‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 13 sur 83 · Mireille, ch. XI · texte numérisé non relu

Mireille, ch. XI

nale, en s’accommodant à nos mœurs démocratiques, est-ce que le souvenir de cette époque de pleine civilisation, de haute culture et de noble poésie qui fut celle des troubadours, est-ce que ce souvenir, dis-je, n’a pas contribué quelque peu au maintien de ces vertus sociales?

La valeur morale d’un pays se juge à l'influence qu’il a exercée sur la civilisation nationale et sur la civilisation générale. Or, parmi nos provinces les plus chères de la France contemporaine, celles que nous avons recouvrées comme les autres, en est-il une qui ait marqué davantage de son empreinte la mère-patrie? En est-il une qui ait apporté à la création de cette personne morale qui s'appelle la France non pas plus d'amour, mais plus de poésie, plus d’enthousiasme et plus de générosité? |

Et quant à la civilisation générale, n'est-ce pas notre gloire la plus pure d’avoir répandu dans le monde, pendant le Moyen âge, ces germes de poésie courtoise éclos sur notre sol, d’avoir inspiré l’ancienne poésie portugaise, l’ancienne poésie catalane, d’avoir exercé une influence capitale sur la poésie lyrique du nord de la France, et par elle sur l’ancienne poésie lyrique allemande, et enfin d’avoir inspiré en partie Dante et Pétrarque, et par eux en quelque mesure la poésie moderne?

Aussi comprenons-nous mieux maintenant l’enthousiasme qui a inspiré les lignes suivantes d’un des fils de notre terre, du doux Florian: : « Je te salue, Ô belle Occitanie, terre de tous les temps aimée des peuples qui t’ont connue; toi que les. Romains embellirent des chefs-d’œuvre de leurs arts; toi dont l’agréable climat força les fiers enfants du Nord de se fixer dans tes plaines; toi pour qui les Arabes quittèrent la délicieuse Ibérie et que les Français ont regardée comme le prix le. plus beau des victoires de Charles Martel! La nature pour toi prodigue a réuni dans ton sein les trésors partagés au reste du monde... Combien de grands hommes, sortis de ton sein, ont rendu ton nom célèbre chez les nations étrangères! L’Orient. se souvient encore de ce sage et brave Raymond qui, le premier des chrétiens, arbora la croix de. Toulouse sur les remparts de la ville sainte; l'Ara-. gon se vante des rois à qui tu donnas la naissance. , la France se glorifie de tes capitaines, de. tes magistrats. La poésie enchanteresse te dut. son premier asyle. O terre féconde en talents, en fruits, en héros, je te salue! »

1, Estelle.

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