Robert I‘, dauphin d'Auvergne
Celui-ci imitait, dans le Velay, qu’il possédait en même temps qu’une petite partie de l’Auvergne, la prodigalité des cours méridionales. Auss! beaucoup de troubadours fréquentèrent sa cour. Il était d’ailleurs poète lui-même : il nous reste de lui huit ou neuf poésies lyriques. Il est vraisemblable que Guiraudet fut bien accueilli par le Dauphin, car une de ses poésies lui est adressée, et, dans sa tenson avec le comte Alfonse, il s’en rapporte à l’opinion de son nouveau protecteur.
Voici quelques pensées extraites de son œuvre. « Personne ne sait ce qu’est le bonheur, si auparavant il ne sait quels sont les chagrins d'amour; aussi, noble dame honorée, ne me refusez pas plus longtemps votre sympathie, si je dois l’avoir et que cela vous plaise; et si cela ne vous plaît pas, un mensonge courtois a une grande valeur; j’aime mieux entendre un mensonge agréable, que telle vérité qui provoquerait constamment des soupirs. »
Guiraudet est un des troubadours qui jouent au soupirant décidé à se tuer. Toute une pièce est composée sur ce thème.
« Écoutez la dernière chanson que jamais vous entendrez de moi; car mon talent ne me donne aucun profit et ma dame ne me témoigne en rien son amour; pour moi, je ne sais si Je l’aime ou si Je dois la quitter; car, dame courtoise et noble,
je meurs si Je vous aime et je meurs si je vous quitte. »
Il est dit, dans la même chanson :
Mon cor an pres, Domna cortes’'e gqaya, Vostre belh huelh plasent el amoros.
Pres soi ieu be, mas bel’es ma preisos.
« Dame courtoise et gaie, vos beaux yeux plaisants et amoureux ont pris mon cœur. Je suis bien prisonnier, mais ma prison est belle. »
Dona, merce, avinens, bel’e pros, Que per vos mor en Guiraudet lo Ros.
« Pitié, Dame avenante, belle et distinguée; c’est pour vous que meurt Guiraudet le Roux. »
Ainsi, c’est par d’aimables plaintes sur quelques thèmes assez simples que Guiraudet prend yne assez bonne place parmi les troubadours toulousains. Mais il ne peut être comparé ni à Peire Vidal, dont il fut probablement le contemporain, ni à Aimeric de Pégulhan, ni à Peire Raimon. Nous possédons, sur chacun de ces troubadours, une biographie ancienne (xin* siècle); mais jusqu’à quel point ces biographies sont-elles exactes ?
Les biographies des troubadours, presque toutes anonymes, ne paraissent pas reposer sur des documents authentiques. En général elles sont tirées du texte même des poésies des troubadours. Un