esprit , etc.

D. AuGvsT. ep. IT9.

8 LES TKOPEfi. •

Et les Tropes heureux , de leur dëgoât vain^io*} ^ GaptiYent les esprits et subjuguent les cœurs. Oui : l'art d'ëcrire est l'art dé peindre la pensée.

Si poiflrtant cette règle était trop loin poussée 9. On pourrait , arrêté par des scrupules Taûas , ' HBomer trop la carrière ouverte aux écnyains* Ici , je suis forcé de combattre Voltaii*e ; Et mon re^ect pour lui ne me^fera pas taire. . Les Tropes , à son gré , doivent être proscrits , Lorsqu'on ne peut les peindre ainsi qu'ils sont écrits \ n n'en excepte aucun. Cet arrêt d'un grand maitre N'est pourtant qu'une erreur facile à reconnaître. Et son autorité n'y peut mettre le sceau.

Non : la plume n'est pas l'esclave du pinceau I Des couleurs sur la vue et des mots sur l'oreiHe La puissance n'est pas exactement pareille ; Car , ce que les couleurs ne sauraient nous montrer ^ Dans notre entendement les mots le font entrer. L'imagination librement se promène Dans les deux infinis qui forment son domaine : Elle peut combiner , en ses pensers rêveurs , Les bruits , les mouvemens ^ les parfums , les saveurs ;

' « Toute métaphore doit être une image qu'on paisse j» peindre*... C'est une règle qui ne souffre point d'excep- » tion. » ( VoLTAi&E^ Commentaire sur VHéraclius de Cohr

HEILLE. }

GHâNT PRËMrER. 9

La niât mèoke M peut lui cacher la nature.

Voilà ce *qtte jainais n'atteindra la peinture ! Ce qui n'ett'^&li^Uè^ec elle eât perdu , '

Et le monde invis&le est le plus étendu.

Ainsi la règi^ ei9t fausM et Même dangereuse t Elle nous prierait -de lAaintè iihage heureuse Que l'esprit aisëment peut transmettre au papier^ Et qu'en yain sur la toile on voudrait copier '.

Mais l'oreilie: , superbe- en sa délicatesse , Dé toute Métaphore eiLÎge la justesse.

€e Trope , toujours prêt à servir au besoin ^ Ne vent être cherché m trop bas $ ni trop loin. Raillant sur le déluge , un écrivain peu sage Dit que Dieu « laya Uen la tête k son image *, * Cn autre , en ce fléau qui' punit nos travers ^ N'a vu qu'une lessive à 'blanchir l'univers ^.

' Les hommes les plus prévenus en faveur des arts du dessin , sont obligés de convenir que ce langage a ses limites , plus étroijtes que celles du langage ordinaire , et surtout de la poésie.

« Ce serait se flatter vainement que de croire , avec quel- » ques modernes , qu'on peut porter rallégorie assez loin » pour parvenir jusqu^à peindre une ode y les anciens ar- » tistes même y auraient échoué ; et un semblable tableau » exigerait un commentaire plus volumineux que toutes > les odes d« Pindare. » Wihxelmanit , Essai sur rAllégoriO) CI.

* Beitserade , Ovide en rondeaux.

s TEvruLUEir.

Le grand Rousseau lui-siéme , abusimt d# ^.Igrc^l , Des eaux , paries zëphirs , a fait fûiid^ J*^c«roe ', n a d'une âme , ailleurs , inaçoiqié^ies^iP^mpeftç ^. Parmi bien des beautë^ ci^ défauts #oixt ëpiir^s , j Mais le styk , toujours fidèle aux conveuaocfes^. Est un concert parfait , qui craint ies dissonances. La Métaphore veut que les rapports soietit Trais : Plus ils sont naturels , et plus elle a d'attraits.

Surtout , que la. {Nremière offiejcta k Japemée , r D'une autre , au même instant , ne s«it pas l'epoitsaée ! Toutes deux , à ce choc , reculeraient d'e&oi. M Prends ta foudre Louis » , dit MaUieibe à son roi ^ I Fort bien ; mais en lion quand ce roi se transforme , Le goût n'en peut souffîir k disparate énorme.

I Et déjà les Képhirs , par Imi» oliaade« balmnes »

Ont fonda l'écorcejdcA eaux.

J.-B. RbiTsssAir , Odes.

* Le même , dan& ses Ëpitres , peint un Midas ^ dont il dit que la nature ,

En ntaçonnant les remparts de son âme , Songea In en plus au iourreaa ^olà la Un»

C'est dans les grands écrivains qu'il faut relever ce» fautes , parce qu'on s'en autorise. Ainsi, de ce que le même J.-B. Rousseau avait mis dans une épître :

Fatuité sur sottise greffée ,

Un ai^tre auteur a cru pouvoir renchérir sur cette image , en nommant je ne sais quel Midas, orgueilleux et béte ,

Un paon greffé sur un dindon.

