‹ Les troubadours de ToulouseChapitre 14 sur 83 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Guiraudet le Roux. — Peire Vidal. — Sa biographie. — Læ légende du baiser. — Celle de la Louve. — Caractère du poète. — Sa conception de l'amour. — Originalité de cette conception : idéalisme et réalisme. — Amour et politique. — Imitateurs de Peire Vidal : un Minnesinger, un troubadour italien, Pétrarque.

Guiraudet le Roux ou le Blond paraît être le plus ancien des troubadours de Toulouse. Nous n’avons à son sujet qu’une courte biographie que voici « Giraudo lo Ros si fo de Tolosa, fills d'un paubre cavalier; e venc en la cort de son seignor lo: coms Anfos per servir; e fon cortes e ben chanlans ; et enamoret se de la comtessa, filha de son seignor, e l'amor qu’el ac en leis l’enseignet a trobar, e fetz mantas cansos. »

« Guiraudet le Roux ou le Blond était de Toulouse, fils d’un pauvre chevalier; et il vint à la cour de son seigneur, le comte Alfonse, pour servir; il était courtois et chantait bien; et il s'enamoura de la comtesse, fille de son seigneur, et l’amour qu'il eut pour elle l’enseigna à trouver et il fit maintes chansons! ».

1. Histoire générale de Languedoc, X, 270-271. Chabaneau Montre, d'après Suchier, que, contrairement à ce qu’ont cru Dom Vaissète et Fauriel, il ne s’agit pas ici d’Alfonse-Jour-

Fauriel dit en parlant de lui : « Il ne reste de lui que sept pièces [c’est neuf qu'il faut dire]. De toutes celles dont j'ai parlé, ce sont incontestablement les compositions qui entrent avec le plus de délicatesse et de variété, avec le plus de grâce et de franchise, dans l'esprit et le système de la galanterie chevaleresque!. »

Le Moine de Montaudon, qui était une mauvaise langue et qui a écrit une satire contre seize de ses contemporains (lui compris!), dit en parlant de notre troubadour : « Le onzième est Guiraudet le Roux, qui a coutume de vivre des chansons d’autrui; il est ennuyeux à tout le monde, mais, comme il pensait avoir du talent, il quitta le fils d’Alfonse qui l’avait sorti du néant. »

Ainsi Guiraudet aurait été un ingrat. Le comte de Toulouse, Ramon V ou son frère, Alfonse, tous deux fils d’Alfonse-Jourdain, l’auraient tiré de la misère et 1l se’serait enamouré de la fille de l’un d'eux; il tensonna même avec le frère de Raimond V, sur un sujet d’ailleurs peu édifiant. Il est probable que s’il quitta la cour des comtes de Toulouse, ce fut pour aller à celle du Dauphin d’Auvergne*.

dain, père de Raimon V, mais d’Alfonse, frère de ce dernier.

Page 1