Ed. ANGLADE, XI
Le 49 = roi d'Aragon et le comte de Toulouse. Peire Vidal avait pris parti contre ce dernier avec une
désinvolture qui étonnerait ceux qui jugeraient ces temps lointains d’après nos idées modernes.
Drogoman Senher, s’agues bon destrier, En fol plag foran intrat mei guerrier; C'aqui mezeis, cant hom lor mi mentau, Mi temon plus que caillas esparvier,
E non preson lur vida un denier,
Tan mi sabon fer e salvatg'e brau.
Cant ai vestit mon fort ausberc doblier
E cent lo bran que‘m det En Gui l’autrier, La terra crola per aqui on vau;
E non ai enemic tan sobrancier
Que tost nom lais las vias e-l sentier, Tan me dopton can senton mon esclau.
D’ardimen vail Rotlan et Olivier,
E de domnei Berart de Mondesdier ;
Car soi tan pros, per aco n'ai ben lau, Que sovendet m'en venon messatgier Ab anel d’aur, ab cordo blanc e nier, Ab tals salutz dont totz mos cors s’esjau.
« Seigneur Drogoman, si j'avais un bon destrier, mes ennemis se trouveralent en mauvaise posture ; car à peine ont-ils entendu mon nom qu'ils me craignent plus que les cailles l’épervier; et ils n’estiment pas leur vie un denier, tant ils me savent fer, sauvage et féroce. -
« Quand j'ai vêtu mon fort haubert double et ceint l’épée que Gui m’a donnée naguère, la terre tremble sous mes pieds; je n’ai pas d’ennemi si orgueilleux qui ne me laisse promptement le chemin, tellement on me redoute, quand on entend mes pas. ;
« Pour la hardiesse, je vaux Roland et Olivier; pour la galanterie, je vaux Bernard de Montdidier; par ma prouesse j'ai si bonne renommée que souvent il me vient des messagers avec un anneau d’or, avec un cordon blanc et noir, et avec des saluts d'amour qui me remplissent le cœur de Joie‘. »
Cependant, au moment de la mort du comte Raymond V (1194), Peire Vidal s’était réconcilié avec lui, car il éprouva de cette mort une grande tristesse et il marqua son deuil d'une façon orig:nale. Les autres troubadours se contentaient, à la mort de leur protecteur, de composer un planh (plainte funèbre) plus ou moins bien senti. C'était trop banal pour notre troubadour. Le biographe nous raconte qu’il fit couper la queue et les oreilles à tous ses chevaux ; il fit raser la tête à ses domestiques et leur ordonna de laisser pousser les ongles et la barbe. Tout ceci est-il bien authentique? et Peire Vidal avait-il un tel train de maison qu’il püt