3 Prends fa foudre , Lonîs, et ra comme un lion , ef c.

MaiiBBrbb , ode an roi ( Louis xixi) partant poor le siège de la Rochelle.

Cependant l'abbé Fraguier a remarqué , dans des mé-

Il n'admet pds non plus an Trope reàoxùAé»

De Foiseaa àe Jnnon faire on avril aile ' , C'est grouper follement image sur image.

Je sais bien que du paon le superbe plumage A pu TOUS rappeler , par ses viyes couleurs , Le riche email du mois qui voit naître les fleurs ; Mais vous gâtez Tëclat de ces fleurs naturelles , Quand vous les confondez et les brouillez entre elles ; Voulant trop renforcer un tableau si cbarmiinty D'un [^sir à l'esprit vous faites un tourment. Connaissez mieux son goût , et suivez mieux sa pente.

Si votre Mëtaphore est fidèle et frappante , n n'est aucun objet qui n'en soit embeUi , Aucun détail commun qui n'en soit ennobli.

Sans affectation conune sans bigarrure , L'habit de la pensée en devient la parure.

Vailles de Dîoclëtien et de Maximien » ua lion qui tieat uii foudre dans sa gueule , et il allègue ce fait <c pour justifier en passa&t , s'il se peut , le yers de MA^HBtBC. i» Mémoires ae TAcademie des inscriptions et belles-lettres , tom. a.

Quihtilien observe , à ce sujet , qu'il ne faut pas, après avoir commencé par une tempête, finir par un etnbrtiêe-' ment. Ce&tceque rencontra tout juste un subdélëgué , qui > rendant compte à on intendant de prorioce d^un accident arrivé par le feu , lui écririt : « Bn un mot > monseigneur »

> ^incendie était si violent et les flammes faisaient tant de » progrés, que, sans de prompts secours, nous y aurions

> tousyàit naufrage» d

' « Il ne faut pas redoubler ses métaphores, c'est-à-dire ,

A saisir ces rapports ub génie exercé , La baguette à la main , comme une autre Gircë ^ Transforme tous les mots et les tourne en images , C'est par-là que Voltaire eut droit k nos hommages , Et que des écrivains il parut le plus grand , Même en ces wts légers qu'il dictait en courant. La Métaphore égayé , embdlit et varie De ses moindres billets l'élégance fleurie ; Jamais un goût plus pur n'orna mieux la raison *•

9 faire une métaphore d^une chose qui est métaphorique , » comme un poé'te itaHen , qui appelle un paon un avril ji aUé. 1» Garpentariaha , pag. 109.

' L'auteur de la Henriade , de Zaïre , et de Mérope , célèbre à tant d'autres titres , n'a pas besoin que l'on fparle spécialement du charme de ses pièces fugitives ^ mais elles auraient suffî à la gloire d'un seul homme , et l'on peut les citer toutes comme les meilleurs modèles du bon choix des Métaphores. Cette abondance d'images , qui rend si ëtincelantes les pièces de sa jeunesse , ne l'a pas abandonné même au déclin de son Âge. Voyez comme on les retrouve , et toujours coulant de source , dans ses vers à Desmahts , aimable cajolerie , qu'il a souvent répétée sans se redire jamais :

T08 jeunes mains cueillent des fleurs , Dont je n'ai plus que tes épines , etc.

Dans sa lettre à Voisehoh , sur Isabelle et Gertmde , un de ses contes charmans que Favart venait de mettre, avec succès , au théâtre \ ce qui fournit à Voltaire plosieun images flatteuses :

Parais un arbuste inutile Qui languissait dans mon canton ', Un bon jardinier de la ville Tient de greffer mon sanya^eon.

CHANT PREMIER. l3

Ma» ici , devant nous., un inimense horizon S'ouvre , et plus on le voit , plus il semble s'étendre : L'embrasser d'un coup d'œil , ce serat trop prétendre* Je ne yeux pas non plus de tout l'art des rhéteurs Accabler, en un jour , mes jeunes auditeurs.

Je ne recueillais de ma rigne Qu'un pen de vin grossier et plat; Mais nn goarmet Ta rendu digne Da gosier le plus délicat.

Ma bagne était fort pea de chose; On la taille en beau diamant.

Honneur â l'enchanteur charmait Qui fit cette métamorphose f

Et dans ces dernières stances à madame Duoeffant , véritable chant du cygne , où il dépeint sa vieillesse ayec des couleurs si fraîches , si vives et si touchantes !

Eh ! quoi , rons êtes étonnée , Qu'au bout de quatre-vingts hirers , Ma muse, froide et surannée , Fuisse' encor fredonner des rers f

Quelquefois un peu de rerdnre Rit sons les glaçons de nos champs; Mais les bergères , les amans , I^'en composent point.leur parure.

Après la saison des beaux jours ^ Un oiseau peut se faire entendre ; Mais ses chants n'ont plus rien de tendre , Il ne chante plus ses amours.

Ainsi je touiche encor ma I7M, Qui n'obéit plus à mes doigts; Ainsi j'essaye encor ma yoiz , An moment même qu'elle expire , etc.

Il faudrait tout copier , si l'on voulait reproduire tous les

t4 LBS TBOPEft.

Leur âge, ni le mien, ne pennet pAS sans doute De franchir d'une traite mie si longue route. Eh bien I prenons baieine ! et nom pourrons après , Nous remettre en chemin sur des coursiers plus frais.

morceaux de ce genre. Ce sont de pareils exemples qui pea« vent former le goût et enrichir la mémoire, où ils se gravent jsans peine.

Il serait à dësirer que Ton Ûi un bon extrait des Œuvres de ce grand homme. Les Voltàikes portatifs que nous possédons déjà sont tronqués outre mesure. Il y aurait un milieu entre cette sécheresse des abrégés étranglés, et les soperfluités des éditions complètes. Le choix potirrait être exquis ensemble et irréprochable. Voltaire, rendu clas* sique , orné de très-peu de notes , et imprimé avec soin , serait un des beaux présens qu'on pût faire à la jeunesse.

C^est à lui quHl faut surtout appliquer le sage avis de QuinTiLiEir , qui veut qu^on trie avec le plus grand scru' pule non -seulement les auteurs» mais les morceaux des ouvrages destinés à être mis dans les mains des jeunes gens: JVon auihores tantùm , sed autkoris partes elegeris , et par une raison bien digne de cet excellent rhéteur , qui trou* ▼ait dans Horacb mente quelques endroits dont il n'aurait pas voulu se permettre l'explication : Flaccum in quibus" dam nolim interpretari.

Voyez aussi ce que nous disons de l'Euphémisme , à la fin du troisième chant des Tropes.

Fm W3 PilElUEIl CHANT*

CÏÏANT DEUXIÈME.

Tropes qui sont des développemens dï: la métaphore. L'allégorie ; son usage dans l'antiquité ,

DANS LA RELIGION, DANS LES ARTS. La FABLE. LE FABLIAU. La PARABOLE. L'ÉNIGME J SON DANGER. Lë PROVERBE. Les vers DEVENUS PROVERBES.

JL A mttse qm. des mot^ suit les métamorphoyes , Changeant à volonté les ëpmes en roses , D'un secret important vous » déjà fait part , Amis ! ta Métaphore est ia elef de son art.

Si vous voulez descendre à ses divers usages , Ce Frotéç ét^iinant prendra plusieurs visages ; El'à^nn > fond «i briUant , biesitôt de tous cotés , Vont édôi^tf î,î'tenYi de notfvellçs beautés t Tant cette règle, unique est puissante et fécoudel Que votre attanition de nouveau me seconde , O mes jeûnas àtti*!' Vous he tous doutez pas Du siïccès ^ifi^'^ttache à ventre premier pas : Le premier pas en tant est le plus difficile. Le sujet eit ^oitifub^l sir-f^t^tlfe esprit docile

A bien saisi comment deu^ tenues comparés^ Des mots propres , soudain^ font des mots figures ; Les Tropes n'ont plus rien d'ambigu , ni d'oblique ; La Métaphore , à tous , heureusement is'applîquê.

A son gré , dans son cours , laissez-la s'allonger ! L'Allégorie en fait son yétement léger '.

Comme 4ious une ga^e artistement tissue Se cache une beauté qui veut être aperçue , Du comme on voit reluire à travers le succin La mouche qui se trouve enfermée en son sein, Quand la nature veut , étonnante ardliilfcte , Prodiguer tout son luxe au tombeau d'un insecte * : Ainsi , l'aveugle amour lance au hasard ses traits ; Le même amour languit sans Ba<k;hus et Gérés ^.

' Le mot Allégorie n'est pas dans Aristotb. 'Ctcérou remploie en grec $ saitit Pauzt sVb sert daos VÉpfire aux Galates. QuuiT;i.iEir donne à l'Allégorie le nom d'inversion. D'autres grammairiens latins rappellent Dit^ersiloquium»

* Cette comparaison est prise de saint AuguStiv : Qàemadmodum muUa per vitrum aut tuccina peilnemi jwautf dihs^ ità magis deUctat^ veriUts par JllI^on^infS^lHqenêk D. AuGUST. ep. 1 19* J'ai eu aussi en vue l*^pigrammé de Martial sur une vipère qui était dans du succin. *-' ' ^'

Ne Ubi regali placeaa , Gleopatra , êepuliirb, ' '^\^

Viperaai tumujo nol>ilv>re jacet,' Ma9.ziaXi , h-.i, ^p* 48.

' Refrain d'une ballade de madame Dp^hi)iili^;le^^ tiré de ce vers de Térejice :

Sine Gorere etLibero frigètTeniist -• 1

Page 1